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Football

Le fantôme de Messi plane sur Buenos Aires

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

Quatre minutes. C'est tout ce qu'il a fallu pour que Lionel Messi rate un penalty face à l'Autriche. Un geste qui dit beaucoup sur le poids des attentes.

Le fantôme de Messi plane sur Buenos Aires

Quatre minutes. C'est généralement le temps qu'il faut pour servir un café dans un bar de La Boca. C'est aussi le temps qu'a mis la Coupe du monde 2026 pour poser sa première vraie question existentielle à l'Argentine : que se passe-t-il quand celui qui a porté l'albiceleste jusqu'au sommet n'est plus en mesure de porter le ballon?

Lautaro Martínez a été fauché dans la surface autrichienne, penalty clair. Le stade retient son souffle. Lionel Messi s'avance, comme il l'a fait des centaines de fois avant. Sauf que cette fois, le ballon finit sur le toit du filet. Pas dévié, pas sauvé spectaculairement. Juste raté. Comme ça. Et voilà que reviennent les vieux démons, ceux qu'on croyait enterrés après le Brésil 2014, ceux qui resurgissent chaque fois qu'une compétition majeure approche.

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Quand le mythe rencontre l'usure

À trente-neuf ans, Messi ne joue plus pour un club qui lui fait vivre un enfer médiatique chaque semaine. L'Inter Miami lui offre une quiétude relative, des matchs en MLS où les enjeux sont différents. Mais là, c'est autre chose. C'est la Coupe du monde, le seul trophée qui lui a échappé longtemps, celui qu'il a finalement conquis au Qatar en 2022 comme on remporte une guerre d'usure. Depuis, le cyclone Mbappé a soufflé sur le football, les générations changent, et Messi doit coexister avec une équipe qui n'a plus vraiment besoin de ses miracles pour exister.

Ce penalty raté, c'est peut-être l'image qui résume cette transition. Non pas Messi en déclin fulgurant, mais Messi en mutation. Un homme qui a marqué 109 buts en sélection, qui a soulevé tous les trophées imaginables sauf celui-ci jusqu'en 2022, qui est devenu le symbole même de l'abnégation argentine. Et qui, soudain, rate le geste le plus simple du football. Cela arrive à Cristiano Ronaldo. Cela arrive à n'importe qui. Mais quand c'est Messi, on sent les fondations trembler.

L'Argentine n'en a certes pas perdu pour autant. Face à l'Autriche en deuxième journée, une équipe qui reste solide mais qui ne terrorise personne, les champions du monde en titre avaient d'autres munitions. Mais cette image du penalty manqué à la quatrième minute devait marquer le mental de tous ceux qui suivaient. Parce qu'elle pose une question que personne ne veut vraiment formuler : l'Argentine peut-elle gagner sans que Messi soit absolument décisif?

L'Autriche, muraille inexpugnable ou opportunité gâchée?

La formation autrichienne, entraînée par Ralf Rangnick, n'est pas venue faire du tourisme. Avec environ 40% de possession en première période et une défense organisée en bloc compact, Vienne a appliqué le manuel classique des équipes qui se rendent à Buenos Aires: survie d'abord, contre-attaque ensuite. Ce type de tactique a marché contre le PSG, ça a failli marcher contre Manchester City.

Sauf que l'Argentine n'est pas n'importe quel adversaire à domicile. Ángel Di María, Julián Álvarez, Gonzalo Montiel, tous ces joueurs qui ont goûté au champagne mondial deux ans plus tôt savent comment déverrouiller ce genre de cadenas défensif. Ils l'ont fait cent fois. Mais cette première occasion, ce penalty qu'on aurait cru naturel de convertir, représentait quelque chose de plus que trois points. Elle aurait pu libérer une pression qui, contrairement aux apparences, pèse lourd sur les épaules d'une équipe favorite.

Dans les années 1990, quand la Norvège affrontait le Brésil et se renfermait bêtement en défense, Pelé et ses coéquipiers trouvaient mille solutions. Mais il suffit parfois qu'un penalty traine en longueur pour que l'adversaire gagne psychologiquement du terrain. L'Autriche, par ce format serré et cette discipline appliquée, a transformé ce raté en victoire mentale avant même que le ballon ne roule vraiment.

Un tournoi qui change de nature

Cette Coupe du monde 2026 aura lieu sur trois continents, aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Elle sera la plus large jamais disputée avec 48 équipes. L'Argentine y arrive en champion en titre, ce qui n'était plus arrivé depuis l'Italie en 1938. Mais le contexte n'a rien à voir. Messi a trente-neuf ans, Cristiano Ronaldo en a quarante et un. Les vieux rois ne règnent plus seuls. Mbappé, Rodrygo, Vinícius Jr., Jude Bellingham, Florian Wirtz: les héritiers se battent déjà pour le trône.

Ce penalty manqué, c'est un peu comme une page qui se tourne. Pas brutalement, pas tragiquement, mais irrévocablement. L'Argentine gagnera peut-être la Coupe du monde 2026 sans compter sur Messi pour un but décisif en finale. Cela n'effacerait rien de ce qu'il a accompli. Mais cela prouverait que le football finit toujours par avancer, même quand on le croit impossible.

Pendant ce temps, l'Autriche rentre chez elle avec le sentiment qu'elle a posé un problème à laquelle l'Argentine devra répondre. Pas dans le jeu, mais ailleurs. Et cela, c'est déjà une victoire.

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