Vainqueur d'Elche 2-1, le club sévillan se qualifie pour la Ligue des champions 21 ans après sa dernière apparition. L'Atlético Madrid verrouille sa place.
Vingt et un ans. C'est le temps qu'il aura fallu au Real Betis Balompié pour revenir parmi l'élite continentale. Mardi 12 mai, lors de la 36e journée de Liga, les hommes de Manuel Pellegrini ont disposé d'Elche 2-1 et verrouillé mathématiquement la cinquième place du classement espagnol, sésame pour la Ligue des champions. Un retour qui revêt une portée bien au-delà de la simple statistique sportive : c'est la consécration d'une reconstruction patiente, parfois douloureuse, d'un club qui semblait condamné à vegéter dans les profondeurs du football européen.
La moisson de Pellegrini à Séville
Voilà désormais dix-huit mois que Manuel Pellegrini a pris les rênes du Betis, et son mandat ressemble à une cure de jouvence. L'entraîneur chilien, qui connaît le championnat espagnol pour y avoir longtemps offert ses services, a su imposer une philosophie de jeu offensif, presque décalée pour un club de cette envergure économique. À rebours des tendances actuelles qui privilégient la défense de groupe et le repli organisé, Pellegrini a choisi la voie de l'audace collective : presser haut, circuler le ballon avec fluidité, créer du mouvement perpétuel.
Cette approche s'est concrétisée dans les chiffres : le Betis affiche l'une des meilleures statistiques offensives de Liga cette saison, avec une moyenne de buts marqués supérieure à 1,8 par match. Les talents offensifs comme Nabil Fekir et Sergio Canales ont retrouvé une forme de sérénité, tandis que des éléments moins en vue, à l'instar de Johnny Cardoso au cœur du jeu, ont pris du relief. La victoire contre Elche, dans laquelle les Verts-Blancs ont mis un terme à une série sans victoire domicile, symbolise cette capacité à trouver des solutions même quand le doute s'installe.
Ce qui frappe davantage, c'est la stabilité acquise. Contrairement aux années précédentes, marquées par des turbulences dirigeantes et des changements d'entraîneurs à répétition, le Betis jouit désormais d'une continuité rare dans le football moderne. Pellegrini dispose d'une marge de confiance que peu de techniciens reçoivent en Espagne, loin du climat de précédence qui caractérisait les mandats antérieurs.
Deux décennies de purgatoire
Pour mesurer l'ampleur de ce retour, il convient de se replonger dans l'histoire récente du Betis. En 2003, le club hébergeait encore une armada en Ligue des champions, avec Dani Alves dans son effectif et la certitude de jouer régulièrement à haut niveau. Puis vint la chute : relégation en Segunda División en 2009, années de souffrances institutionnelles, passages à vide où le Betis semblait prisonnier d'une spirale dont l'issue restait incertaine. Les supporters connaissaient le ciel ; ils ont dû goûter à l'enfer.
Entre 2003 et cette année 2024, le club a connu neuf entraîneurs différents, des scandales financiers, des changements d'actionnariat, des promesses non tenues. Benoît Pedretti, Javier Irureta, Víctor, García Toral, Pel Pellegrini en première tentative : chacun a apporté ses rêves, mais rares sont ceux qui ont pu les concrétiser. Le chemin vers l'Europe s'était progressivement transformé en légende urbaine, un conte pour enfants avant le coucher que les vieux supporters racontaient aux plus jeunes générations.
Ce qui rend le présent fascinant, c'est la rupture avec cette destinée apparente. Le Betis ne s'est pas construit sur une acquisition mégalomaniaque ou l'arrivée d'un magnat. Le changement s'est opéré par la patient travail d'identification de talents sous-valorisés et la mise en place d'une structure cohérente. C'est un modèle moins fracassant, plus durable.
L'Atlético se rassure, la Liga s'apaise
Pendant que le Betis écrivait son épilogue heureux, l'Atlético Madrid de Diego Simeone assurait sa propre sécurité. Auteur d'une saison en dents de scie où la concurrence de Real Madrid et Barcelone s'est faite féroce, l'équipe madrilène a verrouillé sa place dans le top quatre, garantissant la participation à la phase de groupes de la Ligue des champions. L'épisode des déceptions successives semble clos : un titre de champions d'Europe figurant au palmarès reste une monnaie d'échange précieuse, même si les sceptiques murmuraient que le projet Atlético avait atteint son plafond.
Cette 36e journée a aussi marqué un point d'inflexion dans la dynamique générale du championnat ibérique. Après des saisons où le duopole Real-Barça semblait définitif, la Liga retrouve une certaine pluralité compétitive. Le Betis ne sera pas seul en Ligue des champions : l'Atlético, bien entendu, et les prétendants au titre final se sont déjà arrangés entre eux. Mais symboliquement, voir émerger un cinquième larron après deux décennies d'absence, c'est reconnaître que le championnat espagnol conserve encore des terrains fertiles pour les projets ambitieux, même ceux qui partent de très loin.
La question qui se pose désormais n'est pas tant l'avenir immédiat du Betis, mais sa capacité à pérenniser cette place. La Ligue des champions, à l'ère du fair-play financier et des contrôles économiques renforcés, n'est plus réservée aux seuls piliers établis. Elle récompense aussi ceux qui savent construire avec sagacité, sans superflu, en phase avec la réalité de leurs moyens. Pour Pellegrini et ses joueurs, le vrai défi commence maintenant.