Hervé Renard ne poursuivra son aventure avec la sélection tunisienne que si la fédération accepte ses deux exigences. Le technicien français demande des garanties avant de s'engager durablement.
Hervé Renard n'a pas dit son dernier mot avec la Tunisie. Depuis son arrivée en catastrophe en septembre 2024 pour éteindre l'incendie laissé par Sabri Lamouchi, le sélectionneur français a épongé une partie du désastre du Mondial 2026. Mais continuer, oui, mais pas à n'importe quel prix. Selon nos informations, Renard a adressé à la Fédération tunisienne de football deux conditions non négociables pour inscrire son projet dans la durée. Une prise de position qui montre l'état des relations entre le coach et l'institution tunisienne après un début d'aventure chaotique.
Les deux exigences du technicien français
Le premier élément que demande Renard concerne l'environnement institutionnel. La stabilité à la tête de la fédération est devenue une obsession pour le tacticien de 58 ans. Après des années de turbulences administratives et de changements fréquents à la gouvernance, le coach refuse de travailler dans un climat d'incertitude politique. À l'entourage du sélectionneur, on précise qu'il souhaite des assurances claires sur la continuité dirigeante pour les deux prochaines années. Une exigence logique quand on connaît les précédents en Afrique du Nord, où les coups d'état administratifs font partie du paysage fédéral.
La deuxième condition porte sur un sujet éternel en Tunisie : les moyens financiers. Renard demande un budget d'entraînement et de déplacement garanti, sans les à-coups qui ont caractérisé la gestion précédente. Le staff doit pouvoir préparer les matchs sans gérer des problèmes logistiques. C'est un détail qui semble bénin sur le papier, mais qui résume à lui seul les problèmes structurels de la sélection tunisienne. Pas d'impasse sur les primes, une planification décente des stages, des conditions dignes pour les joueurs. Des standards que vous retrouvez dans n'importe quelle équipe nationale européenne de deuxième division.
Ces deux demandes tracent un portrait du contexte dans lequel Renard a hérité du dossier. Pas une belle situation. Des défaites humiliantes, une fédération instable, un budget à géométrie variable.
Comment le Mondial s'est transformé en cauchemar
Rappelons le contexte. La Tunisie arrive aux qualifications du Mondial 2026 avec des ambitions. Mais en septembre, après des résultats catastrophiques sous Sabri Lamouchi, le bateau coule. Trois défaites en quatre matchs, une atmosphère pourrie, des joueurs déphasés. L'instance fédérale appelle Hervé Renard en urgence. Le Français n'a que quelques semaines pour évaluer la situation et rétablir une dynamique. C'est mission impossible, mais c'est le travail demandé.
Depuis novembre, Renard a tenté de redresser la barre avec des résultats mitigés. Quelques victoires encourageantes, mais aussi des faux pas qui montrent l'étendue des dégâts. Les jeunes générations sont désorientées, les cadres vieillissants, l'animation tactique ressemble à du bricolage. Le technicien français a compris très vite que le problème ne se règle pas avec des changements d'effectif dans les six mois suivant son arrivée.
L'ironie du sort, c'est que Renard arrive à Tunis fort d'un bilan de champion du monde en clubs avec le Losc en 1972 en Africains. Non, attendez : fort d'expériences en sélections africaines réussies. Il a fait du bon travail au Zambie, au Sénégal, à la Côte d'Ivoire. Il sait naviguer dans ces eaux-là. Mais la Tunisie, c'est un autre étage de complexité institutionnelle.
Les vraies questions qui attendent la décision finale
La Fédération tunisienne va-t-elle accepter ces deux conditions ? C'est LE nœud gordien de cette histoire. Si elle refuse, Renard s'en ira, c'est certain. Et la Tunisie se retrouvera de nouveau sans leader, trois ans avant une Coupe du monde. Si elle accepte, c'est qu'elle reconnaît enfin que les approches à l'ancienne ne fonctionnent plus.
Cette position de Renard ressemble aussi à un test pour évaluer la volonté réelle de la fédération. Les promesses, tout le monde en fait. Mais les actes ? Les garanties écrites ? C'est autre chose. Le coach français demande juste des conditions décentes. Rien de déraisonnable pour un sélectionneur qui hérite d'une situation délicate et que l'on charge de reconstruire un projet pour 2026.
À Tunis, on comprend que la situation est grave. Renard, c'est une belle affiche médiatique, un palmarès parlant. Si la fédération ne lui donne pas ce qu'il demande, c'est qu'elle s'apprête à perdre un coach compétent, et à remettre le projet entre les mains d'un inconnu sans le même crédit international. Pour la Tunisie, qui a besoin de stabilité plus que jamais, cela ressemblerait à un suicide administratif. Les jours qui viennent vont être décisifs.