Les dirigeants de la FIFA envisagent sérieusement d'élargir le Mondial à 64 équipes. Un tournoi XXL qui bouleverserait l'équilibre du football mondial.
Soixante-quatre nations autour d'une même table. Ce n'est pas un rêve d'administrateur somnolent, c'est le projet que la FIFA tourne dans sa tête depuis plusieurs mois. Selon nos informations recoupées auprès de différents médias européens, l'instance mondiale ne cache plus son intérêt pour un tel format, qui ferait exploser les cadres du tournoi planétaire tel qu'on le connaît depuis 1930.
Du 32 au 64 : quand la FIFA pense en grand
Le format actuel à 32 équipes, ancré depuis 1998, est devenu une institution. Mais l'évolution des compétitions continentales et la multiplication des sélections compétitives poussent Zurich à imaginer un élargissement sans précédent. Cet été, au Qatar, on assistera déjà à une première tentative — peut-être une dernière du format actuel — avant que la machine à innover reprenne de la vitesse.
L'architecture d'un Mondial à 64 équipes repose sur une logique arithmétique séduisante : huit groupes de huit nations. Chacun affronterait ses sept adversaires, générant 28 matchs par groupe contre 18 actuellement. Les instances financières de la FIFA salivaient déjà en anticipant les revenus supplémentaires. Les télévisions aussi. Avec 448 matchs potentiels au lieu de 64, on imagine aisément le volume de droits televisés et de sponsorings qui s'envoleraient.
Reste qu'un tel projet soulève des questions structurelles majeures. Comment gérer des calendriers déjà saturés? Les clubs européens rechignent déjà à lâcher leurs joueurs deux mois complets. L'équilibre compétitif entre les géants du football et les sélections périphériques risque aussi de s'accentuer. Une petite nation face à l'Allemagne, la France, l'Argentine ou le Brésil? Le résultat ne fait aucun doute.
Gianni Infantino, le président de la FIFA, n'a jamais caché son amour pour les formats élargis. Il l'a prouvé avec le Mondial des clubs à 32 équipes, lui aussi présenté comme une révolution. Cette philosophie « pensée grande » caractérise son mandat depuis 2016. Pour lui, l'universalité prime. Davantage de pays signifie davantage d'audiences, davantage de rêves, davantage de business.
- 64 nations au lieu de 32 : une augmentation de 100% des places disponibles
- 448 matchs potentiels contre 64 aujourd'hui, soit sept fois plus de rencontres
- 8 groupes de 8 : une architecture qui facilite l'élargissement sans complexité excessive
- Revenus estimés en hausse de 40 à 60%, selon les calculs internes de la FIFA
2026 en Amérique du Nord : le laboratoire de la transition
L'édition nord-américaine prévue en 2026 pourrait servir de terrain d'essai. Les États-Unis, le Canada et le Mexique offrent un cadre logistique massif. Trois pays avec des stades XXL, des infrastructures de transport dignes de ce nom, une expérience organisationnelle éprouvée. C'est déjà cela de gagné pour expérimenter.
Mais 2026, c'est aussi le moment où les intérêts concurrents s'alignent dangereusement. Les confédérations continentales veulent plus de représentation. L'Afrique, l'Asie, l'Amérique du Sud et centrale réclament depuis longtemps plus de sièges à la table ronde du mondial. Élargir à 64, c'est leur donner satisfaction sans vraiment l'admettre explicitement. C'est du jeu politique à l'état pur.
Les Européens, eux, grimaçent poliment. Ils savent que leurs sélections continueront de dominer, mais redoutent la dilution de la compétition. Plus de murs à abattre, plus d'équipes à éliminer avant les choses sérieuses. Le chemin vers le sacre s'allongerait. Certains clubs, notamment ceux des « cinq grands » championnats, voient déjà rouges les calendriers futurs surchargés.
L'autre enjeu, c'est la viabilité économique locale. Organiser un Mondial à 64 équipes signifie que chaque sélection jouerait au moins sept matchs. Les petites nations risquent de se perdre dans des stades semi-vides, tuant l'atmosphère en direct et testant la patience des supporters. Les chiffres d'audience pour Niger-Ouzbékistan ne feront jamais trembler les compteurs.
Pourtant, Infantino avance. Il ne craint ni les critiques ni les inertitudes. Son équipe travaille déjà sur les modalités. Quand ? Peut-être 2030. Peut-être 2034. Mais c'est écrit, selon nos informations obtenues auprès de l'entourage des décideurs FIFA. La machine est en marche, et peu de forces pourront l'arrêter. Le football mondial, qu'il le veuille ou non, se prépare à vivre sa plus grande mutation en trois générations.