Insatisfaite de ses portiers actuels, la Juventus cible Emiliano Martinez. Le club turinois explore toutes les pistes pour renforcer une position devenue critique.
À Turin, on ne discute plus en chuchotant. Michele Di Gregorio et Mattia Perin ont perdu le crédit. Après une première moitié de saison où les erreurs se sont accumulées — combien de fois les a-t-on vus sortir mal du jeu, hésiter sur un centre, rester figé sur un tir à distance — la Juventus a décidé de trancher. Il faut un gardien. Un vrai. Pas un prospect, pas un second couteau amélioré. Un patronyme capable de rassurer une défense et de tenir tête aux meilleures équipes européennes.
C'est dans ce contexte que le nom d'Emiliano Martinez circule avec insistance du côté de la Juve. L'Argentin d'Aston Villa, maître incontesté de son sujet en Premier League, représente exactement ce profil : expérience, charisme, palmarès. À 32 ans, il dispose encore de quelques belles années devant lui. Et surtout, il a prouvé à 137 reprises en Championnat anglais qu'il savait faire la différence quand les choses se compliquaient.
Le puzzle du marché des gardiens s'éternise
Voilà le hic : obtenir Martinez ne sera pas une simple formalité administrative. Aston Villa ne cède pas ses joueurs clés à prix soldé, et le groupe de Monza, aujourd'hui en lice pour la Ligue des champions, ne vendra pas son gardien de rêve pour apaiser les soucis d'une équipe italienne, même prestigieuse. Les Villans demandent entre 60 et 70 millions d'euros — des chiffres que la Juventus peut théoriquement affronter, mais qui la forcerait à des arbitrages douloureux ailleurs.
Pendant ce temps, Liverpool tente de fermer la porte à Alisson Becker. Le Brésilien a beau être un champion du monde avec son pays, avoir remporté la Premier League et la Ligue des champions en rouge, Arne Slot ne l'imagine pas partir. Le problème ? Alisson regarde lui aussi vers d'autres horizons. À 32 ans, il se demande s'il ne mérite pas une dernière grande aventure en Europe continentale, loin de l'intensité du football anglais. La Juventus a flashé sur ce profil aussi. Mais Liverpool verrouille, comme toujours quand l'amour-propre du club est en jeu.
Remonter aux sources du malaise turinois aide à comprendre pourquoi on en est là. Di Gregorio a atterri à Turin avec une belle réputation venue de Monza — un petit culot, une base technique. Perin, lui, a un pedigree de club de prestige. Mais ni l'un ni l'autre n'a su incarner la sérénité dont la Juventus a besoin. Un gardien, c'est étrange à dire quand on le connaît peu, c'est un peu le cœur psychologique de l'équipe. Quand il y a du flou là-bas, tout le reste vacille.
Trois noms pour un seul poste royal
Au-delà de Martinez et d'Alisson, des pistes moins médiatiques mais sérieuses sont explorées. La Juventus ne mise pas tout sur une seule carte — trop dangereux, trop coûteux. Des contacts ont lieu avec d'autres clubs, d'autres portiers capables de changer les équilibres. Le nom de Yann Sommer, même s'il a 36 ans, a traversé les couloirs dirigeants turinois. L'Interiste vieillissant mais flamboyant pourrait faire l'affaire en transition, le temps de trouver mieux. Mais déloger un gardien à l'Inter en janvier, c'est presque de la science-fiction.
La réalité du marché hivernal impose ses lois : les clubs détenteurs ne libèrent que sous contrainte ou contre compensation financière astronomique. Voilà pourquoi Thiago Motta, l'entraîneur piémontais, s'arme de patience. Il sait que son directeur sportif, Cristiano Giuntoli, fait ce qu'il peut. Mais les attentes sont énormes. Avec 48 points en 19 journées, la Juve ne peut se permettre une deuxième saison blanche face à l'Inter de Simone Inzaghi, qui caracole à 50 points.
Pourquoi ce soudain sentiment d'urgence ? Parce que la saison se joue maintenant. On n'attend pas avril pour corriger les tirs dans cette maison-là. Les dirigeants turinois savent qu'une équipe sans assurance en arrière perd trop de points inutilement — des matchs nuls au lieu de victoires, des défaites évitables. Un bon gardien peut représenter 8 à 12 points gagnés sur une saison complète. C'est la différence entre un titre et une deuxième place frustrante.
Les dés rouleront fin janvier
Les prochaines semaines seront décisives. Le marché ferme le 31 janvier, et avant cette date, les cartes doivent être abattues. Soit la Juventus trouve un accord avec Villa pour Martinez — ce qui signifierait lâcher entre 65 et 75 millions, une somme considérable en hiver. Soit elle se rabat sur un plan B moins prestigieux mais peut-être plus accessible. Soit elle parie sur une évolution des hommes en place et préfère investir ailleurs, à un poste moins peuplé.
Ce duel silencieux mais acharné des gardiens de prestige dit quelque chose d'important : les grands clubs internationaux commencent à admettre qu'on ne gagne rien sans une forteresse arrière. C'est la leçon des dernières Coupes du monde, des derniers championnats européens. Martinez l'a comprise avec l'Argentine. Alisson aussi en son jour. Perin et Di Gregorio, pour braves qu'ils soient, ne sont pas à ce niveau-là. La Juventus a besoin de basculer.
Avant fin janvier, on saura si Giuntoli et ses alliés ont réussi à détourner l'un des géants européens de son poste — ou s'ils devront imaginer une solution de fortune. L'histoire du marché des gardiens de cet hiver pourrait bien rédéfinir l'équilibre du Calcio et de la Premier League.