L'ancien champion du monde 1998 a dévoilé son onze idéal pour le Mondial prochain. Ses choix tranchent avec la tendance actuelle.
Bixente Lizarazu a joué les sélectionneurs en herbe dimanche matin sur le plateau de Téléfoot. L'homme qui a soulevé la Coupe du monde à domicile en 1998 n'a pas résisté à l'exercice : composer son onze de rêve pour le Mondial 2026. Un exercice qui révèle bien plus qu'une simple liste de noms. C'est une certaine vision du football français, celle d'un champion qui a goûté à la gloire et qui sait ce qu'il faut pour y revenir.
Quand Lizarazu redessine la France en défense
La ligne arrière imaginée par l'ancien latéral gauche du FC Barcelone ne fait pas dans l'originalité convenue. Pas de surprise là où on l'attendrait le moins, et c'est justement là que le bât blesse. Lizarazu privilégie l'expérience, la solidité défensive, et surtout une certaine hiérarchie établie. Il faut dire qu'à 56 ans, celui qui a disputé 97 sélections ne demande pas à l'EdF de révolutionner ses fondamentaux.
Son choix en défense repose sur des éléments auxquels les supporters français sont habitués. Mais voilà le paradoxe : en 2026, certains de ces joueurs auront dépassé les 30 ans. Lizarazu le sait mieux que quiconque, lui qui a joué jusqu'à 35 ans en sélection. La question demeure suspendue : comment bâtir un projet cohérent sur deux ou trois ans quand on compose prioritairement avec des cadres en fin de carrière ? C'est la tension que révèle son onze imaginaire.
Au milieu, le maître jeu revient à l'ordre
L'entrejeu proposé par Lizarazu reflet une philosophie : le contrôle avant tout. Avec environ 60% de possession de balle en moyenne en Ligue 1 cette saison, les clubs français continuent de valoriser le dominage territorial. Lizarazu épouse cette tendance en sélectionnant des joueurs de passe, des orchestrateurs du jeu plutôt que des destructeurs pure souche.
Ce choix interroge. À l'échelle internationale, le football a tendance à valoriser la transition rapide et le contre-pressing depuis cinq ans. Les équipes qui ont brillé en Coupe du monde — l'Argentine de Scaloni en 2022, la France elle-même de 2018 — réussissaient par une fluidité entre récupération et attaque. Lizarazu refuse ce débat. Il revient à ses racines : un terrain contrôlé, des passes précises, une domination progressive. C'est la marque d'une génération.
L'attaque, là où les choix révèlent la vraie pensée
Devant, c'est à l'attaque que Lizarazu trouve ses vraies convictions. Il compose une première ligne offensive redoutablement efficace, portée par des profils variés plutôt que des spécialistes cloisonnés. Pas de dogme strict : un buteur de plein exercice, un passeur d'exception, une mobilité offensive.C'est l'un des rares enseignements solides de son sélection imaginaire.
Le choix est révélateur : les grands tournois de 2026 ne demandent plus une EdF figée dans ses schémas. Ils exigent de l'adaptabilité. Les trois attaquants proposés par Lizarazu reflètent cette quête d'équilibre. En phase finale, c'est souvent celui qui trouve la bonne combinaison en trois jours qui l'emporte, pas celui qui s'accroche à une formation tactique gravée dans le marbre.
Reste la vraie question : Lizarazu imagine-t-il la France telle qu'elle devrait être en 2026, ou telle qu'elle rassurerait les supporters en 2024 ? Car il y a un monde entre construire une équipe capable de danser le tango avec l'Argentine actuelle et l'équipe mentale qu'on se projette dans le salon le dimanche matin. Son onze titulaire est respectable, solide, franchouillard jusque dans les détails.
Mais le Mondial mexicain, canadien et américain ne sera pas une rediffusion de 1998. Il faudra une vision plus audacieuse que la nostalgie bien tempérée de celui qui l'a vécu. Même un champion l'admettra.