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La Croatie bascule après l'ère Dalic

Par Antoine Moreau··5 min de lecture·Source: Footmercato

Neuf ans après son arrivée, Zlatko Dalic quitte la sélection croate. Deux candidats majeurs se profilent pour reprendre les rênes d'une équipe en quête de renouveau.

La Croatie bascule après l'ère Dalic

Neuf ans, c'est long pour un sélectionneur national. Neuf ans, c'est assez pour laisser une trace, construire une identité, puis voir le cycle s'essouffler. Zlatko Dalic, lui, a tenu bon à la tête de la Croatie depuis 2015, franchissant les étapes les plus glorieuses de l'histoire récente de son pays — finale de Coupe du monde en 2018, demi-finales en 2022 — mais aussi traversant les périodes où l'usure se fait sentir. Son contrat expire cet été. Et cette fois, contrairement à ce qui s'était passé par le passé, Zagreb ne semble pas enclin à prolonger.

Ce départ annoncé n'est pas une surprise. Depuis quelques mois, les rumeurs allaient bon train. Mais ce qui intéresse vraiment, c'est la succession. Qui reprendra cette équipe que tout le monde respecte, cette Croatie capable de vous tenir tête n'importe où ? Selon le média croate Sportske Novosti, deux noms circulent avec insistance : deux profils diamétralement opposés qui en disent long sur les hésitations de la fédération croate.

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Qui sont les deux candidats sérieux pour le poste?

Le premier dossier, c'est Igor Stimac. Le personnage plaît à Zagreb depuis longtemps. Stimac, c'est 88 sélections avec la Croatie dans les années 1990 et 2000, c'est une légende vivante du football croate. Il connaît la maison par cœur, il en connaît les codes, les tensions internes, la mentalité. Depuis 2019, il entraîne l'Inde — une expérience qu'on peut qualifier d'intéressante, sans plus. Stimac n'a pas fait sensation en Asie du Sud, mais il n'a pas échoué non plus. Son statut de figure historique joue énormément en sa faveur auprès d'une fédération qui pourrait chercher à se rassurer avec un homme de la maison.

L'autre nom qui monte, c'est Nenad Mimic. Moins connu du grand public, mais estimé dans les cercles du football européen. Mimic, c'est un profil plus moderne, qui a trimé dans les systèmes yougoslaves et croates depuis le début des années 2000. Il a dirigé plusieurs clubs, accumulé de l'expérience dans les coupes européennes, appris à naviguer dans le microcosme des arbitrages délicats. Lui, c'est l'option qui crie : rupture avec le modèle Dalic, volonté de basculer vers quelque chose de différent.

Deux visions du football croate s'affrontent donc : le passé qui rassure contre le présent qui bouscule. Et c'est exactement ce dilemme qui paralyse souvent les fédérations à cet instant critique.

Pourquoi Dalic s'en va alors que l'équipe est encore compétitive?

Voilà la vraie question. La Croatie reste une puissance dans sa zone, elle a participé à quatre des cinq derniers grands tournois majeurs, elle a produit une génération de joueurs de classe mondiale. Luka Modric, Ivan Rakitic, Ivan Perisic — cette génération d'or ne rajeunit pas, certes, mais elle n'a pas disparu. Pourquoi partir maintenant?

Dalic a fait le job qu'on attendait de lui. Il a ramené la Croatie au sommet, l'a maintenue à un haut niveau pendant neuf ans. Mais au football, il y a un moment où le projet s'étiole. Les joueurs ne répondent plus comme avant. Les critiques commencent à peser, même quand les résultats sont là. Et surtout — c'est souvent oublié — il y a un moment où le sélectionneur sent qu'il ne peut plus aller plus loin avec ce groupe. C'est une forme d'usure psychologique qu'aucune statistique ne capture.

La fédération croate, elle, a probablement compris qu'un changement était inévitable. Rester avec Dalic, c'était s'accrocher à une gloire passée. Partir maintenant, c'est préserver son héritage et donner une chance au renouvellement. C'est un calcul froid, mais c'est ainsi que fonctionnent les fédérations nationales : une fois que le cycle se ferme, il faut oser l'accepter.

La Croatie peut-elle maintenir son niveau avec un nouvel entraîneur?

C'est l'angoisse existentielle. Après neuf ans sous une direction, les automatismes s'installent. Les joueurs savent ce que veut le coach. Les journalistes savent ce qu'il va dire en conférence de presse. Les supporters savent à quoi s'attendre. Changer de sélectionneur, c'est briser tout cela. C'est remplacer les certitudes par des questions.

Stimac ou Mimic, ni l'un ni l'autre n'a l'aura du sélectionneur sortant. Stimac jouit du prestige des anciens, mais il débarque d'une expérience en Inde qui n'a pas marqué les esprits. Mimic, lui, arrive avec ses qualités de bâtisseur, mais sans la visibilité médiatique qu'on attend d'un sélectionneur national européen. Les deux auront du mal à peser sur des figures comme Modric — qui approche les 39 ans — ou sur les nouvelles générations qui arrivent, encore immatures.

Cela dit, la Croatie possède une base de talents solide et une culture de compétition extrêmement ancrée. Entre Dominic Livaja, Mateo Kovacic, et les jeunes qui émergent, il y a matière à construire. Le vrai défi n'est pas de rester au même niveau — c'est impossible et illusoire. Le vrai défi, c'est de créer quelque chose de neuf sans perdre l'essence croate.

Zagreb devra trancher rapidement. Un sélectionneur national, ça ne se choisit pas à la légère. C'est un choix qui engage pour quatre, cinq ans au minimum. Et si l'option Stimac avait le mérite de rassurer, l'option Mimic aurait celui de bousculer. Pour la fédération croate, l'été s'annonce crucial : elle doit décider si elle veut consolider l'héritage ou le réinventer.

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