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Neuer tire sa révérence, l'Allemagne perd son dernier rempart

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Manuel Neuer confirme son départ de la sélection allemande après l'élimination face au Paraguay en éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Le gardien de légende fermera définitivement la porte.

Neuer tire sa révérence, l'Allemagne perd son dernier rempart

Il y a des fins qu'on n'oublie pas, et d'autres qu'on voudrait effacer. Manuel Neuer connaîtra les deux. Après avoir cru renaître sous l'impulsion de Julian Nagelsmann en revenant dans les buts de la Nationalmannschaft pour cette campagne 2026, le portier du Bayern Munich découvre à 38 ans que les grands retours ne se terminent pas toujours comme prévu. L'élimination surprise face au Paraguay, dimanche dernier, a scellé définitivement son sort. Ce lundi, c'est l'annonce qu'on attendait sans vraiment oser l'espérer pour lui : Manuel Neuer racccroche avec la sélection allemande.

Pourquoi ce retour avait-il un goût de dernière danse?

Quand Neuer avait accepté de revenir en septembre dernier après deux ans d'absence, personne ne criait au miracle. Son départ en 2022, après l'élimination au premier tour du Mondial au Qatar, semblait irrévocable. Mais Nagelsmann, cet homme qui aime faire danser les traditions, avait vu quelque chose de spécial dans ce retour. Un ultime chapitre possible. Une chance de terminer dignement.

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Les chiffres parlaient pour lui : à 38 ans, Neuer présentait encore des statistiques d'un gardien en pleine forme, avec un taux d'arrêts impressionnant de 74% en Bundesliga cette saison. L'homme avait conservé cette aura particulière, cette capacité à dominer sa surface avec l'assurance de celui qui a gagné sept Coupes d'Allemagne, quatre Ligue des Champions, un Mondial. Autrement dit, le pedigree idéal pour accompagner une jeune équipe allemande en reconstruction vers une possible rédemption en 2026.

Sauf que le football, brutal en diable, ne consulte jamais le palmarès. L'Allemagne s'est effondrée face au Paraguay, nation qui ne figurait pas parmi les favoris mais qui possède dans ses rangs cette âpreté sud-américaine incontournable. L'un des symboles de ce qui reste peut-être le plus difficile à accepter : revenir pour prouver qu'on a encore faim, et découvrir que le monde a changé pendant qu'on prenait ses distances.

Comment expliquer cette débâcle allemande surprise?

L'Allemagne, sous Nagelsmann, semblait en phase de rétablissement. Après le chaos qatari, on avait reconstruit les fondations. On avait retrouvé un peu de cette fluidité offensive qu'on n'avait plus vue depuis Joachim Löw. Et puis, voilà qu'un adversaire considéré comme abordable vous sort par la petite porte des qualifications continentales.

Ce qui frappe, c'est moins le résultat en lui-même que ce qu'il révèle : une équipe allemande qui, après deux décennies de domination confortable, découvre qu'elle doit se battre pour chaque centimètre de terrain. Les générations de transition posent toujours les mêmes problèmes. On a perdu Müller, Kroos, Boateng. On a Florian Wirtz qui ne suffit pas à tout. On a une défense qui reste à construire. Et surtout, on a une équipe qui n'a pas cette facilité décisive qui caractérisait les Allemagne des années 2010.

Ce match face au Paraguay ressemble à ces rendez-vous où vous vous présentez trop confiant, où vous pensez que l'expérience et la réputation suffiront. L'adversaire, lui, comprend depuis le coup d'envoi que c'est sa dernière chance. Il se bat comme si c'était une finale. Et soudain, votre aura de grande nation compte pour peanuts.

Que représente vraiment ce départ pour le football allemand?

Au-delà de Neuer lui-même, c'est un cycle qui s'achève définitivement. Avec ses 124 sélections, ses réflexes intacts jusqu'au bout et cette présence qui rassure, le gardien était le dernier fil visible reliant cette Allemagne aux triomphes d'antan. Pas un leader au sens classique, mais une garantie. Un homme qui avait vu passer Messi, Ronaldo, Mbappé sous sa transversale et qui avait remporté contre eux.

Son départ intervient au moment précis où l'Allemagne doit accepter quelque chose qu'elle n'a pas l'habitude de digérer : qu'elle n'est plus la machine implacable des années 2010-2014. Qu'elle doit se réinventer, patiemment, sans la sécurité de ces monuments qu'elle pouvait garder indéfiniment.

Nagelsmann hérite maintenant d'une équipe qui devra croire en elle sans l'amortisseur émotionnel que représentait Neuer. Alexander Nübel devra porter ce rôle dans des conditions bien moins favorables. Et pendant ce temps, des équipes plus jeunes, plus affamées—la France, l'Espagne, l'Angleterre—considèrent déjà la Coupe du Monde 2026 comme leur terrain de jeu naturel.

Il y a une certaine poésie sombre dans cette histoire. Manuel Neuer revient pour un dernier grand projet, pense tenir les clés du Graal une fois de plus, et se retrouve expulsé par une équipe que nul ne voyait venir. C'est peut-être la fin que le football pouvait offrir de plus honnête à un homme qui a tout dominé. Pas glorieuse, mais authentique.

Maintenant, Neuer retourne au Bayern, où il est chez lui. Et l'Allemagne avance seule, sans filet de sécurité, vers une Coupe du Monde où elle sera simplement une nation parmi d'autres, pas l'institution qu'elle était.

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