Frédéric Massara et l'AS Roma se séparent à l'amiable. Le directeur sportif français ferme un chapitre mouvementé au Giallorossi après des années d'instabilité managériale.
Frédéric Massara n'aura finalement pas mené l'AS Roma vers les cieux qu'il promettait. La résiliation amiable de son contrat, officielle désormais, marque la fin d'une aventure romaine complexe où les ambitions affichées ont trop souvent heurté les réalités financières et sportives du Giallorossi. C'est comme ça que ça se termine parfois en Italie : avec une poignée de main plutôt qu'un drame, mais aussi avec le sentiment d'une promesse non tenue.
Pourquoi cette séparation arrive-t-elle maintenant?
Le timing raconte tout. Rome change de propriétaires depuis des années, passant des mains historiques à des investisseurs qui redessinent les contours du projet. Massara, arrivé en janvier 2023 en provenance de Milan, incarnait cette volonté de refondation. Il venait d'une structure puissante, celle de l'AC Milan où il avait participé au renouveau avec Maldini. On attendait de lui qu'il applique la même formule à Rome.
Mais voilà : la Roma n'a jamais vraiment eu les moyens de ses ambitions. Entre les dettes chroniques, les installations vieillissantes et une direction oscilante entre plusieurs visions stratégiques, le directeur sportif français a buté sur des murs invisibles depuis l'extérieur. Trois saisons sans podium en Serie A, c'est le résumé de son mandat. Pas une catastrophe absolue, mais suffisant pour que les dirigeants romains se demandent si le projet était viable ou simplement mal ficelé.
Le départ de Daniele De Rossi en septembre dernier — trois mois à peine après son arrivée — n'arrangeait rien. Massara avait choisi son coach. L'échec tactique et sportif a éclaboussé tout le staff. Quand l'entraîneur s'effondre aussi vite, la responsabilité politique du directeur sportif devient brûlante.
Qu'a vraiment accompli Massara à la Louve?
Soyons justes : le bilan n'est pas blanc. Massara a recruté des éléments intéressants. Angelino, prêté de Manchester City, a apporté de la stabilité défensive. Evan Ndicka, arrivé de l'Eintracht Francfort, représente l'idée d'une défense ressoudée. Paulo Dybala a conservé son éclat offensif, même si à 30 ans ses blessures récurrentes pèsent lourd sur les finances.
Cependant, les grands coups ont manqué. Pas d'avant-centre au calibre européen. Pas cette signature retentissante capable de relancer la dynamique. Tandis que les rivaux italiens bougaient — Milan consolidait son titre, Naples rêvassait, la Juventus recrutait — Rome piétinait. Depuis trois ans, aucun joueur venu de l'extérieur n'a vraiment transformé le collectif. C'est le symptôme d'une machine à recruter bloquée, soit par le budget, soit par le manque de clarté sportive.
Les statistiques de la Roma en compétitions européennes racontent aussi cette stagnation : éliminations régulières en Ligue Europa, une Coupe d'Italie sans lustre, une Serie A trop erratique pour construire une vraie dynamique. Massara hériterait des problèmes structurels de la Roma, certes, mais il n'a jamais réussi à les contourner intelligemment. C'est ça qui tue un directeur sportif : ne pas transformer ses contraintes en atouts.
Qui prend la main maintenant à Rome?
La question brûle les lèvres des ultras romains. Massara parti, qui dessine la stratégie des trois prochaines années? Thierry Francony, le nouvel homme fort du côté administratif, va devoir trancher. Soit on opte pour un profil rassurant qui connaît le club de l'intérieur, soit on tente un pari externe avec quelqu'un qui porterait une vraie révolution.
Rome ne peut plus se permettre l'improvisation. Le Stadio Olimpico attend une vraie ambition. Les supporters, patient jadis, commencent à fatiguer de cet yo-yo permanent entre les promesses et les déceptions. Si le prochain directeur sportif ne propose pas une vision claire — avec des recrues ciblées et une hiérarchie établie — le club s'enfoncerait dans un marasme dont il serait difficile de sortir.
Massara s'en va donc comme beaucoup avant lui : avec la dignité d'une résiliation amiable, mais avec aussi ce goût amer de n'avoir pas fini ce qu'on avait commencé. À Rome, les histoires ne finissent jamais vraiment bien. Elles s'éternisent ou elles s'arrêtent net. Celle-ci vient de s'arrêter.