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Football

Gasperini sauve sa tête à l'AS Rome, coup de théâtre au Colisée

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Donné partant il y a encore quelques semaines, Gian Piero Gasperini va finalement être maintenu à la tête de l'AS Rome. Une volte-face qui en dit long sur les turbulences du club.

Gasperini sauve sa tête à l'AS Rome, coup de théâtre au Colisée

Qui l'aurait parié ? Gian Piero Gasperini, à peine arrivé dans la Ville Éternelle, s'était déjà retrouvé dans la position du condamné. Les résultats en dent de scie, une Série A qui ne pardonne pas, et une presse italienne prompte à sonner le glas des entraîneurs — tout semblait conjugué pour précipiter sa chute. Sauf que le technicien de 66 ans, celui-là même qui avait bâti l'Atalanta Bergame en machine européenne redoutable, vient de retourner la situation à son avantage. Le propriétaire de l'AS Rome a décidé de lui faire confiance pour la saison prochaine. Coup de théâtre, renversement de palais, appel au calme — appelez ça comme vous voulez. À Rome, le feuilleton ne s'arrête jamais vraiment.

L'homme que tout le monde enterrait trop vite

Il faut replacer ce moment dans son contexte immédiat. Gasperini avait rejoint l'AS Rome à l'été 2024 dans un climat d'attentes énormes. Après les années José Mourinho — three years of purple passion, comme certains tifosi les appellent encore —, puis le court passage de Daniele De Rossi, le club des Friedkin cherchait un bâtisseur, pas un gestionnaire. Gasperini correspondait exactement à ce profil : un homme de systèmes, un entraîneur qui transforme des groupes ordinaires en collectifs soudés.

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Mais Rome n'est pas Bergame. La pression médiatique y est d'une autre nature, les attentes des supporters d'une autre intensité. Quand les résultats ont commencé à vaciller — des défaites évitables, des matchs nuls arrachés dans la douleur, une Serie A où le club peinait à se hisser dans le top 6 —, les premières rumeurs ont émergé. Des noms de remplaçants ont circulé. On a parlé de contacts discrets avec d'autres techniciens. La presse transalpine, et notamment la Gazzetta dello Sport, s'était déjà projetée dans l'après-Gasperini.

Erreur de casting ou simplement période d'adaptation douloureuse ? La réponse appartient désormais à lui seul, puisque le voilà maintenu. Ce qui est certain, c'est que le technicien piémontais n'a jamais semblé perdre pied mentalement. Ceux qui le connaissent bien décrivent un homme imperméable aux bruits extérieurs, convaincu de sa méthode, capable d'encaisser sans flancher. C'est peut-être cette solidité qui a finalement convaincu les décideurs.

Les Friedkin, des propriétaires qui jouent leur propre jeu

Derrière ce maintien, il y a une logique de propriétaire qu'on ne peut pas ignorer. Dan Friedkin et son fils Ryan ne sont pas des investisseurs impulsifs. Depuis leur rachat du club en 2020 pour environ 591 millions d'euros, ils ont démontré une capacité à prendre de la hauteur quand tout le monde s'emballe. Le limogeage de Mourinho, acté en janvier 2024 malgré une base de supporters passionnément attachée au Special One, en était la preuve : ils peuvent prendre des décisions impopulaires quand ils l'estiment nécessaire.

Mais ils peuvent aussi résister à la pression inverse — celle de changer pour changer, de sacrifier un entraîneur sur l'autel de l'impatience collective. Gasperini représente un projet. Un projet défini, articulé, avec un style de jeu identifiable et des principes de recrutement cohérents. Le lâcher maintenant aurait signifié recommencer de zéro, recruter un nouveau staff, réadapter des joueurs, perdre encore une fenêtre de mercato dans la confusion. Le calcul économique et sportif plaide clairement pour la continuité.

Il faut aussi rappeler que la Serie A 2024-2025 a été d'une densité exceptionnelle. L'Inter Milan de Simone Inzaghi, la Juventus de Thiago Motta en reconstruction, le Napoli d'Antonio Conte revenu en force — le niveau de concurrence au sommet du championnat italien n'a jamais été aussi relevé depuis des années. Dans ce contexte, une demi-saison compliquée ne constitue pas nécessairement un échec rédhibitoire. Gasperini a besoin de temps, les Friedkin semblent l'avoir compris.

Ce que ce revirement change concrètement pour la Roma

La confirmation de Gasperini n'est pas qu'un signal symbolique. Elle a des conséquences directes, immédiates, sur la vie du club. Premier effet concret : le mercato estival peut maintenant se construire avec une vision claire. Quand un entraîneur est sur le départ, les dirigeants hésitent à recruter des profils trop spécifiques à un système. Là, la philosophie est posée. On sait que Gasperini joue en 3-4-2-1 ou en 3-4-1-2, qu'il aime les pistons athlétiques, qu'il veut un pressing haut et une intensité constante. Le directeur sportif peut travailler avec cette feuille de route.

Deuxième conséquence : le vestiaire. Un groupe de joueurs qui ne sait pas quel sera l'entraîneur dans six semaines, c'est un groupe qui se protège, qui ne s'engage pas pleinement dans les idées en cours. La décision des Friedkin stabilise l'environnement. Les cadres de l'effectif — et l'AS Rome en compte plusieurs avec une vraie surface de jeu internationale — peuvent se projeter, préparer une préparation estivale avec une direction technique confirmée.

Troisième dimension, peut-être la plus importante sur le long terme : la crédibilité du projet européen. La Roma a disputé deux finales européennes en deux ans sous Mourinho (Ligue Europa Conférence gagnée en 2022, Ligue Europa perdue en 2023). Les supporters ont goûté à cette adrénaline-là. Ils en redemandent. Gasperini, lui, a emmené Bergame jusqu'en finale de Ligue Europa en 2024. Il sait ce que construire un projet européen signifie. Si on lui donne les moyens et le temps, il peut l'amener là.

Reste une question suspendue dans l'air chaud de Rome en ce début d'été. Le maintien de Gasperini ne vaut que si les ambitions sont alignées entre lui et sa direction. Un entraîneur de sa trempe — opiniâtre, exigeant, parfois autoritaire dans ses choix — ne peut fonctionner que dans un cadre où ses décisions sportives sont respectées. Si le prochain mercato lui impose des joueurs qu'il n'a pas choisis, si les arbitrages financiers court-circuitent sa vision, la tension reviendra vite. Rome peut être un tremplin magnifique. Elle peut aussi être un piège. Gasperini a survécu au premier round. La vraie question, c'est ce qu'il va en faire.

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