Giovanni Malagò, figure majeure du sport italien, devient président de la Fédération italienne de football avec 68 % des voix. Un choix qui marque un tournant après des années d'instabilité.
Giovanni Malagò n'en est pas à son coup d'essai dans les arcanes du sport institutionnel. Celui qui a dirigé pendant près de deux décennies le Comité olympique italien s'apprête désormais à piloter la Fédération italienne de football, un navire bien plus turbulent que celui des Jeux olympiques. Son élection, survenue avec un score confortable de plus de 68 % des suffrages, n'est pas qu'une simple passation de pouvoir : elle cristallise une certaine vision de ce que devrait être la gouvernance du calcio italien, à savoir une expertise reconnue, une stature établie, et une capacité à naviguer les eaux agitées de la politique fédérale.
Un nouveau capitaine pour la délégation italienne
L'élection de Malagò à la présidence de la FIGC intervient dans un contexte où la Fédération italienne avait besoin de stabilité. Après des années marquées par des tensions internes, des résultats sportifs inégaux et une gestion administrative parfois chaotique, le choix du Comité olympique de s'orienter vers une figure de transition apparaît comme une tentative de ramener l'ordre. Malagò incarne justement ce type de profil : rompu aux négociations complexes, aux jeux de couloirs institutionnels, et possédant une légitimité acquise auprès des décideurs du sport français et international.
Il s'agit moins de révolution que de recalibrage. La FIGC n'avait pas besoin d'un incendiaire ou d'un réformateur radical, mais plutôt d'un manager expérimenté capable de restaurer du crédit auprès de ses partenaires, des sponsors et des institutions. Malagò, qui a passé dix-huit ans à la tête du Comité olympique italien, dispose exactement des ressources politiques et relationnelles pour cette mission. Son réseau s'étend bien au-delà des frontières du calcio, ce qui pourrait s'avérer précieux pour les négociations internationales et la gestion des dossiers les plus sensibles.
Une Italie en quête de renouveau sportif
Au-delà de la simple dimension administrative, cette élection s'inscrit dans une dynamique plus large : celle d'une Italie qui tente de se repositionner sur l'échiquier du football européen. Les Azzurri ont connu des désillusions récentes, notamment l'absence aux Mondiaux 2022, un camouflet historique qui a remis en question les fondamentaux du modèle italien. Depuis, des efforts ont été consentis pour rebâtir une équipe compétitive, mais la Fédération elle-même restait en quête de leadership fort.
Malagò arrive dans ce contexte particulier où le football italien doit se réinventer sans perdre ses caractéristiques propres. Le football transalpin s'est construit sur des principes défensifs, une organisation tactique rigoureuse, une gestion prudente des ressources. Ces vertus demeurent, mais elles doivent aussi s'adapter à un contexte où le spectacle, l'innovation tactique et la capacité à attirer les talents mondiaux sont devenues cruciales. Un homme qui a suivi les Jeux olympiques et compris les enjeux contemporains de la gouvernance sportive pourrait être mieux armé pour cette transition qu'un pur spécialiste du football.
Le contexte économique joue aussi : avec un électorat composé de clubs italiens qui connaissent des périodes difficiles, une Série A fragilisée par la concurrence des ligues étrangères, et un marché des transferts où les talents italiens se font de plus en plus rares, la FIGC avait besoin d'une direction capable de penser global. Malagò, par son expérience auprès des instances olympiques internationales, devrait apporter cette perspective.
Les défis concrets qui l'attendent
Le nouveau président de la FIGC hérité d'une situation complexe. Sur le plan sportif, l'équipe nationale doit se qualifier pour les Mondiaux 2026 en concurrence directe avec les grandes nations européennes. Sur le plan administratif, la Fédération doit restaurer sa crédibilité auprès des sponsors, des diffuseurs et des institutions italiennes et européennes. Sur le plan structurel, elle doit aussi gérer les relations avec les clubs, que ce soit les grands fleurons comme la Juventus ou l'Inter Milan, ou les formations plus modestes.
Malagò aura aussi à cœur de moderniser les structures fédérales. La Ligue italienne compte environ 26 000 clubs affiliés et des centaines de milliers de joueurs ; cette pyramide nécessite une administration efficace et des politiques de développement claires. Le secteur des jeunes talents, la formation des entraîneurs, l'intégration des joueurs issus de l'immigration en Italie sont autant de dossiers où une vision renouvelée pourrait porter ses fruits.
Le scrutin de 68 % confirme un consensus, ce qui est important pour une institution aussi clivée que la Fédération italienne. Cela signifie que Malagò jouit d'une légitimité réelle, au moins au moment de son élection. Reste à voir s'il saura convertir ce capital politique en résultats concrets, que ce soit sportifs ou institutionnels. L'histoire des fédérations sportives montre que les débuts sont rarement les plus difficiles ; c'est dans la durée que le leadership se révèle ou se révèle insuffisant.
L'Italie regarde vers l'avant
Si l'élection de Malagò signale une certaine continuité et stabilité, elle indique aussi que l'Italie compte sur l'expérience plutôt que sur la rupture. C'est un choix défensif, mais peut-être pas dénué de sagesse. Dans un football où les changements de direction erratiques ont souvent mené à des débâcles, avoir un leader rassurant, doté d'une solide expérience institutionnelle et d'un réseau bien établi, n'est pas rien.
Les premiers mois diront si Malagò peut effectivement opérer la transformation en profondeur que la Fédération italienne requiert, ou s'il ne sera qu'un gestionnaire de transition dans une institution destinée à changer de mains rapidement. Pour l'instant, le calcio italien choisit la continuité sous une nouvelle étiquette. Un pari audacieux ? Non. Efficace ? Peut-être. Et c'est justement ce qu'il fallait après des années d'incertitude.