Hervé Renard débarque en Tunisie avec une mission quasi impossible : redresser les Aigles après le 5-1 face à la Suède. Le Japon l'attend au tournant.
Cinq buts encaissés en une demi-heure de folie, c'est le cadeau d'accueil que la Tunisie a reçu de la Suède lors de cette Coupe du Monde 2026. Imaginez arriver dans une fédération, vous asseoir sur le banc, et voir votre équipe se faire humilier 5-1 avant même d'avoir vraiment eu le temps de respirer. C'est exactement ce qu'Hervé Renard a vécu. Le technicien français, fraîchement nommé à la tête de la sélection tunisienne, hérite donc d'une équipe sonnée, une confiance en miettes, et une atmosphère qui fleure bon la rébellion.
Mais voilà le truc avec Renard : il n'a jamais été du genre à accepter les murs blancs. Le Français connaît la recette pour secouer un vestiaire ébranlé. Il l'a prouvé au Sénégal en 2015 quand il a soulevé la Coupe d'Afrique des Nations avec des joueurs qu'on croyait usés. Il l'a montré au Mali, au Burkina Faso, bref un peu partout où il a posé ses valises. Sauf que cette fois, le contexte est férocement différent. La Tunisie n'entre pas dans ce tournoi avec l'élan des outsiders. Elle y entre écorchée vive, questionnée, fragile mentalement.
Un vestiaire à reconstruire mur par mur
Le 5-1 face aux Suédois n'est pas juste un scoreline affreux. C'est un séisme. Quand une nation entière regarde son équipe concéder cinq buts en première période d'une Coupe du Monde, la blessure dépasse le football. Elle devient collective, nationale. Les réseaux sociaux tunisiens ont certainement explosé, les critiques ont fusé de partout, et les joueurs sont rentrés au vestiaire avec le sentiment horrible d'avoir trahi. Renard le sait. Il ne peut pas ignorer ça.
Ce qu'il peut faire, en revanche, c'est refuser la démission mentale. Et c'est exactement ce qu'il tente en sonnant une sorte de révolte auprès de son groupe. Pas de tactique miraculeuse ici, juste du leadership brut. Renard comprend qu'après une débâcle pareille, on ne peut pas coller un pansement de trois jours et espérer que tout ira bien. Il faut fouiller dans l'orgueil, dans la fierté, dans cet endroit secret où les footballeurs gardent leur flamme compétitive.
La Tunisie possède des joueurs de qualité qui ont disparu contre la Suède. Des défenseurs expérimentés ont semblé perdus tactiquement. Le milieu a manqué de combativité élémentaire. L'attaque, censée être le secteur porteur, a été transparente. Quelque part, il y a les joueurs, mais aussi la direction. Renard doit réaligner les deux, les faire vibrer ensemble plutôt que dans des directions opposées.
Le Japon arrive avec ses armes intactes
Sauf que le destin du foot n'aime pas les pauses. Le Japon se pointe au rendez-vous avec une dynamique complètement différente. Les Nippons ont montré une maîtrise impressionnante dans leurs premiers matchs. Ils jouent un football structuré, efficace, avec une circulation de balle qu'on a rarement vue chez une équipe asiatique à ce niveau. C'est un adversaire idéal pour enterrer définitivement un groupe en crise, ou pour que ce groupe renaisse.
Statistiquement, le Japon arrive en ayant concédé très peu de tirs cadrés. Leur défense est organisée, leur transition rapide, et leur finition clinique. À titre de comparaison, sur les 5 matchs joués par les Nippons avant d'affronter la Tunisie, ils n'en ont perdu aucun et en ont remporté 4. C'est du sérieux. Renard regardera peut-être ces vidéos le soir dans sa chambre d'hôtel, et il se demandera comment son groupe, meurtri et déstabilisé, pourra rivaliser avec ça.
Et pourtant, c'est précisément le genre de match où un collectif humilié peut se réveiller. Pas parce que c'est facile — ça ne l'est jamais contre le Japon — mais parce que c'est nécessaire. Quand on est tombé si bas après la Suède, quand on a touché le fond de la piscine, remonter à la surface devient un acte de survie. Les Tunisiens n'ont plus le luxe de mal jouer. Le Japon, lui, peut perdre et rester dans la course. Pas la Tunisie.
- 5-1 : le scénario du cauchemar face à la Suède qui a lancé le tournoi tunisien dans l'abîme
- 4 victoires en 5 matchs pour le Japon avant cette rencontre capitale
- Hervé Renard : 4 sélections nationales avant la Tunisie, zéro débâcles de ce calibre
- Moins de trois jours entre le débâcle et le match suivant pour reconstruire mentalement
Le Japon n'aura peut-être pas vu venir la tempête. Les Tunisiens eux, ils la sentiront arriver de loin et auront le choix : la subir ou la chevaucher. Renard ne peut pas créer des talents en trois jours. Il peut juste s'assurer que son équipe joue avec l'envie des rescapés. C'est déjà beaucoup. C'est peut-être tout ce qu'il y a à faire.