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L'Algérie mise sur Éric Chelle pour rebondir après Qatar

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

Éliminée en huitièmes de finale de la Coupe du Monde, la fédération algérienne contacte l'entraîneur français pour redynamiser le projet national.

L'Algérie mise sur Éric Chelle pour rebondir après Qatar

À peine quatre semaines après l'humiliation suisse en huitièmes de finale du Mondial qatari, la Fédération algérienne de football n'attend pas. Elle agit. Le départ de Vladimir Petkovic, technicien serbe qui n'a pas survécu à la débâcle face à la Suisse (0-2), ouvre un dossier que les dirigeants algériens entendent fermer rapidement en s'orientant vers un profil qui incarne à la fois l'expérience et une forme de reconstruction managériale. Éric Chelle, entraîneur français actuellement à Malmö en première division suédoise, est devenu le candidat privilégié de cette transition.

Pourquoi la Fédération algérienne tourne-t-elle ses regards vers la France ?

Le choix d'un entraîneur étranger, en particulier français, n'est jamais anodin pour une sélection nationale. L'Algérie, avec son vivier de 45 millions d'habitants et une histoire footballistique riche, dispose pourtant de cadres locaux. Mais la débandade de Qatar 2022 a créé une rupture psychologique qui demande une réinitialisation, non pas une continuité maquillée. Éric Chelle représente un profil atypique : un homme qui a gravé les échelons européens sans briller par ses titres mais par sa constance.

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Son passage à Malmö, depuis l'été 2022, n'est pas une affectation de prestige. C'est un laboratoire. Un technicien capable de travailler dans l'austérité budgétaire suédoise montre qu'il maîtrise les fondamentaux tactiques sans dépendre de effectifs galactiques. C'est précisément ce dont l'Algérie a besoin après une génération dorée (celle des années 2010-2015 marquées par le titre africain en 2019) qui s'érode progressivement. Les Fennecs ont besoin d'un rebâtisseur, pas d'un gestionnaire de talents établis.

La France, patrie de Zinédine Zidane et de Didier Deschamps, exerce aussi une forme de fascination hexagonale. Mais c'est surtout que le vivier français offre des entraîneurs ayant travaillé en plusieurs continents sans être les mégastars du métier. Chelle cadre parfaitement dans cette logique : disponible, motivé par un projet de reconstruction, conscient des enjeux de cet attelage.

Quel type de projet sportif Chelle pourrait-il insuffler aux Fennecs ?

La Coupe d'Afrique des Nations 2023, qui se déroulera en janvier-février en Côte d'Ivoire, devient immédiatement l'épreuve décisive. L'Algérie n'a que trois mois pour retrouver une cohésion collective et tactique après l'effondrement psychologique du Mondial. C'est un délai très court pour intégrer une philosophie nouvelle, mais ce n'est pas impossible. Chelle, qui connaît la compétition continentale africaine pour l'avoir côtoyée au cours de sa carrière, sait que l'approche doit être pragmatique : oublier rapidement les illusions du projet Petkovic, réinventer l'équilibre offensif-défensif, recréer une hiérarchie sportive claire.

L'Algérie possède encore des joueurs de classe mondiale : Riyad Mahrez, malgré ses 31 ans, demeure une arme redoutable en phase offensive. Islam Slimani, bien qu'amputé de ses premières années, conserve une présence physique utile. Mais autour d'eux, les structures manquent. Le milieu de terrain algérien, qui était jadis une forteresse, s'est fragmenté. Chelle devra construire une équipe capable de rivaliser avec le Maroc, le Sénégal et l'Égypte sans les illusions déflationnistes des derniers mois.

Son expérience en Suède lui permet de comprendre un contexte peu enviable : comment faire du football de haut niveau avec des ressources limitées, comment bâtir une structure sans être prisonnier d'une vedette unique. C'est la leçon que Malmö a lentement digérée. C'est celle que l'Algérie doit apprendre rapidement.

Cette nomination cristallise-t-elle une crise structurelle plus profonde ?

Au-delà du seul choix de Chelle se dessine une réalité moins flatteuse : l'Algérie, champion d'Afrique en 2019 grâce à une génération de joueurs surgis entre 1985 et 1992, arrive au terme d'un cycle. Ce n'est pas anormal dans le football international. Mais la gestion de cette transition révèle des faiblesses organisationnelles. Petkovic, engagé avec certitude, a été lâché avec tout autant de désinvolture après deux mois difficiles. Cette impulsivité administrative ne disparaîtra pas avec l'arrivée d'un nouvel entraîneur.

L'Algérie investit environ 15 millions d'euros annuels dans sa sélection nationale, un budget confortable pour l'Afrique mais insuffisant pour garantir la pérennité d'un projet sans vision collective. Les clubs locaux, affaiblis économiquement et structurellement, ne fournissent plus le vivier qu'ils alimentaient auparavant. Le championnat professionnel algérien demeure peu attractif pour les jeunes talents. Résultat : une fuite permanente vers l'Europe qui fragmente le sens du groupe.

Chelle hérite donc d'une transition qui ne s'arrête pas à son arrivée. Elle commence avec lui. Si l'Algérie espère retrouver une crédibilité continentale et mondiale, il faudra bien plus que changements de banc. Il faudra une refonte des structures, une stabilité administrative, une vision à dix ans. Des éléments que même le meilleur des entraîneurs français ne peut pas imposer seul. Pour l'instant, le pari est sur le court terme. La Coupe d'Afrique jugera rapidement si Chelle peut être un catalyseur de renouveau ou simplement un autre nom dans la succession interminable des projets algériens.

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