Qualifiée pour les seizièmes de finale 2026, l'Algérie cache une faille béante à la garderie. Entre les déboires de Zidane et l'expérience ratée de Benbot, une question taraude: avec quel gardien affronter les phases éliminatoires?
Il y a des crises qui surgissent soudain, fracassantes. D'autres s'installent en silence, comme une humidité qui gagne insidieusement. La crise des gardiens algériens appartient à cette deuxième catégorie. Elle n'a pas fait la une des journaux sportifs ce mardi, noyée qu'elle était dans l'euphorie de la qualification pour les seizièmes de finale du Mondial 2026. Pourtant, celle-ci pourrait se révéler bien plus préoccupante qu'un quelconque résultat intermédiaire d'éliminatoires.
Depuis quelques semaines, les sélectionneurs algériens successifs ont expérimenté tour à tour plusieurs portiers avec un constant sentiment d'incertitude. Le bilan? Mitigé. Lacunaire, même. Et dans un football moderne où la première ligne de défense conditionne l'équilibre de toute une équipe, cette instabilité revêt une dimension stratégique majeure que l'on ne peut éluder.
Pourquoi Luca Zidane n'incarne pas l'avenir?
Évoquer Luca Zidane revient à documenter l'une des déceptions les plus cinglantes de cette phase préliminaire. Fils de la légende vivante et ancien gardien du Real Madrid, le jeune portier aux origines prestigieuses semblait promis à une belle destinée. Algérien par sa mère Véronique Fernández, il disposait des crédibilités sportive et généalogique nécessaires pour incarner une certaine continuité dynastique dans le football. Or, les rencontres disputées sous le maillot algérien ont révélé une réalité plus contrastée.
Le problème ne tenait pas tant à une maladresse technique évidente qu'à une certaine fragilité face à la pression. Ses sorties hésitantes et plusieurs erreurs de positionnement ont alimenté les doutes au sein de l'état-major technique. Dans une région où la Coupe du Monde 2026 s'annonce extrêmement disputée, avec des équipes africaines qui montent en puissance et une compétition accrue sur tous les plans, se permettre des faiblesses individuelles à ce poste devient une luxure stratégique que les Fennecs ne peuvent tout simplement pas se payer.
Le paradoxe, c'est que Zidane possède les prédispositions physiques et techniques. Ses antécédents au sein des structures du Real Madrid témoignent d'une formation orthodoxe, sérieuse, éprouvée. Mais le football professionnel a appris qu'aucune pedigree ne garantissait la régularité quand il s'agit de franchir le cap du haut niveau international. Luca Zidane en a fait la douloureuse expérience.
Qui est ce Benbot dont on n'attendait rien?
Parallèlement à ce cheminement chaotique de Zidane, l'aventure avec Benbot s'est déroulée dans une atmosphère radicalement différente, celle de l'improvisation et de l'expérimental. Appelé en toute dernière minute, ce portier n'avait nullement le profil du gardien taillé pour les compétitions majeures, au moins pas sur le papier.
Ce qui frappe, en relisant les comptes rendus de ses apparitions, c'est l'absence quasi totale de consensus. Quelques étincelles, certes, de quoi suggérer que le talent dormait quelque part sous la surface. Mais rien de ce qui pourrait fonder, solidement et durablement, une architecture défensive en phase finale.
L'Algérie, avec un taux de réussite défensive avoisinant les 78 pour cent en phase de poules, ne peut pas se contenter d'espérer. Elle doit construire. Elle doit certifier que le problème du gardien trouve sa résolution avant le voyage aux États-Unis, au Canada et au Mexique.
Quel gardien pour sauver la défense verte en 2026?
Il existe naturellement d'autres noms sur la table des dirigeants algériens. Des portiers expérimentés qui jouent en championnat africain, des gardiens d'Arabie saoudite ou d'Orient qui peaufinent leur métier loin des projecteurs européens. Le problème n'est donc pas la pénurie absolue, mais plutôt l'absence d'une figure rassurante, d'un visage qui incarnerait la stabilité retrouvée.
La solution passera probablement par une exploration systématique du marché africain et moyen-oriental au cours des prochains mois. Les instances fédérales algériennes devront se montrer pragmatiques, loin des sentimentalismes ou des héritages qui auraient pu séduire il y a quelques années. Un gardien, c'est une personnalité qui doit irradier la confiance, inspirer respect au champ et sérénité à ses défenseurs.
Le sélectionneur national, quelle que soit son identité dans ces périodes transitoires, devra aussi structurer un système défensif capable de maximiser les forces collectives plutôt que d'espérer les miracles individuels. Une ligne arrière bien organisée compense bien des fragilités portières. L'inverse n'est jamais vrai.
L'Algérie a franchi l'obstacle des éliminatoires, c'est un succès légitime. Mais elle sait désormais qu'une autre bataille l'attend: celle d'asseoir la solidité défensive qui lui permettrait de rivaliser avec les nations émergentes et les mastodontes traditionnels. Avant les seizièmes de finale, ce dossier du gardien doit être clos. Sinon, la qualification de mardi restera une promesse vaine.