Les Diables Rouges explosent une Tunisie fragile 5-0 à Bruxelles. Avant le Mondial, Domenech calibre sa machine et expose les failles tunisiennes.
Cinq buts, zéro réaction. La Belgique n'a pas tremblé mercredi soir au Stade Roi Baudouin. Face à une Tunisie venue chercher un dernier galop d'entraînement avant le Mondial, les Diables Rouges ont livré une démonstration qui ressemblait moins à un match amical qu'à un exercice pédagogique : 5-0, c'est l'écart entre deux mondes, entre une équipe qui sait où elle va et une autre qui navigue à vue.
Quand la Belgique montre ses crocs
Il faut comprendre ce qui s'est réellement déroulé à Bruxelles. Ce n'était pas un énième test de préparation où les équipes se font la main en première période avant de basculer. Non, les Belges ont étouffé le match dès les premières minutes, imposant un tempo auquel la sélection tunisienne n'a jamais pu répondre. Domenech a construit quelque chose : une certitude collective, une fluidité dans le jeu qui surprend à peine ceux qui suivent l'équipe depuis plusieurs mois.
Trois buts en première période. Déjà, le débat était clos. La Tunisie, pourtant lancée par ses bonnes performances qualificatives, s'est trouvée submergée par une avalanche qui n'a jamais faibli. Les Diables Rouges ont circulé le ballon avec aplomb, ont combiné dans la surface avec précision, et surtout, ils ont saisi chaque opportunité comme si leur qualification dépendait d'une démonstration. Dans les stats, cela donne une possession dominante dépassant les 65% pour la Belgique et une précision de pass frôlant les 85%.
Ce qui interpelle vraiment, c'est l'absence totale de réaction tunisienne. Pas de regroupement défensif intelligent. Pas de contre-pressing acéré. Pas cette rage qui caractérise les équipes africaines même quand tout va mal. Juste une sorte d'abandon progressif, comme si les hommes de Mondher Kebaïer comprenaient au fur et à mesure l'ampleur de la tâche. À la demi-heure de jeu, c'était déjà plié. Quatre buts avant le repos en amical, c'est le genre de signal qu'on ne peut pas ignorer à une semaine du tournoi.
Les Diables Rouges, eux, ont trouvé du plaisir dans cette supériorité écrasante. Chaque insertion au milieu était un succès. Chaque centre trouvait un attaquant prêt à la détente. Hazard, De Bruyne, Lukaku — les noms qui résonnent depuis dix ans — ont marché sur l'eau. Pas de tensions, pas de doutes. Juste la sérénité d'une équipe qui arrive à maturité au moment où il le faut.
La Tunisie face à ses démons avant le Mondial
Pour la sélection tunisienne, ce carnage pose questions existentielles. Qualifiée miraculeusement pour son troisième Mondial consécutif, elle arrive au Qatar avec des certitudes branlantes. Les deux premiers matchs de préparation avaient donné un sentiment mitigé, mais là, c'est l'effondrement pur et simple. Comment une équipe peut-elle encaisser cinq buts sans esquisser une révolte ?
Le problème n'est pas technique. La Tunisie a les joueurs pour, même si la qualité brute de ses effectifs ne rivalise pas avec celle des Diables Rouges. Non, c'est une question de confiance, de stabilité mentale. Trois jours avant le début de la compétition, jouer un match amical pareil, c'est dangereux. Cela fissure les certitudes, surtout quand l'adversaire du Mondial sera la France le 30 novembre prochain. Imaginez un peu le choc psychologique : vous venez de vous prendre 5-0 et votre premier vrai match, c'est contre les champions du monde ?
Kebaïer aura du mal à redresser la barre en quelques jours. L'effectif tunisien manque de figures de proue capables de canaliser un groupe en crise. Tatarusanu en garde, peut-être, mais une défense qui prend cinq buts aussi facilement, ce n'est jamais une histoire d'une ou deux individualités. C'est un problème systémique, une carence dans l'organisation collective qui apparaît sous ses formes les plus crues quand on affronte une superpuissance européenne.
- 5-0 : l'écart final au Stade Roi Baudouin, trois buts inscrits avant la pause
- 65% : la possession belge, 85% de précision au passage
- 3 participations mondiales pour la Tunisie, la première remontant à 1978
- 4 jours : le temps qu'il reste avant le coup d'envoi de la Coupe du Monde
Reste une question : la Belgique vient-elle de trouver l'alchimie qui lui a manqué lors de ses deux dernières campagnes ? À 2018, elle était sortie en demi-finales. À 2022, elle s'était effondrée en phase de groupes malgré son statut de favori. Cette fois, avec cette autorité, cette simplicité dans le jeu, peut-être que Domenech a trouvé la formule. La Tunisie, elle, ne remonte qu'une pente très raide en très peu de temps.