Le sélectionneur algérien Vladimir Petkovic retrouve Lionel Scaloni à la Coupe du monde 2026. Treize ans après l'avoir marginalisé à la Lazio, leurs chemins se croisent enfin au plus haut niveau.
"Il ne me faisait même pas entrer." Voilà ce que Lionel Scaloni garderait probablement de son passage à la Lazio sous les ordres de Vladimir Petkovic en 2012. Une phrase qui résume tout : un milieu de terrain italien en fin de carrière, relégué à un rôle de figurant sur le banc romain, qui ignore alors qu'il deviendra l'architecte d'une renaissance argentine capable de remporter une Coupe du monde. L'histoire du football adore ces retournements ironiques.
Mardi à mercredi, dans la nuit (coup d'envoi à 3 heures du matin, heure française), Kansas City accueillera l'une des affiches d'ouverture de la Coupe du monde 2026. L'Argentine de Scaloni face à l'Algérie de Petkovic. Plus qu'un simple match de poule, c'est une rencontre chargée d'histoire personnelle. Le sélectionneur algérien, 57 ans, ancien défenseur de Bordeaux et de l'OM au milieu des années 1990, retrouvera celui qu'il a autrefois relégué aux oubliettes d'un vestiaire italien. Depuis ce temps, les trajectoires ont divergé de manière spectaculaire.
Quand les destins se nouent à la Lazio
Retour en 2012. La Lazio Rome traverse une période sans relief. Petkovic, nommé entraîneur en décembre 2011, tente de redresser un club romain en crise. Scaloni arrive à la Beneamata avec ses rêves de relancer une carrière qui s'étiole. L'ancien joueur de Sampdoria, passé par l'Atalanta, cherche une dernière chance en Serie A. Il espère l'une des 25 places de l'effectif. Il ne sera jamais vraiment celle.
"Petkovic ne misait pas sur moi," aurait confié Scaloni à son entourage quelques mois après son départ du club. Des apparitions sporadiques. Des minutes glanées par-ci, par-là. Surtout un banc. Beaucoup de banc. Le coach bosniaque, pragmatique et peu sentimental, avait d'autres idées en tête. Il n'y avait rien de personnel, juste une évaluation froide : ce joueur ne correspondait pas au système. Scaloni ne jouerait que 16 matchs toutes compétitions confondues cette saison-là, pour un bilan global décevant de la Lazio (7e en Serie A).
Petkovic, lui, avait une autre vie en attente. Après la Lazio, il enchainerait les bancs européens avec plus ou moins de succès, avant de trouver une relative stabilité. En 2023, il prend la tête de la sélection algérienne, héritant d'une équipe en reconstruction après l'ère Djamel Belmadi. L'Algérie n'a pas participé aux phases finales d'une Coupe du monde depuis 2014, un vide qui pèse sur les ambitions du pays.
Scaloni, lui, a connu un tout autre destin après ces misérables mépris romains. Assistant puis entraîneur de l'Argentine, il a progressivement épousé les contours d'une légende. C'est sous sa direction que l'Albiceleste remporte la Copa América en 2021, puis le Mondial 2022 au Qatar. Trois trophées en deux ans (Copa América 2024 également). Pas exactement le parcours qu'on attendait pour un joueur marginalisant à la Lazio.
Kansas City, le rendez-vous du destin
Ce qui frappe dans cette histoire, c'est l'asymétrie. Scaloni a probablement pardonné cette condescendance romaine. Il l'a transformée en énergie. Petkovic, en revanche, doit affronter mercredi un homme qu'il considérait comme un simple rouage d'équipe, devenu patron d'une sélection qui traverse l'Amérique du Nord avec les habits de favori du tournoi. L'Algérie, elle, demeure une équipe en transition.
Les Fennecs arrivent à cette Coupe du monde sans véritable élan continental. Leur dernier trophée international remonte à... 1990, une Coupe arabe somme toute locale. En éliminatoires, l'Algérie a fini troisième de son groupe CONCACAF derrière le Mexique et la Jamaïque, ne devant sa qualification qu'à un barrage remporté contre l'Équateur. Pas exactement le pedigree d'un candidat à la couronne.
L'Argentine, elle, débarque en Amérique du Nord comme régente mondiale. Scaloni a bâti une équipe suffisamment équilibrée pour envisager un triplé inédit : conserver la couronne mondiale en 2026, quatrième titre seulement dans l'histoire moderne du football (après Brésil 1962, Italie 1934, Allemagne 1974). Seules quatre nations ont remporté deux Coupes du monde consécutives, et l'Argentine serait la première depuis l'Allemagne en 1974 à en conquérir trois en six ans.
Petkovic sait qu'il affronte une montagne. L'Algérie sortira renforcée d'une éventuelle défaite honorable, mais une victoire constituerait une surprise du calibre Coupe du monde, capable de propulser sa jeune équipe vers d'autres horizons. Le sélectionneur algérien dispose toutefois d'une arme : il connaît les rouages de cet adversaire argentin de 2012, l'homme qui était trop ordinaire pour mériter du temps de jeu romain.
Mercredi matin, à Kansas City, ces deux destins qui s'étaient croisés et séparés se rencontreront à nouveau. Pas comme assistant et marginal, mais comme égaux, deux sélectionneurs responsables de leurs rêves respectifs. C'est justement ça qui rend ce match si savoureux : Scaloni ne joue plus pour impressionner celui qui l'a ignoré. Il joue pour soulever un Mondial. Et c'est une forme de victoire que Petkovic ne pourra jamais lui enlever.