Trois buts en une soirée contre la Norvège. Ousmane Dembélé casse enfin son silence en compétition majeure et redonne des couleurs aux Bleus avant la phase finale.
Ousmane Dembélé a attendu longtemps avant de vraiment se manifester sur la scène mondiale. Des années de doute, d'années où les observateurs se demandaient si son talent brut suffirait un jour à se transformer en efficacité quand il faut vraiment frapper fort. Contre la Norvège, mercredi, quelque chose s'est déverrouillé. Trois buts en une seule rencontre, celui qui n'avait jamais marqué en tournoi majeur avant cette campagne de qualification pour la Coupe du Monde. Quatrième réalisation du compteur avec les Bleus en quelques jours seulement.
C'était comme si le bouchon sautait enfin. Après avoir ouvert son compteur contre l'Irak quelques jours plus tôt (3-0), Dembélé revient à la charge avec l'avidité d'un attaquant qui sent le vent tourner. La France, qui avait légèrement tâtonné, trouve soudain celui qui peut vraiment faire basculer les matchs en sa faveur. C'est rare que l'on voit un joueur de ce calibre technique basculer aussi clairement d'un état à l'autre, passer du statut de créateur un peu trop généraliste à celui de finisseur redoutable.
Quand la technique fine rencontre enfin l'efficacité
Ce qui frappe chez Dembélé, c'est cette capacité à combiner une agilité exceptionnelle avec une capacité à lire les espaces. Contre la Norvège, on a vu un joueur en possession de toutes ses facultés mentales et physiques. Pas seulement un ailier qui dribble et qui centre. Un vrai prédateur dans les seize mètres. Les trois buts en question ne sortent pas de nulle part, ce ne sont pas des offrandes du hasard. Ils naissent d'une anticipation, d'une position juste au bon moment, d'une finition soignée.
Ce qui change fondamentalement à cette période de qualification, c'est que Dembélé semble avoir accepté un rôle différent de celui qu'on lui demande chaque semaine en club. À Barcelone, notamment, il est souvent le fournisseur, celui qui crée. En bleu, face à une Norvège largement dominée, il s'est donné le droit d'être égoïste. Quatre buts en deux matchs, c'est déjà plus que ce qu'il avait grappillé en tournoi majeur durant toute sa carrière avant cette fenêtre internationale. Le contraste est vertigineux.
La Norvège, bien entendu, n'opposa qu'une résistance symbolique. Équipe sans grande ambition continentale, adversaire classé au-delà du 25e rang mondial, elle ne ressemblait en rien aux obstacles que Dembélé devra franchir lors des phases finales. Mais c'est justement le point intéressant. Face à une formation faible, le joueur a l'air libéré. Il shoot plutôt que de chercher des combinaisons compliquées. Il court sur les balles plutôt que de les attendre. Cette agressivité offensive, c'est exactement ce que la France attend de lui quand les enjeux montent.
Vers une équipe de France enfin équilibrée en attaque
Pendant des mois, on s'est interrogé sur le système offensif français. Qui jouerait faux neuf ? Qui serait le latéral offensif capable de peser vraiment ? Dembélé répond à ces questions par la pratique plutôt que par le discours. À 25 ans, il n'est jamais trop tard pour trouver sa vraie dimension internationale. Beaucoup de très grands joueurs ne trouvent leur optimum qu'à partir de cet âge-là. Didier Drogba a attendu quelques années avant de devenir un monstre d'efficacité. Même Zinédine Zidane a eu besoin de maturation.
Didier Deschamps a longtemps cherché l'équilibre entre créativité et efficacité. Avec Dembélé entré dans une phase d'efficacité offensive, la France dispose soudain d'une arme redoutable. Car ce qui était auparavant un point faible potentiel devient un atout. Deux ailiers de classe mondiale capables de peser réellement dans les deux surfaces, voilà ce que tout sélectionneur rêve d'avoir.
- Quatre buts en deux matches de qualification, contre un seul en sept ans en tournoi majeur avant cette fenêtre
- La Norvège concédée 5-1 d'une manière qui rappelle les grands soirs bleus plutôt qu'une série en dent de scie
- Dembélé classé parmi les 10 meilleurs buteurs de qualification européenne en l'espace de 90 minutes
- Une certitude accrue sur la capacité de l'attaque française à vraiment punir en phase finale
Bien sûr, il faudra voir comment Dembélé se comportera face à des équipes autrement plus structurées. Contre la Suisse, contre l'Équateur ou contre l'Australie, les automatismes défensifs seront bien différents. Mais il y a quelque chose qui a changé dans sa mentalité offensive. Quand on voit un joueur passer en quelques jours du statut d'éternel créateur au rôle de vrai finisseur, on tient peut-être enfin la clé pour un groupe français capable de dominer vraiment lors d'une grande compétition. Dembélé a peut-être attendu longtemps, mais ce timing-là, celui de trouver son plein potentiel quelques mois avant une Coupe du Monde, ressemble presque à un cadeau du calendrier.