Le défenseur argentin Facundo Medina ne cache pas sa frustration après le départ de Roberto De Zerbi. Une blessure interne qui fragilise le vestiaire marseillais.
"Il m'a changé comme joueur." Quand Facundo Medina parle de Roberto De Zerbi, la gorge se serre. Le défenseur central argentin, recruté l'été dernier pour apporter sa solidité à l'arrière-garde marseillaise, n'a pas dissimulé sa colère — ni sa tristesse — face au départ précipité de l'entraîneur italien. Quelques semaines après la rupture entre De Zerbi et l'Olympique de Marseille, les blessures dans le vestiaire, elles, ne cicatrisent pas aussi vite que les communiqués de presse voudraient le faire croire.
Quand un entraîneur devient une référence absolue, sa perte se paie cash
Roberto De Zerbi n'était pas un entraîneur ordinaire pour les joueurs qu'il a façonnés. Chez les défenseurs centraux, il avait ce talent rare de transformer des blocs de granit en footballeurs complets, capables de construire, d'anticiper, de peser offensivement. Facundo Medina en est l'exemple le plus éloquent. Arrivé à Marseille avec une réputation de défenseur rugueux, solide dans les duels mais limité balle au pied, l'Argentin de 25 ans avait commencé à montrer un tout autre visage sous la direction de l'Italien. Une transformation qui s'est stoppée net avec le départ de De Zerbi.
Ce que Medina exprime publiquement, beaucoup d'autres ressentent en silence dans le vestiaire de la Commanderie. Un entraîneur de la trempe de De Zerbi ne dirige pas seulement des séances tactiques — il installe une culture, un langage, une façon d'être ensemble. Quand il part, c'est tout un écosystème qui s'effondre. La confiance collective, les automatismes construits jour après jour, les certitudes individuelles aussi. Tout ça part avec lui.
Le timing du départ n'arrange rien. L'OM traversait une période délicate sportivement, et la rupture avec De Zerbi — qu'elle soit venue des dirigeants ou du technicien lui-même — a amplifié une instabilité déjà latente. Depuis le début de la saison, le club phocéen peine à trouver une cohérence défensive, avec plus d'un but encaissé en moyenne par match en Ligue 1. Les chiffres disent ce que les discours officiels taisent.
- Plus de 1 but encaissé par match en moyenne pour l'OM depuis le départ de De Zerbi
- Facundo Medina, 25 ans, recruté à l'été 2024 pour renforcer l'axe central marseillais
- De Zerbi avait signé à l'OM en juin 2024 après son passage remarqué à Brighton en Premier League
- L'OM pointe à plusieurs longueurs du podium de Ligue 1 depuis la rupture avec son entraîneur
Le successeur de De Zerbi face à un héritage impossible à liquider
Quel que soit le nom du prochain entraîneur — ou de celui qui tente actuellement de recoller les morceaux — la tâche est monumentale. Prendre la suite d'un technicien de la stature de Roberto De Zerbi, c'est assumer d'être comparé en permanence. Et quand des joueurs comme Medina verbalisent publiquement leur frustration, ça complique encore davantage la transition. Un vestiaire qui pleure son ancien coach n'est jamais pleinement disponible pour le suivant.
La question qui taraude les dirigeants marseillais est simple mais brutale : comment reconstituer un bloc défensif solide quand l'homme qui en avait posé les fondations méthodologiques n'est plus là ? Pablo Longoria, le président de l'OM, va devoir répondre à cette équation dans l'urgence. Le marché de janvier approche, et l'instabilité sur le banc a des répercussions directes sur la valeur perçue des joueurs — et donc sur les négociations à venir.
Ce que l'affaire De Zerbi-Medina révèle aussi, c'est la fragilité structurelle d'un club comme l'OM face aux ruptures sportives majeures. Marseille a l'habitude des séismes — l'histoire du club est jalonnée de départs fracassants, de brouilles mémorables, de projets avortés. Mais là, quelque chose de différent transparaît. De Zerbi avait convaincu des joueurs de son projet, pas seulement de son autorité. Ce n'est pas anodin. La déception est d'autant plus grande quand on avait vraiment cru en quelque chose.
Du côté de Brighton, où De Zerbi avait passé deux saisons entre 2022 et 2024 avant de rejoindre la Méditerranée, on se souviendra longtemps de sa capacité à bâtir des collectifs soudés autour d'une idée de jeu forte. Les Seagulls avaient terminé sixièmes de Premier League sous sa direction — une performance historique pour le club du Sussex. L'OM pensait capter cette énergie, ce génie tactique. La greffe n'a pas tenu. Ou plutôt, elle a pris, puis on l'a arrachée trop tôt.
Facundo Medina, lui, doit maintenant faire le deuil d'un entraîneur qui l'avait transcendé, et trouver en lui les ressources pour performer sous une direction différente. C'est le lot du footballeur professionnel : s'adapter, toujours. Mais l'adaptation a un coût humain que les tableaux Excel des directions sportives ne calculent jamais vraiment. Et quand ce coût s'exprime publiquement, par la voix d'un joueur en colère, c'est que quelque chose a été mal géré quelque part.
L'OM version post-De Zerbi reste à écrire. Le projet de jeu, l'identité collective, la hiérarchie dans le vestiaire — tout est à reconstruire ou du moins à stabiliser. La saison de Ligue 1 ne s'arrête pas pendant les crises de gouvernance, et les concurrents, eux, ne font pas de cadeau. Si Marseille veut encore espérer accrocher une place européenne et préparer dignement son futur, il va falloir que les émotions cèdent rapidement la place aux solutions. La colère de Medina est compréhensible. Mais elle devra, tôt ou tard, se muer en énergie sur le terrain.