Medhi Benatia révèle en Italie qu'il a tenté de recruter un joueur majeur à Marseille. Une ambition déçue qui aurait pu remodeler le projet olympien.
Combien de bifurcations aurait pu connaître l'Olympique de Marseille si Medhi Benatia avait eu les coudées franches ? L'ancien directeur sportif du club phocéen ne ferme pas la porte aux regrets. Installé maintenant à la Juventus, Benatia s'est confié à la Gazzetta Dello Sport sur ses ambitions avortes lors de son passage à Marseille, révélant au passage qu'il avait coché le nom d'un joueur qu'il estimait capable de transformer le projet olympien. Une confession qui soulève une question légitime : jusqu'où aurait pu aller l'OM avec les bons coups de recrutement ?
Quel était ce joueur que Benatia convoitait tant ?
Benatia, ancien défenseur qui connaît par cœur le marché des transferts, a des goûts affirmés en matière de profil. Lors de son passage à Marseille, il n'a jamais caché son envie de bâtir une équipe compétitive capable de rivaliser avec le Paris Saint-Germain. Pour cela, il faut des cadres de classe mondiale, des joueurs avec une expérience européenne et une vraie gagne. C'est précisément le type de recrue qu'il tentait de concrétiser selon ses déclarations au quotidien italien. Sans révéler l'identité avec trop de détails, Benatia pointe du doigt les contraintes budgétaires et structurelles qui ont enterré ses plans. À Marseille, on n'est pas à la Juventus. Les leviers financiers ne sont pas les mêmes, les appuis politiques diffèrent, et surtout, la patience des propriétaires n'est jamais infiniment extensible.
Ce qui fascine dans cette confession, c'est moins le nom du joueur que le symptôme qu'elle révèle. L'OM traverse depuis des années une crise chronique de direction sportive. Combien de stratèges, combien de visionnaires se sont cassé les dents sur ce club ? Benatia a au moins l'honnêteté d'admettre qu'il n'a pas réussi là où il pensait pouvoir laisser une empreinte durable. Cette lucidité fait presque défaut à d'autres avant lui.
Pourquoi une telle ambition a-t-elle avorté à Marseille ?
Il y a une réalité économique implacable qui écrase l'OM depuis plusieurs saisons : le gap financier avec le PSG s'est creusé année après année. Alors que Paris dépense 800 millions d'euros sur le marché depuis 2017, Marseille navigue entre l'austérité et les tentatives de coup de génie. Les périodes fastes du mercato olympien remontent à 2020-2021, quand l'arrivée de Jorge Sampaoli avait créé une dynamique. Quelques renforts bien ciblés, un entraîneur à poigne, et paf : l'OM remonte sur le podium de la Ligue 1. Mais c'était fugace.
Benatia lui-même a hérité d'une structure fragilisée quand il a pris ses fonctions. Pablo Longoria était déjà aux commandes du recrutement, créant une forme de condominium qui tue toute vision à long terme. Vous avez deux cerveaux, deux stratégies, deux visions du foot. Le résultat ? Vous n'en avez aucune. Les investissements deviennent désordonnés. Regardez la liste des recrutements depuis 2022 : Sanson, Henrique, Gigot, puis Harit, Greenwood... Certains ont marqué, d'autres ont disparu dans les oubliettes. L'absence de fil rouge est criante.
Et puis il y a l'argent. L'OM n'a pas celui du PSG, certes, mais il a surtout un problème de gouvernance. Les décisions se prennent à plusieurs niveaux : le propriétaire Frank McCourt, la direction générale, la direction sportive. Trop de cuisines, trop de portes. Un joueur du calibre que Benatia tentait d'attirer veut garanties, stabilité, projet crédible. Or, Marseille ne peut offrir aucune de ces trois choses de manière certaine. Voilà pourquoi les meilleurs dossiers s'effondrent.
Qu'est-ce que cet aveu dit sur la gestion de l'OM aujourd'hui ?
Ce qui frappe, c'est que Benatia ne cache pas son jeu. Il aurait pu rester silencieux, laisser passer, oublier cette période marseillaise. Non. Il en parle à un média italien, probablement pour se justifier auprès de son environnement à la Juventus, montrer qu'il a des ambitions et qu'il sait les décrire. C'est aussi un message envers Marseille : j'ai eu des idées, elles n'ont pas pu se matérialiser à cause de vous, pas à cause de moi.
Aujourd'hui, l'OM reste enlisé dans cette problématique de gouvernance. Roberto De Zerbi arrive avec un crédit sympathique, une aura de coach de talent et d'expérience. Mais sans une véritable autorité sportive au-dessus de lui, capable de lui livrer les outils qu'il demande, on reproduira le même schéma. De Zerbi demandera un latéral droit de classe, on lui trouvera un bon professionnel brésilien en devenir. Il voudra un milieu créatif, on lui proposera un jeune prospect parisien. Pas mal, sympa, mais pas l'arme absolue.
Le confession de Benatia, c'est aussi celle d'un homme qui a compris : on ne construit pas un projet collectif en solo. Vous pouvez être le meilleur recruteur du monde, si en face vous n'avez pas un entraîneur qui partage votre vision et une direction qui vous fait confiance, vous échouez. À la Juventus, il y a Thiago Motta qui est arrivé avec une philosophie claire. Il y a une tradition de stabilité. Pas de chamailleries publiques, pas de trois stratégies différentes qui se tamponnent.
Quel futur pour l'OM sans cette recrue manquée ?
Marseille continue d'avancer malgré ces coups manqués. L'effectif actuel n'est pas dépourvu de talents. Greenwood, quand il décide de jouer, peut faire basculer une rencontre. Kondogbia a des ressources. Mais entre avoir du talent et construire une armada compétitive, il y a un gouffre. Celui que Benatia tentait de franchir et que l'OM peine encore à franchir.
La vraie question n'est pas tant de savoir quel joueur Benatia aurait pu recruter. C'est plutôt d'identifier qui, demain, aura assez de pouvoir et de légitimité pour imposer une vision sans compromis. De Zerbi peut être ce homme. Mais pour cela, l'OM devra lui donner les clés, vraiment les clés. Pas une direction sportive qui contredit ses choix, pas un propriétaire qui doute à chaque difficulté. C'est cette cohérence qui a manqué à Benatia. C'est elle aussi qui manque à Marseille.