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Enciso dans la tourmente, le Paraguay perd ses certitudes avant 2026

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Julio Enciso rejoint la longue liste des forfaits qui fragilisent les sélections avant la Coupe du Monde. En Amérique du Sud, l'inquiétude gagne.

Enciso dans la tourmente, le Paraguay perd ses certitudes avant 2026

Les blessures arrivent toujours au mauvais moment. Elles n'attendent pas que le calendrier soit favorable, ne consultent pas les calendriers des sélectionneurs, ignorent les enjeux sportifs et politiques. En cette fin d'année 2024, alors que les qualifications sud-américaines pour la Coupe du Monde 2026 approchent de leur apothéose, Julio Enciso a rejoint l'infirmerie de la sélection paraguayenne. Un coup dur pour un pays qui misait précisément sur ce petit génie offensif pour faire oublier une absence criante de structure compétitive.

Le cas Enciso n'arrive pas en vacuum. Hugo Ekitike avec les Bleus, Lennart Karl avec l'Allemagne, Xavi Simons aux Pays-Bas : la liste s'allonge comme un intermède infini. Chaque nation se découvre soudainement vulnérable. Chaque forfait est un rappel que le foot professionnel, malgré son apparente solidité, repose sur un équilibre précaire. Les clubs pensent d'abord à leur patrimoine musculaire. Les sélections attendent ensuite les miettes.

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Quand le Paraguay perd son ticket de prestige

Enciso, pour ceux qui auraient oublié, ce n'est pas n'importe quel joueur dans le contexte sud-américain. À 21 ans à peine, il représente la promesse, presque l'arrogance d'un petit pays qui refuse de végéter. Sous les couleurs de Villarreal, il accumule les apparitions en Liga espagnole, sort des matchs où sa technique fait danser les défenses. C'est le type de joueur que le Paraguay regarde avec fierté, celui qui rappelle à Buenos Aires et à Brasília que même les petites fédérations peuvent produire du talent pur.

Or, dans les qualifications sud-américaines, chaque point compte. Chaque match compte. Le Paraguay ne jouit pas du luxe brésilien ou argentin qui leur permettrait de se contenter d'une victoire sur deux. La neuvième place, c'est déjà un drame, c'est l'élimination directe. La huitième, c'est un barrage contre une équipe capable de ruiner dix ans de travail en quatre-vingt-dix minutes. Enciso n'est pas indispensable uniquement pour son talent : il est vital pour les calculs mathématiques d'une nation qui n'a pas le droit à l'erreur.

La situation s'aggrave quand on regarde qui d'autre peut assurer cette responsabilité créative. Le Paraguay possède des joueurs honnêtes, réguliers, des gars qui font le boulot. Mais entre l'honnêteté et la magie, il y a un abîme. Enciso franchit cet abîme avec une désinvolture qui fait croire que c'est simple.

Le paradoxe d'une hiérarchie mondiale figée

Ce qui frappe, en examinant cette cascade de forfaits, c'est l'inégalité patente qu'elle révèle. La France peut se passer d'Ekitike parce qu'elle a Mbappé, Benzema (enfin, le souvenir), Griezmann. L'Allemagne trouve ses solutions parce que les solutions allemandes se reproduisent avec la régularité d'une usine. Les Pays-Bas peuvent digérer l'absence de Simons. Mais le Paraguay ? Le Paraguay perd un élément essentiel.

Cette asymétrie n'est pas nouvelle. Elle structure le football international depuis des décennies. Ce qui change, en revanche, c'est la prise de conscience. Les blessures ne frappent plus uniquement les petites nations : elles touchent aussi les superpuissances. Et quand elles les touchent, la presse en fait un drame. Quand elles frappent le Paraguay, on hoche la tête et on passe au prochain sujet. C'est l'ordre établi, implicite, du football mondial.

Le timing est particulièrement cruel. Les trois prochains mois qui séparent le calendrier de décembre des matchs de janvier-février sont ceux où les destinées se fixent. Un point perdu face à la Bolivie, c'est peut-être quatre points de retard sur l'Argentine. C'est une trajectoire modifiée. C'est une qualification compromise.

Enciso deviendra-t-il une exception ou la règle

Il existe un précédent qui devrait rassurer les supporters paraguayens, ou du moins leur servir de cautérisation émotionnelle. En 2018, quand Alexis Sánchez s'était blessé avant le Mondial russe, le Chili avait déjà validé sa qualification. Le Paraguay, lui, joue pour sa survie. Le contexte change tout. Une blessure ici n'est pas un contretemps, c'est une menace existentielle.

Reste à savoir si Enciso reviendra à temps. Reste à savoir comment le Paraguay gère cette absence. Reste à savoir si la fédération décidera de donner du temps de jeu à d'autres, d'expérimenter, ou de jouer la prudence. Dans les trois cas, le calcul est douloureux.

Ce qui est certain, c'est que la Coupe du Monde 2026 commence déjà à écrire son histoire. Pas celle des grands favoris qui accumulent les forfaits sans s'en émouvoir. Celle des petits qui perdent leurs certitudes à l'approche du rendez-vous. Enciso blessé, c'est le Paraguay un peu moins invincible. Et pour une nation qui ne peut se permettre aucune faiblesse, c'est déjà beaucoup trop.

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