Roberto Mancini quitte Al-Sadd pour reprendre les rênes de la sélection italienne. Un retour aux sources après l'effondrement du projet saoudien et face à l'urgence de reconstruire.
Il y a des retours qui sonnent comme des aveux. Celui de Roberto Mancini à la tête de la sélection italienne porte en lui toute l'amertume d'une tentative échouée et la certitude résignée que parfois, seul le passé offre des solutions. Le technicien qui avait transformé une équipe en ruines en championne d'Europe en 2021 quitte l'Arabie Saoudite et ses promesses dorées pour affronter une nouvelle montagne.
Al-Sadd a constitué une parenthèse bizarre dans la carrière de Mancini, une sorte d'exil volontaire loin des projecteurs européens. Mais quand l'appel est venu du Palazzo della Federazione Italiana di Calcio, quand il s'est agi de redresser une Italie défigurée par son incapacité à se qualifier pour la Coupe du monde 2026, le projet saoudien n'a soudainement plus pesé lourd. À 59 ans, Mancini affronte l'un de ses plus grands défis : transformer un sentiment de débâcle collective en élan de reconstruction.
Pourquoi l'Italie a-t-elle aussi rapidement changé de direction?
L'échec répétitif face à la Suisse lors du dernier barrage de qualification pour le Mondial 2026 a cristallisé des mois de frustration. Luciano Spalletti, nommé après l'Euro 2024, n'a pas survécu à ce revers. Mais au-delà du simple résultat, c'est toute une vision de jeu, d'effectifs, de philosophie collective qui s'est effondrée. La Squadra Azzurra n'avait pas joué avec fluidité depuis longtemps, et les supporters regardaient sans reconnaissance une équipe qui ressemblait à peine à celle qui avait régné sur l'Europe trois ans plus tôt.
La fédération italienne a compris que seul quelqu'un de reconnu, capable de restaurer instantanément la confiance, pouvait sortir le pays de ce marasme. Mancini dispose de ce crédit. Il incarne le moment où tout s'était aligné, où le jeu et les résultats formaient un tandem indissociable. Le retour du père fondateur, c'est aussi une course contre la montre : il reste moins de deux ans avant la Coupe du monde 2026, et chaque fenêtre internationale compte.
Cette décision révèle également l'impasse tactique dans laquelle était coincée l'Italie. Après l'Euro 2024, le projet Spalletti semblait logique sur le papier, une continuité naturelle. Mais la réalité du terrain a montré que passer de la défense de trois à un bloc plus conventionnel sans vraiment trancher sur l'identité n'était pas viable. Mancini, lui, sait ce qu'il veut : une équipe compacte, disciplinée, capable de suffoquer l'adversaire et de punir en transition.
Quel sera le premier test de cette reconversion rapide?
Les mois qui viennent dessineront rapidement les contours du nouvel ordre Azzurro. Mancini aura besoin de stabiliser l'effectif, d'identifier les joueurs qui peuvent porter le projet jusqu'en 2026. Certains comme Federico Chiesa, Andrea Cambiaso ou Nicolò Barella restent des piliers, mais d'autres nécessitent une réévaluation froide.
Le défi majeur concerne la ligne d'attaque. Pendant trois ans, Mancini s'est appuyé sur une série de numéros 9 problématiques. Ciro Immobile et Gianluigi Donnarumma ont été ses symboles d'une génération dorée, mais la relève peine à émerger avec clarté. Matteo Retegui a commencé à peser lors des derniers matchs, mais faudra-t-il vraiment parier sur lui pour un Mondial? Ou chercher des solutions latérales, des footballeurs capables de créer plutôt que de finir?
Les premières convocations seront scrutées comme des manifestes. Qui revient? Qui disparaît? Le sélectionneur aura environ 70 jours pour préparer son premier vrai test avant les éliminatoires continentales. Un délai court pour une refonte, généreux pour un ajustement. Mancini a prouvé qu'il savait travailler vite : il a remporté l'Euro avec une moyenne d'âge ridicule et une cohésion construite en quelques mois seulement.
Al-Sadd marquera-t-il véritablement la fin d'une époque pour Mancini?
Honnêtement, le passage du coach à Al-Sadd restera probablement comme une parenthèse dans les manuels de sa carrière. Quelques mois ailleurs, une expérience nouvelle, puis le retour au foyer. C'est à la fois logique et mélancolique. Mancini a 59 ans, il n'aura peut-être qu'une ou deux opportunités majeures avant la retraite. Celle-ci est majeure.
Il aurait pu rester en Arabie Saoudite, continuer à gagner sainement des matchs de classement intermédiaire, accumuler un salaire confortable. Au lieu de cela, il choisit de replonger dans l'incertitude, les critiques, l'urgence. C'est une décision qui dit quelque chose sur sa nature : l'adrénaliline des grands enjeux le domine. Pour un homme qui a grandi dans le calcio sans filet de sécurité, c'est naturel.
À titre personnel, Mancini scelle aussi son héritage en Italie. S'il parvient à qualifier le pays pour 2026, puis à la faire progresser dans la compétition, il deviendra plus qu'un sélectionneur chanceux de 2021. Il sera celui qui a surmonté deux débâcles majeures. S'il échoue, l'aventure saoudienne sera alors lue comme le moment où il aurait dû s'arrêter. Les retours sont toujours une prise de risque.
Pour l'Italie, la question n'est plus tactique ou théorique. Elle est incarnée. Un homme revient, chargé de souvenirs récents et lointains, pour écrire une nouvelle histoire. Que ce homme soit Mancini plutôt qu'un autre change tout.