Trois ans après son départ, le Gallois juge l'arrivée du Special One au Bernabéu. Un témoignage rare sur une période charnière du club madrilène.
Les crampons rangés depuis 2023, Gareth Bale observe désormais le football avec le recul de celui qui a vécu ses plus grands moments sous le maillot blanc. L'ancien ailier revient régulièrement sur son passage au Real Madrid, ce club qui lui a permis de franchir un palier décisif dans sa carrière. Cette fois, c'est sur l'arrivée de José Mourinho que le Gallois se confie.
Bale était au Bernabéu quand le Portuguese a posé ses valises en juin 2010. Une période charnière pour le Real Madrid, alors en quête d'une rédemption européenne après des années de traversée du désert en Ligue des Champions. Mourinho incarnait cette promesse de rupture, lui qui venait tout juste de conquérir l'Europe avec l'Inter Milan. Le contexte pesait lourd : le Real n'avait remporté la C1 que cinq fois, loin derrière les standards de prestige que le club s'était fixés.
Un regard sans complaisance sur l'offensive madrilène
Bale se souvient d'une arrivée impressionnante, celle d'un coach qui débarquait avec une aura quasi invincible. "Mourinho apportait une confiance immédiate, un sentiment que nous étions capable de tout gagner", confie l'international gallois, selon ses déclarations récentes. Le Real Madrid a d'ailleurs investi massivement cet été-là : Cristiano Ronaldo rejoint le club pour 94 millions d'euros, un record mondial à l'époque. Bale lui-même était arrivé deux ans plus tôt pour 102 millions, établissant un nouveau plafond des transferts en 2013.
Mais Bale ne cache pas sa vision nuancée de cette période. L'entraîneur a certes apporté une structure tactique différente, instaurant un pragmatisme qu'on ne connaissait pas à Madrid. Cependant, les résultats en Ligue des Champions ont déçu : aucun titre soulevé durant ses trois saisons au poste de coach madrilène. "On sentait la frustration, malgré tous les talents réunis", reconnaît le Gallois. Le Real a marqué 121 buts en Liga sur une saison complète sous Mourinho, un chiffre impressionnant, mais insuffisant pour transformer cette puissance offensive en domination continentale.
L'ancien joueur revient aussi sur la tension qui a marqué les relations du Special One avec le vestiaire. Les querelles avec Iker Casillas, les tensions avec l'environnement du club, les déclarations provocatrices qui faisaient la une des journaux espagnols chaque lundi. "Mourinho croyait aux confrontations. C'était une approche qu'on n'avait jamais vue au Real avant lui", explique Bale. Cette gestion du groupe, si elle pouvait motiver certains, en agaçait visiblement d'autres.
Après Mourinho, la continuité ou la rupture
Ce qui fascine Bale aujourd'hui, c'est la trajectoire que le Real Madrid a finalement empruntée après le départ de Mourinho en 2013. Carlo Ancelotti prend les rênes, puis vient la décennie dorée de Zinédine Zidane et ses trois Ligues des Champions consécutives. "En recul, on voit que Mourinho a jeté les bases d'une certaine mentalité gagnante, mais ce n'est pas lui qui l'a concrétisée en Europe", analyse l'ailier disparu.
Bale souligne un paradoxe qui hantera toujours l'héritage de Mourinho à Madrid. Le coach portugais a renforcé l'effectif, modernisé les méthodes, imposé une discipline nouvelle. Néanmoins, son passage n'a pas suffi à restaurer la couronne continentale que le Real convoitait tant. C'est une autre équipe, forgée par la continuité plutôt que par la rupture, qui a remporté le trophée. "José a ouvert une porte, mais d'autres ont franchi le seuil", résume le Gallois avec une pointe de philosophie.
- 94 millions d'euros : le prix payé pour Cristiano Ronaldo en 2009, record mondial à l'époque
- Zéro titre européen : le bilan du Real Madrid en Ligue des Champions sous Mourinho (2010-2013)
- 121 buts marqués en Liga sur une saison complète, malgré l'attaque la plus puissante d'Europe
- Trois Ligues des Champions remportées dans les quatre ans suivant son départ, avec ses successeurs
Aujourd'hui, Bale passe son temps sur les greens plutôt que sur les pelouses. Mais son regard sur ces années madrilènes reste aigüisé. Il voit dans l'ère Mourinho un moment charnière : celui où le Real a basculé d'un modèle basé sur l'improvisation aristocratique à une organisation plus structurée. Que Mourinho ne soit pas celui qui a soulevé le trophée continental pour prouver cette théorie n'enlève rien à l'importance de sa contribution. Les grands projets se construisent par étapes. Parfois, le bâtisseur ne voit pas l'édifice terminé.