À la veille d'affronter le Portugal en éliminatoires du Mondial 2026, Sébastien Desabre refuse de faire de son statut de sélectionneur de la RDC une alibi. Le Français mise sur l'équilibre mental.
Quand on sélectionne la République démocratique du Congo, on n'a guère le droit au doute. Sébastien Desabre le sait mieux que quiconque. À quelques heures de recevoir une sélection portugaise rangée parmi les favoris de la Coupe du monde 2026, le technicien français n'a pas choisi le repli prudent, ni la méthode des trois chaînes défensives et de l'attente de l'erreur adverse. Il a plutôt opté pour ce qui pourrait sembler de l'inconscience, mais qui relève davantage d'une philosophie : celle de l'équipe qui n'a plus rien à perdre parce qu'elle a déjà tout à prouver.
Cette attitude dit beaucoup sur l'état d'esprit dans lequel aborde le football africain cette phase qualificative. Moins de précaution, plus d'intention. La RDC, avec ses quelque 100 millions d'habitants, ses talents bruts mais peu rodés aux grands rendez-vous internationaux, représente justement ce type d'adversaire imprévisible que redoutent les grandes nations. Desabre l'a compris : le respect du protocole défensif n'en reste pas moins une forme de capitulation mentale.
Pourquoi la confiance affichée ne relève pas du bluff?
Desabre a forgé sa réputation en Afrique de l'Ouest, notamment en Côte d'Ivoire où il a remporté la Coupe d'Afrique des nations en 2015 avec Didier Drogba à la clé et une génération galvanisée. Il connaît les ressorts psychologiques du football continental. Il sait que contre une équipe tatillonne comme le Portugal, construite sur la possession et l'organisation, les équipes africaines gagnent rarement par imitation. Elles gagnent par rupture, par authenticité tactique.
L'ancien sélectionneur de la Guinée équatoriale a également mesuré les progrès récents de la RDC lors des éliminatoires précédentes. L'équipe n'est plus une simple formation de transition, elle commence à afficher une certaine cohésion. Avec 15 millions de spectateurs sur la capitale Kinshasa, l'atmosphère du stade sera l'un des douzième homme les plus bruyants du continent. Desabre compte sur ce facteur, légitime, qui pèse davantage contre les Européens que contre les formations d'Afrique centrale habituées à ce type d'ambiance.
Ce qui rassure aussi le sélectionneur français, c'est que le Portugal de Fernando Santos n'est plus cette machine implacable des années 2016. L'effectif vieillit, la transition générationnelle s'opère lentement, et surtout : la concentration mentale des favoris sur la durée d'une compétition qualificative reste poreuse. Les Lusitaniens ont eux-mêmes surpris en montrant des failles contre des équipes de second rang.
Quel est le vrai défi: tactique ou psychologique?
Sur le terrain, Desabre n'ignore pas que le Portugal possède plus de ressources techniques. Pepe et ses défenseurs ont l'expérience des grands stades européens. Cristiano Ronaldo, même passé les 39 ans lors du Mondial, reste imprévisible. Bruno Fernandes orchestre le jeu avec l'aisance de celui qui évolue en Premier League.
Mais justement, c'est ailleurs que se jouera cette rencontre. La RDC devra éviter le piège de la contemplation, celui qui consiste à admirer le spectacle plutôt que de le perturber. Desabre prépare ses joueurs à une attitude mentale précise : accepter les phases de domination portugaise sans en être écrasé, puis frapper lors des transitions. C'est le football moderne en Afrique, celui qui refuse de se soumettre au modèle occidental sans l'adapter à ses forces.
Le sélectionneur français ne cache pas que son équipe doit gagner les duels, maîtriser l'engagement physique et faire payer les erreurs adverses. Trois axes qui ne relèvent pas de la fantaisie mais d'une discipline de fer. C'est justement cela qui rassure : Desabre ne mise pas sur le miracle ou l'inspiration du moment. Il mise sur le travail, l'organisation et la mentalité collective. Exactement ce que redoute une grosse équipe qui s'attend à dominer sans effort.
Qu'en est-il de la réalité des rapports de force en éliminatoires?
Historiquement, les résultats des RDC contre les nations européennes de ce calibre sont sans appel. Depuis deux décennies, les victoires sont rares, les nuls plus fréquents que les triomphes. Aucune illusion là-dessus. Et pourtant, l'Afrique a montré ces dernières années qu'elle pouvait surprendre. Le Cameroun qui terrasse l'Argentine, le Sénégal en finale de la Coupe d'Afrique... Ces moments modifient la perception du possible.
Desabre est pragmatique. Il ne demandera pas à ses joueurs l'impossible. Une victoire serait magnifique mais ne change rien si elle n'ouvre pas les portes de la qualification. C'est justement pourquoi sa confiance affichée résonne différemment : ce n'est pas de la bravade, c'est de la clarté. Il y va avec une équipe qui sait ce qu'elle peut faire et qui refuse les soumissions d'avance.
Cette philosophie intéresse bien au-delà de Kinshasa. Elle dit quelque chose des transformations du football africain, de moins en moins impressionné par les statuts et de plus en plus attentif aux ressources tactiques. Desabre incarne cette génération de techniciens continentaux qui refusent les rôles assignés. Le Portugal trouvera une équipe préparée, concentrée, incommode. Pas une formation venue faire de la figuration.