Meilleur buteur de l'histoire du Merseyside Derby avec Gerrard, Mohamed Salah a marqué les esprits deux fois ce dimanche, sur et en dehors du terrain.
Un but, un record, et une balade à pied dans les rues de Liverpool. Mohamed Salah n'a décidément pas fini de surprendre. Ce dimanche, l'Égyptien a planté un nouveau coup de poignard dans le cœur d'Everton lors du Merseyside Derby, rejoignant au passage la légende Steven Gerrard au sommet d'un classement qui ne s'oublie pas. Mais c'est ce qui s'est passé après le coup de sifflet final qui a le plus fait parler. Le Pharaon est rentré chez lui... à pied. Simplement. Sans escorte, sans voiture de sport, sans fioritures.
Le geste qui choque autant que le but
Imaginez la scène. Anfield vient de vibrer. Liverpool vient d'écraser son ennemi juré. Et Mohamed Salah, 32 ans, l'un des joueurs les mieux payés du football mondial avec un salaire estimé à plus de 400 000 livres sterling par semaine, choisit de rentrer à la maison à pied, seul, dans les rues de Liverpool. Pas de SUV blindé, pas de garde du corps en faction. Juste l'homme et ses pensées.
La scène a rapidement circulé sur les réseaux sociaux, déclenchant une vague de réactions aussi rapide qu'une accélération du numéro 11 des Reds. Certains y voient un symbole fort d'humilité, presque anachronique dans un football contemporain où le moindre déplacement d'une star donne lieu à une logistique digne d'un chef d'État. D'autres s'interrogent sur l'état d'esprit du joueur, lui qui est entré dans sa dernière année de contrat à Anfield sans qu'aucune prolongation n'ait encore été officiellement annoncée.
Ce geste, anodin en apparence, prend une dimension particulière quand on connaît le contexte. Salah marche seul dans sa ville, comme un homme qui réfléchit, qui savoure peut-être, ou qui prépare quelque chose. Difficile de ne pas y lire une métaphore.
Le trône partagé avec une légende intouchable
Revenons au terrain, là où tout a commencé. En inscrivant ce but face aux Toffees, Mohamed Salah a atteint la barre des 11 réalisations dans le Merseyside Derby, égalant Steven Gerrard, l'homme aux 710 matchs sous le maillot rouge, l'idole absolue d'une cité entière. Partager un record avec Gerrard dans ce derby-là, ce n'est pas anodin. C'est l'équivalent de marcher sur la Lune aux côtés d'Armstrong.
Depuis son arrivée à Liverpool en 2017 en provenance de la Roma pour 42 millions d'euros, l'attaquant égyptien a transformé le club et redéfini les standards offensifs de Premier League. Trois titres de meilleur buteur de Premier League, une Ligue des Champions, une Premier League, une Copa del Rey... Son palmarès personnel et collectif sous le maillot rouge suffit à justifier une statue devant Anfield. Mais c'est dans les derbies que les légendes s'écrivent en lettres de sang. Et Salah, ce dimanche, a signé un nouveau chapitre.
Ce qui rend ce record encore plus impressionnant, c'est la régularité avec laquelle il a torturé Everton au fil des années. Pas un coup de chaud isolé, pas une saison de grâce sur laquelle il aurait surfé. Une constance meurtrière, saison après saison, dans un rendez-vous où la pression psychologique peut faire craquer les meilleurs.
Un contrat en suspens, un avenir qui interroge tout Liverpool
La vraie question qui plane au-dessus de ce record et de cette balade nocturne, elle est contractuelle. Mohamed Salah est libre de négocier avec n'importe quel club depuis le 1er janvier 2025. Son bail expire en juin prochain, et si Liverpool et l'entourage du joueur ont laissé entendre que des discussions étaient en cours, rien de concret n'a filtré. Dans ce contexte, chaque action de Salah devient un message, chaque geste une potentielle déclaration.
Rentrer à pied après un derby historique, c'est peut-être sa façon de dire qu'il est bien là, enraciné dans cette ville, attaché à ce club d'une façon qui dépasse les contrats et les clauses. Ou alors c'est simplement un homme qui avait envie de prendre l'air après une soirée intense. Mais dans le football moderne, rien n'est jamais simplement anodin quand il s'agit d'une star de ce calibre.
Du côté des supporters des Reds, l'anxiété est palpable. Perdre Salah librement, sans indemnité de transfert, après tout ce qu'il a apporté, serait une blessure difficile à cicatriser. La direction de Liverpool, emmenée par Arne Slot depuis l'été dernier, sait qu'elle marche sur un fil. Le coach néerlandais a besoin de son attaquant pour maintenir le cap en Premier League, où les Reds restent parmi les prétendants sérieux au titre cette saison.
Les clubs du Golfe, notamment en Arabie Saoudite, ont déjà tenté leur chance lors du mercato estival 2023. Salah avait alors publiquement exprimé sa frustration face au manque de considération du club dans les négociations. Le message avait été reçu cinq sur cinq. Depuis, les relations semblent apaisées, mais l'ombre de cette tension n'a jamais totalement disparu.
Un but, un record partagé avec Gerrard, et une promenade nocturne qui fait jaser. Mohamed Salah a le don de concentrer toutes les attentions sur lui, même quand il ne cherche visiblement qu'à souffler. Les prochaines semaines diront si cette sérénité affichée dans les rues de Liverpool annonce une prolongation imminente ou les derniers mois d'une histoire d'amour qui approche de son terme. Une chose est certaine : tant qu'il sera là, le Pharaon continuera de régner.