Luis de la Fuente proclame avoir les six meilleurs milieux de terrain du monde. Dangereux. Même gorgée de talent, l'Espagne doit se garder de l'arrogance avant le Mondial 2026.
Quand un sélectionneur sort une phrase pareille, tu te dis qu'il y a deux possibilités : soit il maîtrise parfaitement la psychologie de groupe, soit il commence à voir double après trop de victoires. Luis de la Fuente a choisi son camp cette semaine à Puebla, au Mexique, en déclarant « je pense que nous avons les 6 meilleurs milieux de terrain du monde ». L'affirmation claque, elle résonne, elle flatte l'ego collectif. Sauf que dans le football, les certitudes sont rarement des amies.
Voyons les faits d'abord. L'Espagne rentre du Mexique avec un 3-1 concluant contre le Pérou, un succès qui ressemble à une balade de santé. Les chiffres sont là : possession, contrôle du tempo, efficacité offensive. Sur le papier, c'est une équipe qui respire la confiance. Mais voilà, le papier ne joue pas les matches. Et si de la Fuente avait énoncé cette certitude après un revers, on comprendrait mieux l'intention de préserver le groupe. Après une victoire ? C'est une autre affaire.
Rodri, Gavi, Pedri : le mythe du collectif parfait
Évidemment, il faut reconnaître les faits : ce milieu espagnol respire une classe indéniable. Rodri Hernández, Gavi, Pedri, c'est du très haut niveau. Ces trois-là jouent dans les plus grands championnats, évoluent sous les projecteurs, et possèdent cette intelligence tactique qui distingue l'ordinaire du magique. Ajoute Martín Zubimendi, Dani Parejo, peut-être Marcos Llorente ou Sergi Canós selon les choix, et oui, techniquement, tu as un plateau impressionnant.
Mais « les 6 meilleurs du monde » ? C'est une affirmation qui oublie quelques détails. Le monde du football compte 32 équipes au Mondial, donc potentiellement 192 milieux de terrain au rendez-vous. Réduire ça à six fait un peu léger, non ? Il y a du lourd en Italie avec Jorginho, du solide en Allemagne, de l'intéressant en France, du costaud en Amérique du Sud. Le football n'aime pas les vérités absolues, surtout quand elles viennent du sélectionneur lui-même. Ça ressemble à de l'autosatisfaction, et l'autosatisfaction, c'est le début de la chute.
Ce qui inquiète vraiment, c'est le moment choisi pour dire ça. Après Puebla, l'Espagne n'a encore joué que des matches de préparation. Le Pérou, c'est respectable, mais ce n'est pas une référence mondiale. Une vraie test-match aurait été contre un cador européen, face à un milieu capable de te poser problème et te forcer à souffrir. C'est là qu'on voit si ton collectif tient vraiment la route ou s'il brille surtout sur les catalogues des magasines spécialisés.
L'orgueil español, un vieux démon
L'Espagne a déjà connu ça. Tiki-taka, Iniesta, Xavi, trois victoires d'affilée à l'Euro (2008, 2012). Le football était « l'Espagne » pendant cinq ans, et puis ? Les Allemands ont surgi à la Coupe du monde 2014 comme des barbares du nord, et l'Espagne s'est réveillée dans les chiottes du football international. Pas littéralement, mais à peu près. L'histoire rappelle que le cycle peut s'arrêter d'un coup, sans préavis.
De la Fuente semble oublier que Rodri a failli tout perdre cette saison à cause de surcharges, que Gavi se remet lentement de ses blessures, que Pedri n'a pas eu une saison aussi dominante qu'avant. Les meilleurs milieux du monde, d'accord, mais sont-ils tous au maximum de leur forme en même temps ? C'est la question qui compte vraiment, pas celle de savoir qui est number one sur un podium fictif.
Et puis il y a la suite du parcours à considérer. Les qualifications pour la Coupe du monde 2026 arrivent vite. Faut confirmer cette assurance sous pression, pas seulement contre les équipes moyennes. Faut voir comment ces six-là tiennent physiquement sur dix matches éliminatoires serrés. C'est beau, les certitudes, mais c'est aussi la manière la plus rapide de se prendre la réalité dans les dents.
Préparer le futur, mais sans illusions
Techniquement, il serait injuste de reprocher à de la Fuente de vouloir libérer ses joueurs mentalement avant une période décisive. Si cette déclaration était calculée, pensée pour apaiser le groupe après une mauvaise passe ou renforcer la cohésion, on pourrait comprendre. Sauf que l'Espagne n'a pas une mauvaise passe, elle gagne, elle impressionne, elle n'a pas besoin de pommade psychologique en ce moment.
Ce qui manque, finalement, c'est la conscience du danger qui accompagne les vraies grandes équipes. La France de Deschamps sait qu'elle peut perdre. L'Allemagne sait qu'elle doit reconstruire. L'Argentine sait qu'elle doit défendre son titre. L'Espagne, elle, proclame que son milieu est intouchable. C'est un luxe que peu de sélections peuvent se permettre, et encore, rarement longtemps.
Le Mexique l'a rappelé avant le Mondial 2022 : même les plus forts peuvent s'écrouler si la tête n'y est pas. L'Espagne a les cartes en main, aucun doute. Mais elle ferait bien de garder à l'esprit que le football ne lit pas les interviews du sélectionneur. En 2026, seuls les résultats parleront. Et d'ici là, il faudra beaucoup plus qu'un milieu de terrain de classe mondiale pour remporter un titre. Il faudra de l'humilité, aussi.