John Textor continue de semer la pagaille dans ses clubs. Après Lyon, l'homme d'affaires américain crée des turbulences à Botafogo, révélant les failles d'une gestion étouffante.
John Textor ne sait pas rester tranquille. Même évincé de Lyon, même sans plus aucun pouvoir décisionnel sur les rives du Rhône, ce magnat du capital-investissement réussit l'exploit de continuer à faire la une des journaux sportifs. Cette fois, c'est à Rio que le bât blesse. À Botafogo, le club brésilien qu'il contrôle depuis 2022, les querelles internes ont atteint un tel niveau que les observateurs se demandent si l'arrivée du Textor en tant qu'actionnaire principal a vraiment changé la trajectoire de l'institution, ou si elle l'a simplement transformée en cirque permanent.
Pourquoi Botafogo devient-il le nouveau théâtre des excès de Textor ?
Botafogo n'était pas un club prospère avant 2022. C'était même un navire à la dérive, avec des dettes abyssales et une gouvernance calamiteuse. Textor s'était présenté comme le sauveur, l'homme qui allait restaurer la grandeur d'un des clubs historiques du Brésil. Sur le papier, l'intention semblait noble. Dans les faits, ce qui s'est déroulé ressemble davantage à une série Netflix mal écrite qu'à une vraie rédemption sportive.
Le problème central : Textor applique à Botafogo la même philosophie d'achat compulsif et de micro-management qui a asphyxié Lyon. En deux ans, le club a dépensé des sommes considérables pour recruter des joueurs, mais sans stratégie cohérente. Des noms qui sonnaient bien, sans pour autant constituer une équipe harmonieuse. Le Brésilien Víctor Cuesta, l'Argentin Tiquinho Soares, puis un afflux constant de renforts : cela ressemble à la thérapie du shopping, pas à la construction d'un projet. Et quand on regarde les résultats sur le terrain, le bilan oscille entre l'encourageant et le décevant, sans jamais atteindre la stabilité.
Les querelles internes débutent là : entre la direction imposée par Textor depuis Londres et les cadres locaux qui comprennent mieux le fonctionnement du football brésilien, les tensions accumulent. Des entraîneurs limogés. Des joueurs vendus contre l'avis des techniciens. Des décisions prises sans consultation. Cela rappelle à s'y méprendre la méthode Textor à Lyon, où les membres du staff avaient fini par fonctionner comme des pions manipulés plutôt que comme des professionnels autonomes.
La gestion de Textor ressemble-t-elle à un modèle ou à un désastre ?
Regardons les chiffres. Entre 2022 et 2024, Botafogo a investi environ 150 millions d'euros dans ses recrutements. C'est considérable pour le Championnat brésilien. Pourtant, le club n'a remporté qu'un seul titre mineur en trois ans. Les performances en Série A brésilien restent erratiques. Comparez cela avec Flamengo ou Palmeiras, qui gèrent leurs budgets avec plus de rigueur et récoltent des titres à la pelle : la différence est saisissante.
Textor defends souvent son approche en invoquant une philosophie de croissance progressive. Il parle d'un projet sur dix ans, de construction patiente. Mais voilà : après trois ans, la patience s'évapore. Les fans attendent des résultats. Les investisseurs attendent un retour. Les entraîneurs attendent une clarté stratégique. Et Textor continue de jongler avec les organigrammes, de changer les entraîneurs comme des chaussettes, d'intervenir dans les choix tactiques sans expertise véritable.
Le paradoxe de Textor est qu'il possède les moyens financiers que la plupart des propriétaires de clubs rêvent d'avoir, mais qu'il manque cruellement de la sagesse qui en ferait bon usage. À Lyon, il a failli couler le navire. À Botafogo, il risque de faire la même chose, mais sur un marché moins transparent, où ses erreurs seront moins visibles des médias européens.
Existe-t-il une issue avant la catastrophe totale ?
Techniquement, oui. Textor pourrait décider de s'effacer, de déléguer vraiment, d'embaucher un président exécutif avec du poids et de l'expérience locale, et de cesser ses interventions quotidiennes. Il pourrait également admettre que le modèle « propriétaire américain dominateur » ne fonctionne pas au Brésil, où la culture du football obéit à d'autres règles.
Mais le connaissant, c'est peu probable. Textor est de ces hommes pour qui l'argent confère tous les droits, y compris celui d'ignorer les conventions et les conseils. Il croit au disruption, au changement radical, à l'imposition d'une vision. Sauf que le football, contrairement à certains secteurs de la tech, résiste à ces injonctions. Les équipes se construisent sur du temps, de la confiance, de la stabilité. Pas sur des reshuffles permanents.
Botafogo, pour l'heure, n'est pas encore en ruines. Le club reste compétitif, capable de disputes les titres. Mais il fume déjà. Et si Textor ne change pas de cap rapidement, les prochaines années risquent de ressembler à une version brésilienne de la tragédie lyonnaise.