Relégable en Premier League, Tottenham voulait miser sur Roberto De Zerbi pour se relever. L'Italien a refusé. Une humiliation de plus pour les Spurs.
Relégable. Le mot claque comme une gifle pour un club qui a disputé la finale de la Ligue des Champions en 2019. Tottenham Hotspur végète dans les tréfonds du classement de Premier League, et le projet de reconstruction autour de Roberto De Zerbi vient de prendre un coup d'arrêt brutal. L'entraîneur italien, l'un des noms les plus excitants du football européen, a décliné les avances des Spurs. Quand même les coachs ambitieux fuient un club, c'est que quelque chose de profond est cassé.
Quand le Tottenham Hotspur Stadium ne fait plus rêver personne
Il y a encore quelques années, Tottenham était une destination rêvée. Un stade ultra-moderne de 62 000 places inauguré en 2019, une vitrine commerciale parmi les plus attractives d'Angleterre, Harry Kane en patron offensif. Les Spurs incarnaient cette nouvelle génération de clubs capables de rivaliser avec les mastodontes sans nécessairement sortir le chéquier à chaque mercato. Cette époque semble appartenir à une autre vie.
Aujourd'hui, le club du nord de Londres pointe à une place de relégable — un gouffre vertigineux pour une institution qui se targue d'être dans l'élite du football mondial. Les chiffres sont sans appel : depuis le départ de Mauricio Pochettino en novembre 2019, Tottenham a changé d'entraîneur pas moins de six fois. Six. Chaque nouveau visage sur le banc de White Hart Lane — pardon, du Tottenham Hotspur Stadium — est arrivé avec des promesses, et repart avec des regrets. José Mourinho, Nuno Espírito Santo, Antonio Conte, Cristian Stellini, Ryan Mason en intérim, Ange Postecoglou... La liste est longue, les résultats navrants.
Roberto De Zerbi aurait pu être le septième nom sur cette liste maudite. L'ancien coach de Brighton and Hove Albion, adulé pour son jeu offensif léché et sa capacité à transformer des joueurs ordinaires en éléments fiables, était présenté comme l'homme providentiel. Le profil parfait pour redonner une identité à une équipe qui semble avoir perdu jusqu'à l'envie de jouer. Sauf que De Zerbi, lui, a dit non.
De Zerbi a senti le piège, et il a eu raison
Difficile de lui en vouloir. Roberto De Zerbi n'est pas du genre à se jeter dans le premier projet venu. Après une saison remarquée sur la Côte d'Azur avec l'Olympique de Marseille — où il a redonné du souffle et du spectacle à un club qui en avait cruellement besoin — l'entraîneur de 45 ans pouvait prétendre aux postes les plus prestigieux d'Europe. Tottenham, dans son état actuel, n'en fait pas partie.
Les sources proches des négociations évoquent un manque de garanties sportives et, surtout, une instabilité structurelle qui a visiblement refroidi l'entourage de De Zerbi. Comment construire quelque chose de solide dans un club où la patience des dirigeants se mesure en semaines ? Où le mercato ressemble à une loterie permanente ? Où Daniel Levy, le président, est réputé pour ses économies de bout de chandelle au mauvais moment et ses largesses mal ciblées au pire ? De Zerbi a senti le piège avant d'y mettre les pieds.
Et le piège est réel. Tottenham affiche l'une des pires défenses de Premier League cette saison, encaissant en moyenne plus de deux buts par match lors de ses dernières sorties catastrophiques. Le vestiaire, selon plusieurs observateurs anglais, est fragmenté. Des cadres supposés tirer le groupe vers le haut — Heung-min Son, Dejan Kulusevski, Dominic Solanke — peinent à exister dans un système qui ne semble plus exister du tout. Même James Maddison, arrivé avec tant de fanfare, est devenu une ombre de ce qu'il était à Leicester City.
Le spectre de la Championship plane sur les Spurs comme jamais
Voilà la réalité nue, sans fard : Tottenham Hotspur pourrait jouer en Championship la saison prochaine. Pas dans un scénario catastrophe hypothétique. Dans le scénario actuel. Celui qui se déroule en direct, chaque week-end, sous les yeux de supporters qui n'en reviennent toujours pas.
La descente d'un tel club serait un séisme pour le football anglais. Financièrement, les conséquences seraient dévastatrices : la Premier League représente pour les Spurs une manne annuelle de plusieurs centaines de millions de livres sterling entre droits TV, contrats de sponsoring et recettes matchday. Quitter l'élite, c'est perdre des partenaires commerciaux, des joueurs internationaux qui ne voudront plus signer, et une crédibilité sur le marché des transferts qui s'effondre instantanément. Certains experts estiment que la valeur globale du club pourrait chuter de 40% en cas de relégation — un chiffre qui donne le vertige quand on sait que Daniel Levy valorise Tottenham à plus d'un milliard et demi de livres.
La question qui se pose alors avec une acuité toute particulière, c'est celle du management au sommet. Qui va accepter de venir coacher cette équipe dans ces conditions ? Avec De Zerbi écarté de l'équation, les noms circulant dans la presse anglaise sont moins rutilants. On parle de profils de pompiers, d'entraîneurs habitués aux situations délicates, pas des architectes de jeu capables de tout reconstruire. C'est exactement ce que Tottenham ne peut plus se permettre : un manager de l'urgence, quand ce qu'il faut, c'est un visionnaire.
Le refus de Roberto De Zerbi n'est pas une anecdote de mercato. C'est un signal. Un signal que la marque Tottenham, longtemps synonyme d'ambition raisonnée et de football séduisant, a perdu son pouvoir d'attraction sur les meilleurs profils. Et si les Spurs parviennent à se maintenir — ce qui reste possible mais rien n'est acquis — le chantier qui attend le prochain entraîneur sera colossal. Reconstruire une identité, un vestiaire, une hiérarchie. Regagner la confiance d'une fanbase qui commence sérieusement à douter. Tottenham n'a pas seulement besoin de points. Il a besoin d'un miracle, et les miracles, en Premier League, ça ne se décrète pas.