Trois buts, zéro concédé et une démonstration de force. L'Inter Milan se rapproche dangereusement d'un deuxième titre consécutif en Serie A.
Quatre buts en Serie A cette saison pour Marcus Thuram. Le fils de Lilian continue d'écrire sa propre histoire sous le maillot nerazzurro, et vendredi soir au Giuseppe Meazza, il a encore signé de son empreinte une soirée qui pourrait bien rester dans les mémoires. Face à Cagliari, dans ce qui ressemblait davantage à une répétition générale qu'à un vrai duel, l'Inter Milan s'est imposé 3-0 avec une autorité froide, presque clinique, pour conforter sa position au sommet de la Serie A à cinq journées de la fin.
Comment Simone Inzaghi a transformé ce match en démonstration de force ?
Il y a quelque chose d'implacable dans la mécanique qu'a construite Simone Inzaghi à Milan. Pas le spectacle flamboyant d'une équipe qui cherche à épater — plutôt la rigueur silencieuse d'un collectif qui sait exactement ce qu'il veut. Contre Cagliari, formation qui lutte pour sa survie en Serie A, l'Inter n'a pas tergiversé. Pressing haut, transitions rapides, et une défense qui n'a pas tremblé une seule fois. Le score de 3-0 est la traduction parfaite de ce rapport de forces.
Thuram, encore lui, a ouvert le bal. Le numéro 9 nerazzurro incarne peut-être mieux que quiconque cette version milanaise de l'Inter : élégante mais efficace, ambitieuse mais disciplinée. À 26 ans, il porte un héritage familial qui aurait pu l'écraser, et il le porte en courant, en marquant, en pesant sur chaque défense adverse. Son père avait porté les Bleus pendant quinze ans. Lui est en train de s'installer comme l'une des références offensives de la Serie A.
Autour de lui, la machine tourne. Hakan Çalhanoğlu continue de régenter le milieu de terrain avec une autorité qui en ferait presque oublier qu'il portait le maillot rival de l'AC Milan il y a encore quatre ans. Lautaro Martínez, capitaine et âme de ce groupe, n'a pas forcément brillé individuellement vendredi, mais sa présence, son travail dans l'ombre, reste structurant. L'Inter gagne aussi quand ses stars ne sont pas au sommet de leur art — et c'est peut-être là le signe le plus éloquent de sa solidité.
Le titre est-il déjà mathématiquement dans la poche de l'Inter ?
Pas encore. Mais on s'en approche à grands pas. Avec cette victoire, les hommes d'Inzaghi creusent l'écart sur leurs poursuivants directs et se retrouvent dans une position confortable à cinq journées de la fin. Pour comprendre ce que représente cette avance, il faut se souvenir que la saison passée, l'Inter avait décroché son 20e scudetto — le fameux scudetto della seconda stella, celui qui permettait d'arborer deux étoiles sur le maillot — avec plusieurs journées d'avance. Cette année, le scénario pourrait se répéter.
L'histoire de la Serie A est jalonnée de ces dynasties qui s'installent par cycles. La Juventus de la décennie 2010, avec ses neuf titres consécutifs sous Antonio Conte puis Massimiliano Allegri, avait créé un sentiment d'inévitabilité que les autres clubs n'arrivaient plus à combattre. L'Inter n'en est pas là — personne ne l'est — mais deux titres de rang, avec un effectif bâti dans la durée et une identité tactique assumée, commence à ressembler à quelque chose de structurel plutôt qu'à un accident de calendrier.
Du côté de Cagliari, cette défaite complique sérieusement les équations du maintien. Relégué sportivement à un rôle de figurant vendredi soir, le club sarde devra rapidement retrouver des ressources pour ne pas rejoindre la cadre des équipes qui redescendent en Serie B. Cagliari n'a inscrit aucun tir cadré de la soirée — le signe d'une impuissance totale face à la muraille défensive nerazzurra.
Que reste-t-il à prouver à cette équipe avant le titre ?
La vraie question n'est pas de savoir si l'Inter va être champion. Elle est de savoir comment. Avec quelle marge, quelle manière, quel message envoyé au reste de l'Europe. Parce que le club lombard ne joue pas seulement pour la Serie A — il joue aussi pour sa réputation continentale. Finaliste de la Ligue des champions en 2023, éliminé dès la phase de groupes cette saison dans un format élargi qui ne lui a pas souri, l'Inter a une dette envers lui-même sur la scène européenne.
Terminer la saison en champion d'Italie serait une forme de réponse partielle. La base, le fondement, sur lequel reconstruire une ambition européenne pour 2025-2026. Inzaghi le sait mieux que quiconque — lui qui a transformé cette équipe en machine de régularité, mais qui rêve aussi de cette nuit où tout bascule, où un trophée continental vient couronner une décennie de reconstruction du football italien.
Cinq journées. Probablement moins, si l'Inter continue sur cette lancée. Le scudetto se dessine, avec la netteté d'un trait tiré à la règle sur une feuille blanche. Et si Thuram continue à marquer, si Çalhanoğlu continue à dicter, si la défense continue à ne rien laisser passer — alors le Giuseppe Meazza pourrait bien vibrer d'une fête méritée avant même que le mois de mai ne tire sa révérence.