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Football

Gasperini refuse les raccourcis sur le mercato romain

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

L'entraîneur de l'AS Roma balaie les illusions d'optique : les moyens financiers des Friedkin ne suffisent pas sans un travail structurel.

Gasperini refuse les raccourcis sur le mercato romain

Gian Piero Gasperini n'aime pas les contes de fées. Interrogé sur les ambitions mercatiles de l'AS Roma à la lumière des investissements massifs des propriétaires américains Friedkin, le technicien italien a préféré dérouler une philosophie bien plus austère : celle du labeur, du tri, de la construction patiente. « Un cadeau des Friedkin ? Non, je crois que nous, plus que des cadeaux, devons bien travailler », a-t-il lâché au micro d'Il Corriere dello Sport. Une phrase qui résonne comme un avertissement déguisé, adressée autant à la direction de la Louve qu'aux supporters qui rêvaient de recrues venues du ciel.

L'argent n'est pas un plan

Depuis que les Friedkin ont pris les rênes de Rome à l'été 2022 pour 591 millions d'euros, le club a investi sans compter : plus de 200 millions sur le mercato ces trois dernières années, avec des opérations aussi spectaculaires que celle de Paulo Dybala ou les tentatives répétées pour attirer des joueurs de haut niveau. Pourtant, le résultat sportif ne suit pas. Cette saison, la Roma peine à se maintenir dans les eaux européennes, oscillant entre quatrième et huitième place selon les périodes, loin du projet de titre affiché à la création du club.

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Gasperini, qui a pris le poste en novembre dernier après le départ tumultueux d'Ivan Juric, a hérité d'une machine financière sans pilotage clair. C'est précisément ce qu'il s'efforce de corriger. Son message est clair : la Rome ne manque pas de ressources, elle manque de stratégie. Derrière chaque recrutement doit exister une logique, un positionnement dans le puzzle tactique, une adéquation entre le profil et l'architecture de jeu. Les noms flamboyants sans fonction précise ne l'intéressent pas, même estampillés du label « investissement d'avenir ».

Le parcours du combattant romain

Ce diagnostic ne sort pas de nulle part. Gasperini l'a forgé à l'Atalanta, où il a transformé un club de province en machine de guerre continentale avec des moyens bien inférieurs à ceux de Rome. Entre 2016 et 2024, il a construit cette équipe de Bergame presque rien, en triant les profils, en valorisant les joueurs jugés indésirables ailleurs, en imposant une discipline tactique implacable. La différence était abyssale : à Bergame, chaque centime investi obéissait à une logique; à Rome, les chèques avaient souvent précédé la réflexion.

Dès son arrivée, l'entraîneur a dû affronter une réalité compliquée. L'effectif de la Roma, gonflé par les ans et les mauvaises décisions mercatiles, comportait des cadres vieillissants, des promesses non tenues, des salaires déconnectés des performances. Restructurer, c'est d'abord détricoter. Gasperini s'y est attelé avec détermination, utilisant ses premiers mois pour évaluer qui pouvait rester, qui devait partir. Cette transparence, parfois brutale, a créé des frictions mais aussi de la clarté.

Son intervention auprès des Friedkin était donc attendue. Lui qui a mené l'Atalanta à l'Europa League, qui connaît les secrets du succès en budget limité, se devait d'exprimer ce constat : à Rome, il ne suffit pas d'ouvrir le portefeuille. Il faut ouvrir les yeux. Il faut comprendre que Mason Greenwood, aussi talentueux soit-il, n'est pertinent que s'il s'inscrit dans un projet collectif clair. Il faut accepter que recruter un champion ne crée pas automatiquement une équipe championne.

Une philosophie qui divise

Cette position de Gasperini peut sembler contredire l'amertume latente chez les tifosi romanistes, qui voient les voisins napolitains remporter un Scudetto avec une fraction du budget engrangé par leur club sur la même période. Elle contredit aussi le tropisme naturel des propriétaires américains, habitués à croire que l'investissement massif résout les problèmes. Mais elle traduit une vérité profonde du football moderne : la hiérarchie ne se construit pas au mercato, elle se construit sur le terrain.

Gasperini sait que les prochains mois diront si Rome est prête à entendre ce message. Les Friedkin ont engagé des centaines de millions. Ils ont recruté un entraîneur réputé pour son efficacité tactique et son sang-froid. Maintenez-ils le cap sur cette philosophie de rigueur, ou replongeront-ils dans le mirage des grands noms ? La réponse déterminera si Rome redevient un géant ou reste un géant aux pieds d'argile.

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