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Football

Nicolas de Tavernost et LFP Media une séparation qui n'en finit pas

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Annoncé partant dès février, Nicolas de Tavernost reste en poste à LFP Media jusqu'à la fin de saison. Un départ en suspens qui révèle les turbulences d'une structure en pleine mutation.

Nicolas de Tavernost et LFP Media une séparation qui n'en finit pas

Quitter sans partir. C'est, en quelques mots, la situation absurde dans laquelle se trouve Nicolas de Tavernost depuis le 12 février dernier. Ce jour-là, l'ancien patron de M6 avait officiellement annoncé son départ de la direction de LFP Media, la filiale créée par la Ligue de Football Professionnel pour tenter de prendre en main la production et la diffusion du football français. Plusieurs semaines plus tard, il est toujours là. Dans un courrier adressé aux présidents de clubs de Ligue 1 et de Ligue 2, il a confirmé qu'il resterait en poste jusqu'à la fin de la saison. Ce qui ressemblait à une rupture nette s'est mué en départ à l'étirement, symptôme d'une organisation qui peine à se stabiliser dans l'un des moments les plus décisifs de son existence.

L'homme qui reste malgré lui, ou presque

Il faut replacer cette séquence dans ce qu'elle dit d'une gouvernance sous tension. Nicolas de Tavernost n'est pas n'importe quel profil dans le paysage audiovisuel français. Après avoir présidé aux destinées du groupe M6 pendant plus de trois décennies, il avait rejoint LFP Media en 2023 avec une mission claire : structurer un outil capable de valoriser les droits télévisés du football professionnel français, à une heure où la crise avec Canal+ et l'effondrement de Mediapro avaient laissé des traces profondes dans les finances des clubs.

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Son maintien provisoire, au-delà de l'anecdote administrative, traduit une réalité plus inconfortable. LFP Media n'a pas encore trouvé la personne capable de lui succéder, ou n'a pas encore tranché sur l'orientation stratégique que devra incarner son prochain directeur. Dans un secteur où les droits domestiques du football français peinent à atteindre les niveaux espérés — le dernier appel d'offres avait abouti à un accord avec DAZN et beIN Sports pour environ 500 millions d'euros par an, loin des ambitions initiales — chaque décision de gouvernance prend une résonance particulière.

Le courrier aux présidents de clubs est, à cet égard, un geste politique autant qu'administratif. Il s'agit de rassurer des actionnaires de fait, des clubs dont les budgets dépendent directement de la capacité de LFP Media à négocier, vendre et valoriser le produit football. Leur adresser directement ce message, c'est reconnaître implicitement que l'incertitude à la tête de la structure est un sujet qui les concerne au premier chef.

Quand la télévision française regarde le football sans savoir quoi en faire

Le destin de LFP Media s'inscrit dans un contexte audiovisuel français profondément bouleversé. La TNT gratuite s'est retirée du football de haut niveau. Canal+, longtemps pilier indiscutable du foot français, a revu ses ambitions à la baisse après des années de surenchère. Les plateformes de streaming peinent à convaincre les abonnés de payer pour un championnat que beaucoup considèrent encore comme le parent pauvre des grandes ligues européennes.

La Ligue 1 souffre d'un déficit d'image chronique que ni les arrivées retentissantes — Lionel Messi au Paris Saint-Germain, jadis — ni les résultats européens n'ont réussi à combler durablement. À titre de comparaison, la Premier League anglaise génère plus de 3 milliards d'euros annuels rien que pour ses droits domestiques, soit six fois ce que perçoit le football français. Cet écart structurel pèse sur chaque négociation, chaque stratégie de diffusion, chaque choix éditorial.

LFP Media avait été conçue, dans l'esprit de ses fondateurs, comme une réponse disruptive à cette impasse. Plutôt que de s'en remettre intégralement à des diffuseurs extérieurs dont les intérêts ne coïncident pas toujours avec ceux du football, la LFP voulait reprendre la main sur son destin audiovisuel. Une ambition légitime, mais dont l'exécution s'est révélée infiniment plus complexe que prévu. Monter une chaîne, recruter des équipes de production, négocier des accords de distribution, tout en gérant les ego et les impatiences de plus de trente clubs professionnels : l'équation est redoutable.

Nicolas de Tavernost, fort de son expérience chez M6, était censé apporter la légitimité et le savoir-faire industriel nécessaires à ce chantier. Que son départ se négocie dans le flou et la durée dit quelque chose sur la difficulté de la mission, mais aussi sur les tensions internes à une structure jeune qui n'a pas encore trouvé son rythme de croisière.

Un vide à la tête d'une institution qui ne peut pas se permettre l'improvisation

La fin de saison, dans le calendrier du football professionnel, n'est jamais un moment anodin pour les instances. C'est la période des bilans, des renégociations de contrats, des arbitrages budgétaires. Laisser LFP Media sans direction clairement établie durant ces semaines charnières n'est pas sans risque, même si Nicolas de Tavernost assure la continuité opérationnelle.

La vraie question que pose ce feuilleton n'est pas tant celle du départ d'un dirigeant — les états-majors changent, c'est la loi du genre — que celle du projet que devra porter son successeur. LFP Media doit-elle continuer à vouloir exister comme une entité de production autonome, avec ses propres équipes et ses propres contenus ? Doit-elle se recentrer sur un rôle de négociateur et de gestionnaire de droits, en sous-traitant la production à des acteurs spécialisés ? Doit-elle, plus radicalement encore, envisager des alliances ou des fusions avec d'autres acteurs du secteur pour peser davantage ?

Ces questions ne trouveront pas leurs réponses dans le courrier envoyé aux présidents de clubs. Elles dessinent pourtant l'horizon dans lequel devra s'inscrire le prochain directeur de LFP Media, quel qu'il soit. Le football français a besoin, plus que jamais, d'une vision audiovisuelle cohérente et portée avec constance. Le départ en pointillé de Nicolas de Tavernost rappelle douloureusement que cette vision reste encore à construire — et que le temps, lui, ne s'accommode pas des transitions en suspens.

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