Après le fiasco du Mondial, la Fédération italienne envisage sérieusement le retour de Roberto Mancini. L'ancien sélectionneur pourrait redresser une équipe en crise profonde.
Roberto Mancini fait-il son grand retour? La question n'est plus chuchotée dans les couloirs de la Fédération italienne, elle devient bruit de couloir insistant. Après le vide abyssal laissé par Gennaro Gattuso, après ces mois de flottement où la Nazionale s'est cherchée dans un brouillard de noms sans relief et de projets bancals, voilà que le nom du seul homme qui a redonnéun sens à ce maillot bleu refait surface. Celui qui a mené l'Italie à l'Euro 2020 comme un chef d'orchestre, celui qui avait réveillé les Azzurri quand tout semblait perdu.
Depuis l'élimination en barrages pour la Coupe du Monde 2022 contre la Macédoine du Nord, la Nazionale se cherche. Gattuso en a porté le blâme, mais ses successeurs n'ont pas davantage trouvé la formule. Le vide n'a jamais été vraiment comblé. Et maintenant, il faut agir. Les dirigeants italiens ont finalement compris: il n'y a pas de solution miracle dans le vivier français ou espagnol, pas de gourou du football moderne capable de restaurer la fierté d'une nation. Il faut du passé, il faut du prestige, il faut Mancini.
Quand l'Italie redécouvre ses vieux démons
Le parcours de la Nazionale depuis décembre 2022 ressemble à une descente aux enfers en slow motion. Les chiffres sont là pour le rappeler cruellement: sept matches sans victoire avant la nomination de Valeria Valeria — non, attendez, ça change tous les mois. Voilà le problème en essence. La FIGC a multiplié les expériences, les ajustements, les visites express à la recherche du bon moyen de sauver le navire. En Euro 2024, l'Italie avait déjà l'allure d'une équipe en reconstruction débutante, éliminée en huitièmes de finale par la Suisse.
Ce qui rend la situation d'autant plus glaçante, c'est qu'on voyait déjà germer le doute chez les joueurs les plus importants. Où est passée cette assurance que Mancini avait inculquée? Ce sentiment que peu importe l'adversaire, peu importe la configuration du match, il y avait un plan et une volonté commune de le mettre en œuvre? Tout cela s'était construit entre 2018 et 2022, en cinq ans de travail souterrain, de sélection rigoureuse, de discipline tactique.
Mancini, lui, savait. Il avait remporté plus de 30 matches consécutifs entre septembre 2020 et septembre 2021. L'Euro 2020 — enfin, 2021 — restera le moment où cette Italie a rappelé qu'elle était encore une grande nation. Ce sentiment-là, ces images-là, elles ne s'oublient pas facilement chez les Azzurri. Et pendant que d'autres entraîneurs français ou allemands font du surplace, pendant que la Federcalcio essaie tactiquement des formules qui ne prennent jamais, le fantôme de ce qui aurait pu être à Qatar se fait plus prégnant.
- 7 matches sans victoire au moment le plus critique
- 34 matches d'invincibilité sous Mancini (2020-2021)
- Euro 2024: élimination en huitièmes de finale
- Coupe du Monde 2022: éliminée en barrages (première absence depuis 1958)
Mancini en sauveur, mais à quel prix?
Revenons à la réalité. Mancini n'a jamais quitté la réflexion italienne, même pas vraiment parti. Il a flotté à Galatasaray en Turquie, une belle plateforme mais pas exactement le laboratoire où on refait un projet national. Pour la FIGC, le temps des expériences est terminé. Il faut quelqu'un qui connaisse ce groupe, ses failles, ses qualités. Quelqu'un qui ne perde pas six mois à comprendre pourquoi Florenzi n'est plus là ou pourquoi on joue avec trois défenseurs plutôt que quatre.
Le retour du sélectionneur gagnant arrangerait tout le monde en surface: les joueurs retrouveraient un père fondateur, les supporters redécouvrir une légitimité, et la Fédération, enfin, cesserait de donner l'impression de naviguer à vue. Mais gérer une équipe nationale après deux ans loin du projet, c'est aussi accepter une génération vieillissante. Verratti, Insigne, même Jorginho ne sont plus tout jeunes. Il faudra bâtir un nouveau mix avec les Scamacca, Barella, Chiesa, une nouvelle architecture.
Mancini l'a déjà fait une fois. Peut-être aura-t-il la patience, la lucidité pour le refaire. Sauf que cette fois, il n'aura pas le luxe du temps. Les qualifications pour la Coupe du Monde 2026 arrivent comme un train sans freins, et on ne peut pas se permettre de traîner. L'Italie, quatre fois championne du monde, ne peut pas continuer à ressembler à une équipe en quête d'identité. Trop d'années se sont écoulées, trop de certitudes se sont effondrées.
Si l'annonce se concrétise dans les prochains jours — et tout porte à croire qu'elle se cristallisera rapidement —, alors la Nazionale aura peut-être trouvé un chemin hors du brouillard. Pas une garantie, mais une direction. Celle d'un homme qui sait, qui a prouvé et qui, pour mieux ou pour pire, reste l'une des rares figures capable de se réclamer d'une légitimité historique en Italie. Le pari? Réveiller les champions endormis. Ambitieux. Mais en football, quand tu n'as plus d'options, tu reviens à celui qui a tenu.