Alors que le Real Madrid traverse une deuxième saison blanche consécutive, la piste Didier Deschamps pour la succession d'Ancelotti fait débat dans les couloirs du Bernabéu.
Deux saisons. Deux saisons sans le moindre trophée pour un club qui vit le titre comme un dû. Au Real Madrid, la patience a des limites, et l'heure des comptes approche à grands pas. Alvaro Arbeloa, intronisé sur le banc du Castilla avec l'idée qu'il constituerait une option crédible pour l'équipe première à moyen terme, voit son avenir se flouter à mesure que les résultats déçoivent. Et dans ce contexte de remise en question, un nom revient avec insistance dans les cercles proches de la direction madrilène : celui de Didier Deschamps. Sauf que le champion du monde 1998 est loin de faire l'unanimité au sein de la Casa Blanca.
La piste Deschamps, entre séduction et scepticisme au Bernabéu
Sur le papier, le profil a de quoi séduire Florentino Pérez. Deschamps, c'est un palmarès XXL — deux Coupes du monde avec l'équipe de France en tant que joueur et entraîneur, une Ligue des champions glanée comme capitaine de la Juventus Turin, une Liga et une Champions League décrochées en tant que joueur du Real Madrid lui-même entre 1999 et 2001. L'homme connaît la maison. Il sait ce que signifie porter la tunique blanche, et ce que représente le niveau d'exigence de ce club en particulier.
Mais la réalité interne est plus complexe. Selon les informations qui filtrent depuis la capitale espagnole, plusieurs cadres du vestiaire et figures influentes du club ne voient pas d'un bon œil l'arrivée d'un technicien français, perçu comme trop pragmatique, trop défensif pour un effectif bâti pour produire du jeu offensif de haute volée. Le Real Madrid a une identité. Et certains estiment que Deschamps, malgré son immense expérience internationale, n'est pas l'homme providentiel capable de la faire rayonner.
Il faut dire que la comparaison avec Carlo Ancelotti joue contre lui. L'Italien, même en difficulté cette saison, reste une référence absolue dans la gestion des grands ego et des vestiaires à forte personnalité. Deschamps, lui, est avant tout perçu comme un sélectionneur — un rôle qui exige d'autres compétences que l'animation quotidienne d'un effectif de club. Coacher des superstars à l'échelle hebdomadaire, gérer Vinícius Júnior, Kylian Mbappé, Jude Bellingham et Rodrygo Goes à longueur de saison, c'est un exercice bien différent de préparer des équipes nationales sur des fenêtres de deux semaines.
- 2 saisons consécutives sans titre pour le Real Madrid — une rareté historique pour le club le plus titré d'Europe
- 14 trophées remportés par Deschamps comme entraîneur en club et en sélection, dont 2 Coupes du monde
- Alvaro Arbeloa a entraîné le Real Madrid Castilla depuis 2022 sans parvenir à faire monter l'équipe en Segunda División
- Le Real Madrid n'avait plus connu deux saisons blanches de suite depuis le début des années 2000
Arbeloa en sursis, mais la succession est loin d'être réglée
La question qui agite le plus les couloirs du Bernabéu en ce moment n'est pas vraiment Deschamps — c'est Arbeloa. L'ancien latéral droit international espagnol, ami intime de Sergio Ramos et figure appréciée dans la galaxie merengue, semblait promis à un bel avenir sur le banc madrilène. Florentino Pérez lui avait accordé sa confiance, convaincu qu'un entraîneur formé maison, qui connaît l'ADN du club par cœur, pourrait un jour succéder à Ancelotti de façon naturelle.
Sauf que les résultats du Castilla sont loin d'être convaincants. Après deux exercices sans accession en Segunda División, le projet de formation Arbeloa tourne en rond. Ses méthodes sont questionnées en interne. Et même si Florentino Pérez reste attaché à l'idée de promouvoir des gens du sérail, la pression sportive pourrait finir par avoir raison de ce plan initial.
Pour autant, il serait prématuré d'enterrer Arbeloa. Dans l'entourage du président madrilène, on tempère les ardeurs. Aucune décision officielle n'a été prise concernant l'avenir du staff, et Ancelotti lui-même est encore en poste. Le scénario d'une reconstruction en profondeur l'été prochain reste hypothétique, même si les signaux sportifs poussent à l'anticiper. Le Real Madrid a l'habitude d'agir vite — très vite — quand il sent que le moment est venu.
Dans ce jeu de chaises musicales qui s'esquisse, d'autres noms circulent en parallèle. Xabi Alonso, dont le projet à Leverkusen est scruté avec admiration par toute l'Europe, demeure la grande idée romantique du Bernabéu — l'homme qui saurait allier l'identité madrilène à un football total et moderne. Mais l'Espagnol n'est pas disponible, et son attachement à son club actuel complique toute approche. Jürgen Klopp, libre depuis son départ de Liverpool, est également évoqué, bien que son profil soit encore moins assuré de plaire à l'ensemble des décideurs madrilènes.
Deschamps, lui, dispose d'un atout que ses concurrents n'ont pas : son contrat avec la Fédération Française de Football court jusqu'à la Coupe du monde 2026. Il ne sera donc pas disponible avant l'été 2026 au plus tôt, ce qui complique encore davantage une éventuelle opération. À moins que le Real Madrid ne soit prêt à attendre — ce qui, dans la culture de ce club, relève presque de l'oxymore.
La vérité, c'est que le Real Madrid est à la croisée des chemins. Une deuxième saison blanche de suite dans la maison la plus titrée du football européen, ça laisse des traces. Ça remet des certitudes en question, ça redistribue les cartes en interne, et ça oblige même les plus puissants à se demander si le modèle tient encore. Deschamps ou pas, Arbeloa ou pas — la vraie interrogation qui plane sur le Bernabéu est bien plus profonde. Le Real Madrid sait-il encore construire un projet sportif cohérent sur la durée, ou est-il condamné à courir après des noms pour masquer un vide stratégique ? La réponse, Florentino Pérez devra l'apporter avant que la prochaine saison ne commence.