Englués à la 18e place de Premier League, les Spurs font face à une menace de relégation historique. Roberto De Zerbi serait pressenti pour redresser le club londonien.
Dix-huitième. Un chiffre qui, dans l'histoire pluricentenaire de Tottenham Hotspur, n'avait jamais revêtu une telle charge d'angoisse. Le club de nord Londres, fondateur de la culture du beau jeu en Angleterre, celui qui fit vibrer l'Europe avec les tricks de Glenn Hoddle et les buts de Harry Kane, se retrouve aujourd'hui à une longueur vertigineuse du Championship — cette deuxième division anglaise que les dirigeants du Tottenham Hotspur Stadium n'ont pas connue depuis 1977. Ce n'est pas une simple mauvaise passe. C'est une crise existentielle.
Quand un club d'un milliard de livres joue sa survie dans l'élite
Il faut mesurer l'abîme entre l'ambition affichée et la réalité sportive pour comprendre ce que représente cette 18e place. Tottenham, c'est un stade de 62 000 places inauguré en 2019 pour près d'un milliard de livres sterling, une marque commerciale valorisée parmi les dix premières du football mondial, des droits TV et des revenus de matchday qui placent le club dans le top 6 européen en termes de chiffre d'affaires. Pourtant, sur le terrain, les hommes en blanc et navy jouent leur avenir dans l'élite à chaque journée de Premier League.
La saison a été catastrophique dans sa construction même. Plusieurs entraîneurs se sont succédé dans l'incapacité à installer un système, une identité, un simple fil conducteur. Les recrues onéreuses de ces deux dernières fenêtres de transferts n'ont pas trouvé leur place dans un collectif atomisé. Le vestiaire, selon plusieurs sources proches du club, aurait perdu toute cohésion. Le président Daniel Levy, habitué aux coups de poker — il avait nommé José Mourinho, puis Antonio Conte, puis Ange Postecoglou dans une valse de styles radicalement opposés — se retrouve face à l'équation la plus délicate de son règne à la tête du club.
Dans ce contexte, le nom de Roberto De Zerbi circule avec insistance. L'ancien technicien de Brighton & Hove Albion, qui avait subjugué la Premier League entre 2022 et 2024 avec un football positionnel d'une rare sophistication, a quitté l'Olympique de Marseille après une première saison mitigée. Sa réputation d'homme capable de transformer un groupe, de lui insuffler une méthode et une philosophie en quelques semaines, en fait le profil le plus séduisant sur le marché pour un club en détresse.
De Zerbi, l'art du discours comme premier geste tactique
Ce qui distingue Roberto De Zerbi des entraîneurs purement techniciens, c'est sa capacité à faire du vestiaire un espace de conviction avant d'en faire un laboratoire tactique. À Brighton, il avait pris en main un groupe sans star internationale et l'avait emmené jusqu'aux portes de l'Europe en l'espace d'une saison — Brighton termina sixième de Premier League en 2022-2023, son meilleur classement historique. À Marseille, malgré des résultats en dents de scie en Ligue 1, il avait réussi à forger une identité de jeu reconnaissable dès les premières semaines.
Son discours motivateur, dont plusieurs éléments ont filtré dans la presse britannique et italienne, repose sur une conviction simple mais puissante : un club ne se sauve pas avec des schémas tactiques, il se sauve avec des joueurs qui retrouvent le sens de leur métier. De Zerbi est réputé pour aller chercher les footballeurs là où ils ont perdu confiance — dans ce no man's land psychologique où un professionnel doute de ses propres qualités fondamentales. La méthode est quasi thérapeuthique autant que sportive.
Pour Tottenham, cette approche arrive à un moment critique. Des joueurs comme Brennan Johnson, Dominic Solanke ou Dejan Kulusevski — recrutés pour plusieurs dizaines de millions d'euros chacun — semblent évoluer sous le poids d'un club qui attend d'eux ce qu'ils ne parviennent plus à donner. Tottenham n'a inscrit que 27 buts en 28 journées de Premier League, soit l'une des attaques les moins prolifiques du championnat, loin derrière des équipes aux budgets pourtant inférieurs. Redonner confiance à ce groupe avant de lui imposer une méthode de jeu exigeante : voilà précisément le chantier auquel De Zerbi excelle.
La relégation comme révélateur d'un modèle à bout de souffle
Au-delà du drame sportif immédiat, la situation de Tottenham interroge la viabilité d'un modèle qui a longtemps fait figure d'exemple. Pendant des années, le club de Levy a été présenté comme la preuve qu'on pouvait rivaliser avec les clubs les plus puissants d'Europe sans actionnaire milliardaire prêt à injecter des fonds illimités, en comptant sur une gestion rigoureuse, un recrutement intelligent et des installations de premier plan. La finale de Ligue des champions en 2019 semblait valider cette thèse.
Mais la réalité de 2025 est cruelle. Sans racines tactiques solides, sans projet sportif cohérent sur plusieurs saisons, même les meilleures infrastructures ne suffisent pas à maintenir un niveau d'élite. Une relégation en Championship coûterait au club plusieurs centaines de millions de livres en droits TV et revenus commerciaux, sans compter la fuite prévisible de joueurs sous contrat. Ce serait une catastrophe financière qui prendrait des années à absorber, comme l'illustrent les exemples récents d'Everton ou de Leicester City, clubs aux ambitions similaires engloutis par leur propre instabilité.
L'arrivée hypothétique de De Zerbi ne serait donc pas seulement un pari sportif. Ce serait un signal envoyé à l'ensemble de l'écosystème du club — investisseurs, partenaires commerciaux, joueurs sous contrat — que le projet ne s'arrête pas là. Que Tottenham choisit le rebond plutôt que l'implosion. Mais la Premier League n'attend personne, et les semaines qui viennent seront décisives. Si les Spurs ne trouvent pas rapidement les ressources pour se hisser hors de la zone de relégation, aucun discours, aussi habité soit-il, ne pourra compenser l'arithmétique impitoyable du classement.