La nouvelle troisième division professionnelle française devrait atterrir sur la chaîne Ligue 1+, écartant l'hypothèse d'une diffusion de la Coupe du Monde 2026.
Quand la LFP a lancé sa propre chaîne en 2023, certains y voyaient un pari audacieux sur l'avenir, d'autres une fuite en avant désespérée. Ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre : Ligue 1+ est en train de devenir, morceau par morceau, un véritable diffuseur domestique du football professionnel français. Et le prochain ajout à son catalogue pourrait bien être la future Ligue 3, l'ex-National élevé au rang de troisième division professionnelle, selon des informations concordantes issues des couloirs de la Fédération et de la Ligue.
La Ligue 3 trouve son écran avant même d'exister
La future Ligue 3 française n'a pas encore disputé un seul match — elle n'est d'ailleurs pas encore officiellement née — que sa maison télévisuelle serait déjà trouvée. Selon plusieurs sources proches des négociations, la chaîne Ligue 1+ serait le réceptacle naturel de cette nouvelle compétition, appelée à professionnaliser un championnat qui végétait depuis trop longtemps dans un entre-deux inconfortable, entre amateurisme haut niveau et monde pro. Le National accueille depuis des années des clubs aux budgets parfois supérieurs à ceux de Ligue 2, sans les droits TV ni les garanties statutaires qui vont avec. Cette anomalie est sur le point d'être corrigée.
Ce qui est notable ici, c'est moins l'attribution en elle-même que ce qu'elle révèle sur la stratégie de la LFP. Un temps, l'hypothèse d'utiliser Ligue 1+ pour diffuser des matchs de la Coupe du Monde 2026 avait circulé. L'idée était séduisante sur le papier — brancher la chaîne sur l'événement planétaire pour lui offrir une exposition massive — mais elle s'est heurtée aux réalités des droits FIFA, verrouillés de longue date par TF1 et beIN Sports sur le territoire français. La Ligue 3 , c'est donc le choix du réalisme contre le rêve de grandeur.
Reste à savoir combien de matchs seraient effectivement diffusés, selon quelle grille et à quel prix pour les abonnés. La chaîne, accessible via Canal+ ou en direct sur son application, affiche un positionnement tarifaire modeste. Mais monétiser un championnat de troisième division, même professionnalisé, ne sera pas une mince affaire.
Du National à la Ligue 3, un chemin qui ressemble à celui de la Football League anglaise en 1992
Pour comprendre ce qui se joue, il faut remonter le fil. Le National français a été créé en 1993, soit exactement un an après la naissance de la Premier League anglaise. Deux visions du football opposées : là-bas, on restructurait par le haut en créant un produit premium ; ici, on bricolait un échelon intermédiaire sans véritable identité ni visibilité. Trente ans plus tard, la comparaison reste cruelle.
La professionnalisation du National sous le nom de Ligue 3 est portée depuis plusieurs saisons par la LFP et soutenue par une partie des clubs concernés, qui voient dans ce changement de statut une porte d'entrée vers davantage de ressources, de structure et de reconnaissance. Le modèle visé ressemble à ce que fait la EFL League One en Angleterre — une troisième division pleinement professionnelle, avec des droits TV dédiés, des conventions collectives propres et des exigences d'infrastructure clairement définies.
Aujourd'hui, le National regroupe 14 clubs, dont le Paris FC, le Red Star ou encore Valenciennes FC — des entités avec une histoire, un public, parfois des infrastructures de haut niveau, mais des budgets et une visibilité qui ne suivent pas. La professionnalisation implique de rehausser les exigences sportives et administratives, ce qui pourrait exclure certains clubs actuellement présents. Un tri douloureux, mais probablement nécessaire si l'on veut que la future Ligue 3 soit crédible aux yeux des diffuseurs et des partenaires commerciaux.
C'est précisément là que Ligue 1+ entre en jeu. Attribuer les droits de diffusion de la compétition à la chaîne maison de la LFP, c'est sécuriser un minimum de visibilité sans dépendre d'un acteur extérieur qui pourrait se désintéresser du produit au bout de deux saisons. Une forme d'intégration verticale que le football français n'a jamais vraiment osé pratiquer.
Un pari sur la valeur future d'un championnat encore à inventer
Le risque, bien sûr, existe. Diffuser de la Ligue 3 sur une chaîne déjà accusée par certains de manquer de contenu attractif, c'est potentiellement noyer le poisson. Si les matchs sont produits à la va-vite, avec des moyens techniques limités et sans vrai storytelling éditorial autour des clubs et des joueurs, la compétition restera invisible même pour les fans les plus assidus.
Mais l'argument inverse mérite d'être entendu. La Bundesliga 3 allemande, troisième division professionnelle outre-Rhin depuis 2008, a mis plus d'une décennie à trouver son rythme et son audience. Elle attire aujourd'hui régulièrement entre 8 000 et 12 000 spectateurs par match en moyenne, génère des droits TV significatifs et sert de vrai vivier pour la Bundesliga 2. Le football français, lui, a l'habitude de vouloir les résultats sans consentir à l'investissement dans la durée. La diffusion sur Ligue 1+ pourrait changer cette logique, à condition que la chaîne s'engage réellement sur la production et la promotion de ce championnat.
Il y a aussi une dimension politique non négligeable. En internalisant les droits de la Ligue 3, la LFP envoie un signal aux clubs du National : vous entrez dans la famille professionnelle, mais c'est nous qui contrôlons l'exposition. Certains dirigeants de clubs verront dans cette configuration une garantie de stabilité ; d'autres, un plafond de verre difficile à briser si la chaîne ne décolle pas.
La vraie question, celle qui dépassera les arbitrages télévisuels, sera posée sur le terrain en 2025 ou 2026, quand les premiers matchs de Ligue 3 seront joués avec le statut professionnel gravé dans les statuts. À ce moment-là, on saura si Ligue 1+ est capable de transformer un championnat de l'ombre en vrai produit de télévision — ou si cette belle intention n'était qu'une ligne de plus dans un projet qui attend encore de trouver son souffle.