Michel Platini mise sur les Portugais pour le Mondial 2026. L'ancienne légende française surprend avec ce pronostic audacieux.
Michel Platini ne mâche pas ses mots. À Turin, où il participait à un événement, l'ancien ballon d'or a lâché un pronostic qui surprendra plus d'un observateur du football européen : le Portugal remportera la Coupe du Monde 2026. Pas la France. Pas l'Angleterre. Pas l'Allemagne. Non, les Portugais. Voilà qui mérite qu'on s'y arrête une seconde.
Quand Platini parle, on écoute. Même si ses prédictions ne sont pas infaillibles — qui ne commet pas d'erreurs en matière de prévisions sportives ? — il faut considérer que ce n'est pas un néophyte qui s'amuse à jeter des noms en l'air. C'est quelqu'un qui a connu les plus grands championnats, qui a côtoyé les meilleurs joueurs, qui a gagné la Coupe du Monde avec les Bleus en 1984. Enfin non, pardon. Platini n'a jamais remporté le Mondial — seul l'Euro 1984 figure à son palmarès — mais il en connaît chaque détail, chaque ressort, chaque alchimie.
Pourquoi le Portugal plutôt que les autres ?
Faut-il voir dans ce choix une forme de nostalgie pour la nation de Cristiano Ronaldo, ce Portugal qui s'est construit une vraie structure depuis deux décennies ? C'est possible. Depuis 2016 et cet Euro remporté sous la houlette de Fernando Santos, les Portugais ont montré qu'ils pouvaient rivaliser avec les mastodontes continentaux. Leur marche en demi-finale de l'Euro 2024, peu importe qu'ils se soient inclinés face à la France, a confirmé que la sélection demeure une équipe redoutable.
Il n'est pas anodin que Platini formule ce pronostic dans un contexte où plusieurs générations lisboètes arrivent à maturité. Bruno Fernandes, Rúben Dias, Rúben Neves ne sont plus des jeunots. Dans deux ans, ils atteindront l'âge critique où l'expérience se mue en sagacité collective. João Félix, malgré les questions, dispose du talent pur pour exploser au moment décisif. Et derrière, une chaîne générationnelle se dessine : Gonçalo Inácio, António Silva, Vitinha — ces noms que seuls les férus suivent à la trace — pourraient bien être les ciment d'une défense taillée pour la compétition la plus exigeante.
L'argument de Platini repose peut-être sur un détail que nombre de commentateurs ignorent : le Portugal n'a jamais remporté une Coupe du Monde. Jamais. Pas en 1966, pas en 2014, jamais. Or, à une époque où les hiérarchies se redistribuent, où la Belgique s'effondre et où la génération d'or française s'usure, pourquoi pas les Portugais ? Plusieurs sélections moins prestigieuses se sont imposées au cours des deux dernières décennies. Pourquoi cette nation de dix millions d'habitants serait-elle définitivement interdite de podium suprême ?
L'effet Platini : le poids des paroles
Ce qui compte, c'est que Platini énonce cela publiquement. Ses mots circuleront, seront répétés, pèseront d'un certain poids dans la conscience collective du football. Pas au point de transformer une équipe, bien sûr, mais suffisamment pour légitimer une ambition portugaise que certains jugent surdimensionnée. Combien de joueurs de la sélection liront cette déclaration ? Combien se diront : « Bon sang, même Platini nous fait confiance pour aller au bout » ?
Ce type de caution morale — même si elle ne vaut rien objectivement — peut infuser une confiance supplémentaire dans un vestiaire. Les équipes qui gagnent ne le font jamais seules. Elles gagnent parce qu'elles croient, parce que leur environnement croit, parce qu'il existe une forme de consensus implicite autour de leur capacité à réussir. Platini crée un peu de ce consensus.
Cela dit, l'ancien n° 10 de la Juventus ne s'aventure pas en terrain complètement inconnu. Le Portugal possède les ingrédients : une attaque où l'on peut improviser des solutions, une défense solide et expérimentée, un milieu capable de contrôler le jeu pendant 90 minutes. Reste la question du sélectionneur. Roberto Martínez a cédé sa place. Son successeur, une fois nommé, devra donner une direction claire à un groupe en transition subtile.
Les autres favoris, qu'en fait Platini ?
On aimerait connaître son sentiment sur les habitués des podiums. La France ? Trop usée, trop blessée psychologiquement par les échecs récents, selon cette logique. L'Angleterre ? Toujours à la lisière du titre sans le franchir. L'Allemagne en reconstruction ? Trop inachevée pour 2026. L'Espagne ? Éternelle, mais pas assez jeune ni assez affamée. L'Argentine, championne en titre ? On ne se repeint pas deux fois de suite en or.
Voilà comment Platini ordonne probablement son univers mental. Et son positionnement revêt une certaine logique interne, même s'il reste discutable. 894 matchs internationaux disputés, trois Ballons d'Or consécutifs — ce sont les chiffres d'un homme qui a mérité le droit de voir loin dans le football.
La Coupe du Monde 2026 se jouera en Amérique du Nord, une première depuis 1994. Conditions climatiques différentes, distances énormes, calendrier surchargé avant le tournoi. Ce contexte inédit pourrait bien avantager une équipe capable de naviguer l'imprévu sans perdre son identité. Le Portugal, avec sa maîtrise collective et sa capacité à progresser sans faire de bruit, n'y échappe pas. Attendons de voir si Platini aura eu raison ou si, comme souvent en football, les prophètes se trompent magnifiquement. Mais au moins, il aura osé dire tout haut ce que d'autres murmuraient.