L'ancien gardien autrichien Alex Manninger est décédé à 48 ans des suites d'un accident de la route. Une perte brutale qui endeuille le football européen.
Quarante-huit ans. C'est l'âge auquel Alex Manninger a quitté ce monde, fauché par un accident de la route selon les informations révélées ce jeudi par la presse allemande et autrichienne. Une nouvelle qui frappe comme un coup de poing — et qui rappelle avec une violence soudaine que le football, sport de passions et de mémoires collectives, perd parfois ses acteurs bien trop tôt. Manninger n'était pas une légende universelle, il n'avait pas le palmarès d'un Buffon ni la notoriété d'un Barthez. Mais ceux qui l'ont vu jouer savent exactement ce qu'ils ont perdu.
Le rempart de l'ombre à Highbury, celui qui tenait Arsenal debout
Il y a des carrières qui se définissent par un moment. Pour Alex Manninger, ce moment, c'est la saison 1997-1998 à Arsenal. Le jeune gardien autrichien, arrivé dans la capitale anglaise quasi anonymement, se retrouve propulsé titulaire lors d'une phase cruciale de la saison — le numéro un David Seaman étant blessé. Et là, Manninger ne tremble pas. Il enchaîne les clean sheets, 13 matchs sans encaisser le moindre but, une série qui contribue directement à ce titre de champion d'Angleterre que les Gunners décrochent sous les ordres d'Arsène Wenger. Un doublé Championnat-FA Cup qui reste gravé dans l'histoire du club de North London.
Ce que l'on retiendra de lui dans cette période, c'est une sérénité peu commune pour un joueur de 22 ans déboulant dans un vestiaire plein de caractères — Tony Adams, Patrick Vieira, Dennis Bergkamp. Wenger avait flairé quelque chose chez ce garçon discret de Graz. Il avait raison. Manninger répondait présent à chaque fois qu'on l'appelait, avec cette capacité rare chez les remplaçants de haut niveau : performer sans avoir joué depuis des semaines, entrer dans le feu sans se brûler.
Sa carrière à Arsenal s'étire jusqu'en 2002, mais dans l'ombre grandissante de Seaman, les occasions se font rares. On ne lui en tiendra pas rigueur. Être le gardien numéro deux d'une des meilleures équipes d'Europe pendant cinq ans, ça forge un caractère. Et ça atteste d'un niveau qui n'est pas donné à tout le monde.
De Turin à Augsbourg, une vie entière dans les buts
Après Londres, Manninger a poursuivi une carrière étonnamment longue et diversifiée. Il a porté les couleurs de clubs aussi différents que la Juventus Turin, Fiorentina, Siena, Espanyol Barcelone, Liverpool — où il a de nouveau tenu le rôle de doublure avec professionnalisme — avant de terminer sa carrière professionnelle du côté du FC Augsburg en Bundesliga. Au total, plus de deux décennies passées dans les buts à travers cinq pays, une longévité qui dit tout de son hygiène de vie et de sa passion intacte pour ce métier.
Son passage à la Juventus au début des années 2000 mérite qu'on s'y attarde. Manninger rejoignait le club turinois en tant que troisième gardien, dans un environnement où Gianluigi Buffon venait d'être recruté pour plus de 50 millions d'euros — un record mondial à l'époque. Être derrière un tel monument aurait pu briser l'ego de n'importe qui. Lui encaissait, s'entraînait, apprenait. Cette humilité-là, dans un sport qui fabrique des égos à la chaîne, mérite respect.
Sur le plan international, Manninger a défendu les couleurs de l'Autriche à 25 reprises, souvent dans l'ombre de son concurrent direct au poste. Son pays n'avait pas encore produit le renouveau que l'on voit aujourd'hui avec la génération de David Alaba et Marko Arnautovic, mais Manninger portait ce maillot blanc avec fierté, conscient d'être l'un des rares Autrichiens à évoluer au plus haut niveau européen.
Un accident qui rappelle la fragilité derrière les héros du dimanche
La mort d'Alex Manninger par accident de la route nous renvoie à quelque chose de brutal, d'irréductible. On supporte des joueurs, on les applaudit, on les oublie parfois une fois leur carrière terminée, et puis un jour une dépêche tombe, et on réalise que la vie s'est arrêtée pour quelqu'un qui a marqué votre adolescence à travers un écran ou une tribune. Quarante-huit ans, c'est l'âge où l'on recommence souvent une vie, où l'on devient consultant, entraîneur, directeur sportif. Manninger avait encore tout devant lui.
Les réactions ne se sont pas fait attendre dans le monde du football. Arsenal, club où il a sans doute vécu ses plus belles heures, a rendu hommage à «un gardien fiable et discret qui a contribué à l'un des plus beaux titres de l'histoire du club». Les anciens coéquipiers, de Bergkamp à Vieira, ont exprimé leur émotion sur les réseaux sociaux. À Graz, sa ville natale, la tristesse est immense.
Ce qui frappe dans les témoignages qui se multiplient depuis l'annonce, c'est l'unanimité. Pas un ancien partenaire pour évoquer un comportement douteux, une anecdote désagréable, un ego mal placé. Alex Manninger était aimé — dans les vestiaires londoniens, turinois, barcelonais. Ça, dans un monde professionnel aussi dur et compétitif que celui du football de haut niveau, ça ne s'improvise pas. Ça se construit, jour après jour, avec une certaine idée de ce que signifie appartenir à un collectif.
Sa mort laisse un vide dans la communauté des gardiens de but, ce club dans le club, cette confrérie silencieuse qui partage une solitude particulière sur le terrain. Il laisse aussi le souvenir d'un professionnel exemplaire, d'un homme que le football a façonné mais qui n'a jamais laissé le football le déformer. Dans les prochaines semaines, les hommages officiels se multiplieront, les journées de mémoire seront organisées à Graz et peut-être à Londres. Mais la meilleure façon d'honorer Alex Manninger reste peut-être de se souvenir de ces 13 clean sheets au cours du printemps 1998, quand un jeune gardien autrichien inconnu a tenu les buts d'Arsenal avec une maturité déconcertante et contribué à écrire l'une des plus belles pages du club. Il méritait de vieillir encore longtemps.