Ruben Amorim quitte Lisbonne pour San Siro. L'ancien entraîneur du Sporting signe à l'AC Milan dans un contexte où les Rossoneri cherchent à relancer leur projet ambitieux.
Ruben Amorim n'en finissait plus de repousser l'inévitable. Mois après mois, depuis l'été 2023, les rumeurs le voyaient ailleurs : Manchester United d'abord (il a failli partir), Liverpool ensuite, même Arsenal avait été évoqué. Mais c'est finalement à Milan que le technicien portugais a dit oui. Après trois saisons et demie au Sporting Lisbonne, où il a remporté deux championnats nationaux avec un style de jeu léché et une gestion des effectifs remarquée, Amorim basculera bientôt du côté de la Lombardie. L'accord est scellé, selon les informations du média portugais A Bola confirmées par plusieurs sources : Ruben Amorim est l'homme nouveau de l'AC Milan.
Pourquoi Milan parie sur un homme sans expérience européenne majeure ?
Voilà la question qui tracasse les observateurs. L'AC Milan revient d'une saison 2023-24 frustrante en Serie A, terminée à la troisième place, à 19 points de l'Inter. Les Rossoneri ont brûlé plusieurs entraîneurs en deux ans (Pioli, puis Fonseca qui n'a pas vraiment eu le temps de laisser son empreinte). La direction, pressée par la propriété américaine et les attentes du public, avait besoin d'un projet crédible pour 2024-25. Pas simplement un gestionnaire de transition, mais un bâtisseur.
Amorim incarne quelque chose qui manquait à Milanello depuis longtemps : une philosophie tactique affirmée, cohérente, moderne. Avec le Sporting, il a construit une équipe capable de jouer en 3-4-3 avec fluidité, alternant pression haute et circulation patiente selon les adversaires. Ses équipes ne sont jamais chaotiques. Il y a de la géométrie, de l'ordre. C'est précisément ce que Paulo Fonseca n'avait pas réussi à imposer lors de sa brève présence à Milan : ni la stabilité tactique, ni l'adhésion émotionnelle des joueurs.
Le pari de Milan repose sur une hypothèse simple mais risquée : un entraîneur qui a dominé la Serie A portugaise (oui, c'est un championnat moins dense que l'italien) trouvera les clés pour faire respirer son projet au cœur d'une Serie A compétitive. Amorim aura une chance d'or de prouver qu'il est de la trempe des Ancelotti ou Allegri, ou simplement un bon patron de club de premier rang qui peinera à franchir les paliers supérieurs. La trajectoire de Paulo Sousa, autre entraîneur portugais loué en Lisbonne puis orphelin à Lazio, suggère que la pente n'est pas évidente à remonter.
Quel Milan attendra Amorim à son arrivée ?
L'héritage de Stefano Pioli, c'est un effectif varié mais inachevé. Avec Rafa Leão sur la gauche, Lautaro avancé derrière Giroud, le contingent de défenseurs peu convaincants (Calabria, Thiaw, Tomori parfois fragile), Milan possède des atouts individuels sans être monolithique. Amorim devra bâtir quelque chose sur ces fondations bancales.
Le mercato estival sera crucial. À 39 ans, Giroud est parti du club. Leão attend de connaître ses limites à haut niveau européen — l'ailier a montré du génie (52 matchs, 13 buts et 10 passes décisives en Serie A dernièrement) mais souffre d'inconstance. Reinier Jesus, arrivé en prêt de Real Madrid, doit devenir un pion central dans le schéma du Portugais. C'est un joueur d'école technique qui pourrait s'épanouir sous la direction d'un coach ayant une vision clairement définie du positionnement des milieux.
Milan devra probablement recruter un avant-centre de classe mondiale pour remplacer Giroud, investir sur les flancs et stabiliser sa défense. C'est un projet demandant des moyens. La propriété Gerry Cardinale, jusqu'à présent, a montré une certaine volonté d'investissement (même si elle a aussi dû gérer les contraintes du fair-play financier). Amorim n'arrivera pas dans un club sans ressources, ce qui le différencie de certains prédécesseurs.
Quelle est la vraie charge qui attend ce technicien reconnu ?
Au-delà du résultat immédiat, Amorim doit recréer une identité à Milan, chose que le club a perdue progressivement depuis la fin du cycle Pioli-Kjaer. Le Sporting avait une culture de la victoire. L'entraîneur l'a amplifiée. À Milan, cette culture existe dans les archives (trois Ligue des champions depuis 1989) mais s'est étiolée. Les joueurs rouge et noir jouent trop souvent sans conviction collective. Les individus brillent sporadiquement (un coup Giroud est formidable, l'autre il est invisible ; Leão élève des montagnes ou dort), mais l'équipe reste fragile.
Amorim, qui a dirigé Lisbonne avec une main de fer bienveillante, devra imposer un ordre nouveau. C'est un exercice politique avant d'être tactique. Il faudra que certains joueurs comprennent qu'ils ne sont plus indispensables, que le système prime sur les égos. À Lisbonne, des talents se sont effacés sans traîner, acceptant leur rôle. Pourra-t-il faire pareil avec Leão ? Avec Ismael Benssebini ou d'autres poids lourds du vestiaire ?
L'arrivée d'Amorim à Milan symbolise une chose : les clubs italiens sortent progressivement de leur panique face à la Renaissance anglaise et à la domination historique du football ibérique. Milan parie sur un homme qui a compris les codes modernes du foot européen sans être contamé par les millions délirants du championnat britannique. C'est un pari intelligent. Que Milan soit capable d'honorer un tel pari, c'est une autre histoire, celle qui commence maintenant à San Siro.