Quatre ans après la finale de Qatar, Adrien Rabiot prépare son retour au plus haut niveau. Avec l'Équipe de France, il vise cette fois la victoire qui lui échappe.
Adrien Rabiot se souvient précisément du moment où tout s'est arrêté. Dimanche 18 décembre 2022, al-Lusail, les mains de Gonzalo Montiel qui tire le penalty gagnant. Cette image-là, elle ne l'a jamais vraiment quittée. Quatre ans plus tard, le milieu français se prépare à revivre la Coupe du Monde, mais avec quelque chose de différent dans le regard : une rage de revanche qu'on ne voit que chez ceux qui ont touché le trophée du doigt et l'ont laissé échapper.
Son été en Italie, même s'il n'a pas été spectaculaire, l'a transformé. À l'AC Milan, Rabiot n'a pas fait les gros titres, certes. Mais il a gagné en expérience, en maturité tactique. Il arrive à Clairefontaine avec le statut de joueur européen confirmé, pas comme en 2022 où il débarquait au Qatar en quête de légitimation. Aujourd'hui, il sait qu'il a sa place. Il le sait vraiment.
Cette fenêtre de tir 2026 qu'il ne peut pas manquer
À 31 ans en juin 2026, Rabiot aura l'âge de la maturité. Plus jeune pour avoir des regrets, assez vieux pour comprendre que les occasions ne frappent pas trois fois à la porte. Le football international, c'est un jeu sans filet. Vous pouvez avoir dix sélections magnifiques et disparaître du projet du jour au lendemain. Il le sait mieux que quiconque après les turbulences de ces dernières années avec Didier Deschamps.
La Coupe du Monde 2026, elle se joue en Amérique du Nord. Trois pays hôtes, plus de places, une compétition dilatée. C'est aussi l'occasion rêvée pour un joueur qui a été critiqué par une partie de la base des supporters français. Rabiot sent que c'est maintenant ou jamais. Pas de drame si on ne le dit pas explicitement, mais il y a cette conviction silencieuse chez les internationaux qui ont goûté à une finale : on ne la revit qu'une fois.
Pendant ce temps, la génération Mbappé-Griezmann vieillit. Benzema n'est plus là. La question du renouvellement se pose déjà, même si Deschamps dispose toujours d'une armada de talents. Rabiot, lui, a cette particularité d'être à la croisée des chemins : assez expérimenté pour être un leader du vestiaire, assez juste physiquement pour tenir ses 90 minutes. À Milan, on l'a vu, il ne traîne pas. Il court, il presse, il récupère des ballons.
Construire son propre récit plutôt que de rester celui qui a perdu
Ce qui fascine chez Rabiot en ce moment, c'est sa détermination tranquille. Pas de grandes déclarations. Il ne crie pas sur les toits qu'il veut le trophée. Il prépare simplement, semaine après semaine, les performances qui pourront l'y mener. C'est l'attitude de quelqu'un qui a compris que le football international se gagne aussi par la discrétion, par la constance dans les efforts.
Depuis Qatar, environ 600 jours se sont écoulés. Durant cette période, Rabiot a disputé 18 matchs avec la France. Pas des chiffres ahurissants, mais une présence qui montre que malgré tout, il reste dans le projet tricolore. Deschamps ne l'abandonne pas, même quand les critiques fusent. Cela dit quelque chose sur la confiance réciproque.
La préparation pour 2026 commence maintenant, discrètement. Les blocs de matches amicaux, les éliminatoires qui vont façonner le groupe, les blessures inévitables qui vont redessiner les hiérarchies. Rabiot sait qu'il devra surpasser tout ce qu'il a fait jusque-là en bleu pour transformer cette rage en or.
Quelque part entre Milan et la France, Adrien Rabiot écrit son dernier chapitre avec l'équipe nationale. Celui-ci ne sera pas un acte manqué.