Après un faux pas contre le Cap-Vert, la Roja corrige les Saoudiens et relance sa campagne qatarie. Un succès qui ressemble à une thérapie de groupe.
Il y a des matchs qui ressemblent à des exercices de rééducation. Celui-ci en était un. Trois jours après avoir trébuché face au Cap-Vert—une équipe qui joue en quatrième division européenne sur le papier—l'Espagne devait se présenter contre l'Arabie saoudite avec le sérieux d'une armée qui répare ses brèches. Les Saoudiens, eux, sortaient d'une contre-performance similaire et rêvaient secrètement d'une deuxième surprise. C'est rarement comme ça que les contes de fées se terminent au Mondial.
Quand la Roja se met en mode correction
L'Espagne a marqué sept buts. Oui, sept. C'est le chiffre exact, celui qui transforme un malaise en démonstration de force. Carlo Ancelotti n'entraîne pas la Roja, bien sûr, mais il dirait probablement que ce genre de scoreline est une bonne façon de nettoyer les doutes qui s'accumulent après un match décevant. La domination fut écrasante, presque indécente. Les passes longues trouvaient toujours un maillot rouge. Les transitions, fluides. Le contrôle du tempo, total.
Voilà ce qui distingue une sélection habituée à gagner d'une équipe qui cherche encore ses marques. L'Espagne moderne, celle qui a grandi sous Luis de la Fuente, repose sur une philosophie simple : quand ça ne marche pas, marquer plus de buts que l'adversaire. C'est un tautologie, certes, mais face à des Saoudiens désorganisés et physiquement dépassés, cette recette banale s'est transformée en festin. Nico Williams, Ferran Torres, Álvaro Morata, tous ont trouvé le chemin du but. C'est comme si toute la frustration accumulée contre le Cap-Vert s'échappait d'un coup, dans une sorte de catharsis collective.
Les statistiques parlent d'ailleurs d'elles-mêmes : plus de 75% de possession de balle, une vingtaine de tirs dont la majorité cadrée. Ce n'était plus du football, c'était un exercice de maîtrise où l'Arabie saoudite jouait le rôle du mannequin d'entraînement.
Le Cap-Vert avait ouvert une porte qu'il fallait refermer vite
Dimanche dernier, contre le Cap-Vert, quelque chose s'était fissurée. Non dans le résultat, puisque le match s'était terminé 0-0, mais dans la perception. Une équipe mondiale, titrée, maîtresse de son sujet dans les matchs de groupes depuis des années, accroché par des insulaires qui découvraient le Mondial pour seulement la deuxième fois de leur histoire. C'était le genre de résultat qui fait chuchoter les médias espagnols et alerter les bookmakers. Pas une catastrophe, mais une brèche suffisante pour nourrir l'inquiétude.
La Roja a bien compris l'enjeu psychologique. Gagner gros, c'était non seulement se réapproprier le groupe et enfoncer l'Arabie saoudite au classement, mais aussi envoyer un message à tous les observateurs : nous sommes toujours là, toujours dominants, et dimanche était une anomalie. Le football, c'est souvent ça : après une dissonance, une harmonie bien aigüe pour rappeler qui dirige l'orchestre.
Et puis il y avait cet aspect tactique : Luis de la Fuente avait possiblement ajusté quelque chose, un positionnement, une première pression, une meilleure circulation du ballon au-delà du tiers médian. Les Saoudiens, pour leur part, semblaient déjà mentalement en vacances. Une équipe qui concède sept buts n'est pas une équipe qui a cru longtemps à ses chances.
La Coupe du monde 2026, terrain de jeu pour les favoris
Avec cette victoire, l'Espagne retrouve la trajectoire qu'on lui prédisait. Elle n'est plus cette équipe qui fait mariner ses adversaires à 65% de possession sans jamais accélérer vraiment. Elle a adopté une version plus incisive, plus moderne, où les latéraux montent, où les ailiers peuvent couper vers l'intérieur et où Morata ou un jeune avant-centre sait transformer les demi-occasions en buts.
Le Cap-Vert n'était qu'une interruption. Une note curieuse dans une symphonie qu'on pensait éternelle. Maintenant que la Roja a remis de l'ordre, la question qui se pose aux suivants du groupe est simple : comment rivaliser avec une équipe qui, même en jour sans, sort une démonstration de sept buts ? L'Arabie saoudite vient d'en faire les frais. Ce ne sera probablement pas la dernière à goûter à cette supériorité retrouvée.
Avant la suite, avant les vrais chocs de groupe et les huitièmes de finale, l'Espagne a rappelé une vérité élémentaire : les favoris finissent toujours par gagner les matchs où ils doivent gagner. Même quand le doute s'installe. Même quand le Cap-Vert vous rappelle que le football, c'est imprévisible. La Roja a remis de l'ordre samedi. Elle peut dormir sur ses deux oreilles.