Face à une Croatie combative, l'Angleterre a dû s'appuyer sur son talent offensif pour franchir un cap. Bellingham et Kane ont montré pourquoi les Three Lions visent plus haut.
La Croatie avait promis de résister. Elle l'a fait, avec cette obstination qui caractérise les équipes des Balkans, jusqu'au moment où l'inévitable s'est produit. L'Angleterre, dotée d'un potentiel offensif qui la place parmi les favoris continentaux, a fini par imposer sa domination technique et physique, laissant à ses adversaires les miettes d'un match qui n'a jamais vraiment basculé en leur faveur, malgré quelques frayeurs en première période.
Cette victoire n'est pas anodine dans la construction d'un projet collectif. Elle intervient à un moment où la sélection anglaise redéfinit ses ambitions après des déceptions successives, et elle a permis à des joueurs comme Jude Bellingham de renforcer leur statut de piliers d'un projet aux contours désormais plus nets.
Bellingham et Kane, deux mondes qui ne s'opposent plus
Ce qui frappe dans la performance anglaise, c'est moins la maîtrise affichée que la complémentarité retrouvée entre des générations que tout semblait vouer à la coexistence difficile. Harry Kane, l'attaquant de référence passé par Munich et toujours en quête de consécration européenne à près de trente ans, n'incarne plus l'isolement que lui reprochaient les critiques les plus féroces. À ses côtés, Bellingham a progressivement transformé son charisme de jeune talent en présence de terrain que même les adversaires les plus coriaces doivent respecter.
Le milieu de terrain du Real Madrid a dépensé une énergie considérable, couvrant des zones que les Croates auraient aimé exploiter avec la profondeur dont dispose une équipe habituée à tirer profit de chaque rupture. Il a également montré cette capacité à lire le jeu avant que le jeu ne se fasse, qualité rare chez un joueur si jeune, qui résume à elle seule pourquoi des géants européens se l'arrachent. Kane, de son côté, n'a pas connu une partie d'anthologie, mais il a accompli ce travail invisible que seuls les attaquants de classe mondiale maîtrisent : créer de l'espace par sa seule présence, forcer les défenses à se réorganiser, accepter les ballons difficiles pour en faire des occasions.
La Croatie, elle, s'est retrouvée dans la position inconfortable de l'équipe talentueuse mais dépourvue des ressources pour soutenir un rythme imposé. Ses joueurs ont montré du caractère, ce substrat sur lequel repose traditionnellement leur identité collective, mais les limites physiques et tactiques d'une génération vieillissante se sont manifestées avec une clarté qui ne laisse peu de doutes sur le déclin relatif de ce projet.
La première période : quand la Croatie a fait douter l'Angleterre
Or, il ne faut pas minorer ce qui s'est déroulé avant la pause. La formation balkanique a posé des problèmes réels aux Three Lions, exposant des fragilités défensives que les observateurs avaient pointées lors des matchs précédents. Cette Angleterre-là n'était pas sereine, pas imperméable, traversée par des doutes que seule l'expérience de ses meilleurs éléments parvenait à conjurer momentanément.
Cet équilibre, avant la rupture définitive, a nourri une tension sportive authentique, celle qui distingue les vrais matches des démonstrations préfabriquées. La Croatie aurait pu croire à ses chances pendant quarante-cinq minutes. Elle a même eu des occasions nettes, profitant de relâchements momentanés dans la vigilance anglaise. Mais le football se joue sur quatre-vingt-dix minutes, et c'est précisément là que les hiérarchies se dessinent avec implacabilité.
L'effectif croate compte des joueurs d'expérience internationale réelle, formés aux standards des grands championnats européens, mais ils ne pouvaient rivaliser sur la durée avec une sélection bâtie autour de vedettes issues des plus grands clubs continentaux. Les chiffres le disent : l'Angleterre a dominé plus de 65 pour cent du temps de possession, transformation tangible de son avantage structurel en contrôle de balle.
Des ambitions qui restent à consolider
Reste que cette victoire, bien que convaincante en résultat, interroge sur la capacité de l'Angleterre à maintenir ce cap dans les épreuves qui comptent vraiment. Les matchs de poule, même contre des adversaires de qualité, constituent un registre différent des phases à élimination directe où les marges d'erreur disparaissent. Gareth Southgate, le sélectionneur anglais, le sait mieux que quiconque, lui qui a navigué entre les promesses du talent brut et les réalités des grands tournois.
La Croatie, elle, doit désormais envisager son avenir avec plus de lucidité. Ses joueurs expérimentés approchent de l'horizon où les sélections se renouvellent inexorablement. Ce qu'elle a montré ici, c'est qu'il lui reste une dignité compétitive, mais que le chemin vers les sommets s'allonge d'année en année. Ce match a été pour elle une occasion de crier sa présence avant que les rideau ne tombe graduellement.
L'Angleterre, elle, poursuit l'accumulation d'indicateurs positifs, cette patience méthodique qui caractérise les projets sérieux. Kane et Bellingham ont prouvé qu'ils pouvaient coexister, non pas malgré leurs différences, mais grâce à elles. C'est cette alchimie qui permettra aux Three Lions de transformer l'optimisme suscité par ces performances en succès tangible quand les enjeux s'élèveront vraiment.