Battue par la Côte d'Ivoire à Paris, l'équipe de France subit un revers sans précédent. Didier Deschamps refuse la panique mais avertit ses troupes.
Il y a des défaites qui dérangent le calendrier, et puis il y a celles qui dérangent l'ordre des choses. Samedi soir au Stade de France, la France a perdu contre la Côte d'Ivoire sur le score de 2-1. Rien de dramatique en apparence, sinon que cet événement ne s'était jamais produit depuis la création de l'équipe de France de football en 1904. Didier Deschamps ne pouvait ignorer cette réalité historique en franchissant la porte de la salle de presse. Pourtant, son ton n'a pas tremblé.
La Côte d'Ivoire arrive à l'impensable
La rencontre amicale disputée à Paris n'avait rien de banal pour les Ivoiriens. Face à un pays qui compte quatre étoiles au-dessus de son maillot, qui a remporté deux Coupes du monde et dominé l'Europe continentale pendant près de deux décennies, la Côte d'Ivoire n'était pas venue en touriste. L'équipe entraînée par Jean-Louis Gasset a montré une organisation tactique suffisamment solide pour exploiter les failles d'une France qui semblait distraite, presque convalescente. Les buts ivoiriens tombaient à 24 et 65 minutes, encadrant une égalisation française dans l'intervalle. Une victoire 2-1 contre les Bleus à domicile, c'était techniquement possible. C'était même probable après trois matchs sans victoire pour la France. Ce qui paraissait inimaginable hier, c'est que cette victoire devienne réalité.
Il est facile de voir dans ce résultat un séisme. Il serait plus juste d'y voir un signal d'alarme, un de ces moments où le football punît les équipes qui croient pouvoir gérer leurs efforts comme des comptes bancaires. Deschamps l'a senti. Après le coup de sifflet final, le sélectionneur national a vu ses joueurs regagner le vestiaire sans la gravité qu'impose généralement une défaite sur le sol du Stade de France. C'est peut-être ce qui l'a le plus inquiété.
Deschamps entre lucidité et vigilance
Le sélectionneur français aurait pu crier au scandal, évoquer une malchance arbitrale inexistante, ou se perdre dans des explications d'ordre circonstanciel. Ce n'est pas son style. Deschamps appartient à cette génération de tacticiens qui savent que le football punît moins souvent qu'il ne révèle. En conférence de presse, il a refusé de dramatiser. Pas d'alarme, dit-il. Mais des avertissements, surtout.
Son discours au groupe a probablement ressemblé à celui d'un entraîneur qui rappelle les fondamentaux sans verser dans l'hystérie. Depuis son arrivée en 2012, Deschamps a construit sa crédibilité sur une capacité à maintenir l'équilibre entre exigence et opportunisme. Il a remporté une Coupe du monde en 2018, échoué à la défendre quatre ans plus tard contre l'Argentine, et navigue depuis dans des eaux troubles où chaque match amical devient un test de réalité.
Avec 134 sélections à son actif, Deschamps comprend mieux que quiconque que ces rencontres sans enjeu officiel révèlent souvent la détermination réelle d'une équipe. Or, samedi, quelque chose manquait. Une concentration peut-être. Une faim certaine. L'attitude de joueurs qui se savent observés mais qui, secrètement, pensent que leur passif collectif les dispense des efforts que réclament les apprentis sorciers de Jean-Louis Gasset. C'est un risque permanent avec les sélections nationales.
Les Bleus face à des questions sans réponse simple
Cette défaite intervient dans un contexte particulier pour la France. Les blessures de Kylian Mbappé, la question de la succession et de la hiérarchie offensive, les doutes qui s'accumulent depuis le dernier Mondial, tout cela pèse sur les épaules des Bleus. Deschamps doit gérer une équipe en quête de sens. Pas une équipe en crise, mais une équipe qui cherche ses certitudes.
La Côte d'Ivoire, elle, a simplement joué du football honnête, sans complexe. Elle a cru à ses chances, les a créées, les a converties. C'est un exercice que la France oublie parfois, trop occupée à gérer son statut de favori pour s'intéresser aux petits détails qui gagnent les matchs: la première attaque sur chaque ballon, le marquage sans compromis, la vigilance défensive.
Les prochaines semaines diront si cette défaite inédite sera perçue comme un événement oublié d'une amicale de novembre ou comme le symptôme d'un malaise plus profond. Deschamps y verra probablement matière à travailler. C'est d'ailleurs son rôle. Rappeler aux siens que aucun adversaire n'est une formalité, même lorsqu'on porte le bleu et que l'histoire semble vous prédestiner à la victoire.