Après une prestation décevante face à l'Angleterre, Luka Modric est remis en question par les médias croates. À 39 ans, la légende du Real Madrid pourrait bien être sacrifiée pour la Coupe du Monde 2026.
Les héros n'ont pas d'éternité. Luka Modric le découvre brutalement en Croatie, où sa prestation contre l'Angleterre a déclenché un véritable séisme médiatique. Lui qui incarne l'ADN du football croate depuis plus de deux décennies, qui a porté son pays jusqu'à la finale du Mondial 2018 et remporté le Ballon d'Or quatre ans plus tard, se retrouve soudain dans le viseur des critiques les plus virulentes. À 39 ans, le milieu de terrain n'est plus intouchable.
Pourquoi les Croates abandonnent-ils leur plus grand artisan ?
La Fédération croate a longtemps traité Modric comme une institution. Mais les résultats ne pardonnent à personne, même aux légendes. Face aux Anglais, l'ancien joueur du Dinamo Zagreb a livré une copie bien terne, sans éclat, sans cette maestria habituelle qui fait tourner les matchs. Les qualificatifs miséricordieux ont disparu des colonnes des journaux locaux. À la place, des constats sans détour : lenteur, impuissance, absence de créativité offensive.
Le contexte y est pour beaucoup. La Croatie joue le Mondial 2026 comme un projet de renouveau, pas une nouvelle quête nostalgique. Le sélectionneur Zlatko Dalić doit composer avec une génération intermédiaire : des joueurs en pleine maturité comme Mateo Kovacic ou Marcelo Brozovic, capables de porter l'équipe bien au-delà de 2026. Garder Modric, c'était maintenir un équilibre fragile entre respect envers le passé et ambition pour l'avenir. Mais ce match a clairement tranché le débat.
Statistiquement, l'ancien meneur de jeu du Real Madrid a livré 14 touches de balle en 90 minutes contre l'Angleterre. Pour un créateur de ce calibre, c'est quasi invisible. Les passes décisives ? Aucune. Les occasions créées ? Le néant. Dans le foot moderne, surtout en sélection où chaque match compte triple, ces chiffres deviennent des sentences.
Le Ballon d'Or peut-il tenir éternellement sur le terrain ?
Il y a quatre ans à peine, Modric faisait les couvertures des magazines avec ses performances au Real Madrid. Ancelotti lui accordait alors un crédit illimité. Mais le football ne consent pas aux exceptions indéfinies. À 39 ans et quelques mois, même les plus grands doivent accepter une vérité : le corps vieillit, la récupération s'éternise, les jambes répondent moins vite aux ordres du cerveau.
Les observateurs croates commencent à se poser la question fatidique : son statut de légende nationale lui permettra-t-il de peser dans les décisions de Dalić pour les éliminatoires et la Coupe du Monde 2026 ? Ou bien la sélection va-t-elle trancher dans le vif et accepter l'idée que le Real Madrid n'est plus qu'un club de transition pour une carrière en déclin, même dorée ?
Le parallèle avec d'autres géants du foot est inévitable. Cristiano Ronaldo, à 39 ans aussi, continue à repousser ses limites en Arabie Saoudite. Mais Ronaldo a choisi une destination où la pression compétitive est moindre. Modric, lui, continue à jouer en Liga, dans un environnement exigeant. La usure est réelle, visible, mesurable.
Dalić sortira-t-il le grand couteau ou restera-t-il otage de l'histoire ?
Voilà le vrai dilemme du sélectionneur croate. D'un côté, écarter Modric reviendrait à rompre avec une figure tutélaire, à décevoir une nation entière pour qui ce numéro 10 est bien plus qu'un footballeur. De l'autre, le garder dans le onze de base serait une erreur tactique que les résultats puniraient sans doute.
Dalić a déjà montré du caractère lors de la Coupe du Monde 2022, où il avait fait des choix tranchants pour préserver la fraîcheur de l'équipe. Modric lui-même avait dû accepter un rôle réduit. Mais cette fois, le constat est plus brutal. L'Angleterre n'a pas surclassé la Croatie ; c'est la structure du jeu croate qui s'est écroulée, avec Modric au cœur de ce maelstrom tactique.
Les médias croates frappent déjà dur. Aucun ménagement du type « il a eu une mauvaise soirée ». Non, c'est l'aveu même que son époque est révolue aux yeux d'une nation qui l'a pourtant porté aux nues. C'est brutal mais c'est comme ça que fonctionne le sport : le respect s'éteint quand les résultats s'effondrent.
Pour Modric, le message est limpide. Soit il retrouve un niveau de performance qui justifie sa sélection — ce qui semble improbable à cet âge —, soit il doit accepter un statut de joker, de remplaçant pour les matchs sans enjeu vital. Une pilule difficile à avaler pour un homme qui a tout remporté. Pour la Croatie, c'est l'occasion de basculer enfin vers une génération capable de relever le pays sans le poids du passé. Le Mondial 2026 sera révélateur de qui a raison.