Sergio Conceição, arrivé en octobre à Al-Ittihad avec un contrat jusqu'en 2028, est limogé après des résultats décevants en Saudi Pro League. Un énième fiasco du projet saoudien.
À peine quatre mois. C'est tout ce qu'aura tenu Sergio Conceição sur le banc d'Al-Ittihad avant de se voir montrer la porte. Le technicien portugais de 51 ans, nommé en octobre 2025 avec un contrat prometteur jusqu'en juin 2028, n'aura pas survécu aux premières tempêtes d'une Saudi Pro League impitoyable. Voilà un nouveau coup dur pour l'ambitieux projet saoudien, qui accumule les déceptions depuis des années, et une nouvelle preuve que l'argent seul ne suffit jamais à construire quelque chose de durable.
L'effondrement express du projet Conceição
Conceição débarquait avec le statut de figure éprouvée. Ancien coach du FC Porto, homme qui avait remporté la Ligue des champions avec le club de Gérard López en 2004, il incarnait une certaine expérience européenne censée transformer Al-Ittihad en force continentale. Sauf que les premiers mois ont vite montré que l'expérience européenne ne vaut rien en Arabie Saoudite quand les résultats ne suivent pas.
Les chiffres disent tout. En Saudi Pro League, Al-Ittihad a connu une chute libre qui a rendu sa position intenable. Conceição avait hérité d'une équipe sur le papier très forte, avec des joueurs de premier plan et un budget pharaonique. Mais sur le terrain? Un désastre progressif. Les défaites se sont accumulées, le jeu a viré au confus, et rapidement les questions sur sa légitimité ont émergé. Dans un championnat où le prestige dépend entièrement des résultats immédiats, ces résultats-là, c'est une condamnation à mort.
Ce qui frappe, c'est la vitesse de la débâcle. Les clubs saoudiens ne sont pas réputés pour leur patience éternelle, certes, mais quatre mois pour un coach de cette envergure, c'est un aveu de défaite cuisant pour le projet lui-même. Cela signifie que quelque chose n'a pas fonctionné dès le départ : les ambitions, les méthodes, l'adaptation au championnat, ou simplement l'alchimie d'un groupe.
Le cycle infernal des entraîneurs saoudiens
Conceição s'inscrit dans une série noire qui résume les faiblesses du football saoudien moderne. Al-Ittihad n'en est pas à son coup d'essai. Le club a connu une succession de coachs venus d'Europe avec des promesses énormes et repartis vaincus quelques mois plus tard. C'est un schéma répétitif : promesses dorées, arrivée triomphale, premiers pas fragiles, puis l'écroulement progressif.
Le problème? La Saudi Pro League ne fonctionne pas comme la Ligue 1 ou la Premier League. Ce n'est pas un championnat où on construit graduellement, où on peut se permettre une phase d'adaptation. Les attentes sont explosives, immédiates. Les présidents des clubs ont trop de pression, trop d'argent investi, trop d'orgueil en jeu. Quand ça ne marche pas tout de suite, les couteaux sortent.
Autre facteur: la composition hétéroclite de ces équipes. Vous réunissez des joueurs venus de partout, avec des styles différents, des langues différentes, sans tradition commune. Cela demande un travail d'intégration que seul un entraîneur exceptionnellement pédagogue peut mener à bien. Conceição en est peut-être capable, mais quatre mois, c'est insuffisant pour forcer le respect dans un vestiaire déjà fracturé par des egos et des statuts disparates.
Le malaise structurel d'Al-Ittihad et sa suite
Au-delà du cas Conceição, c'est tout le projet saoudien qui montre ses limites. Al-Ittihad a dépensé des sommes colossales ces dernières années pour devenir une machine continentale. Et pourtant, malgré les noms, malgré les budgets, le club reste fragile, instable, incapable de produire une identité sportive cohérente. C'est un symptôme préoccupant pour l'ambition du PIF, le fonds saoudien qui finance tout cela.
Maintenant, Al-Ittihad doit trouver un nouvel entraîneur. Mais qui acceptera de venir, sachant ce qui vient de se passer? Les techniciens les plus prestigieux vont réfléchir à deux fois avant de signer pour un projet qui tue ses coachs en quatre mois. Il restera des opportunistes, des semi-retraités, des ambitieux sans expérience réelle. Ce n'est pas avec ça qu'on devient dominant.
Le problème, c'est aussi que la Saudi Pro League ne progresse pas par la stabilité. Elle progresse par coups, par mercenariat. Et les meilleurs coups ne sont jamais ceux des entraîneurs, ce sont ceux des recruteurs. Mais si les entraîneurs changent tous les quatre mois, comment peut-on espérer que le recrutement suive une logique?
Conceição quitte Al-Ittihad plus pauvre que ne le voudrait son ego, mais probablement soulagé. Il lui reste sa réputation d'homme d'expérience; au moins n'aura-t-il pas le temps de la détruire. Pour Al-Ittihad, en revanche, c'est un nouveau début qui s'annonce déjà fatigué. Combien de relances peut-on acheter avant de comprendre que l'argent n'est pas tout?