Blessé à l'entraînement avec l'Argentine, le défenseur de l'OM forfait pour la Coupe du Monde. Une énième tuile qui relance les questions sur la gestion physique marseillaise.
Il y a des blessures qui tombent comme des éclats de rire dans un enterrement. Celle de Léonardo Balerdi en est une. Le défenseur central de l'Olympique de Marseille, appelé par Lionel Scaloni pour la Coupe du Monde, a contracté une déchirure musculaire au mollet lors d'une séance d'entraînement avec la sélection argentine. Pas en match. À l'entraînement. Le timing, comme on dit, n'aurait pu être plus cruel pour un joueur en pleine éclosion et pour un club qui voit son meilleur atout défensif s'évanouir avant même que le ballon ne roule en Qatar.
Mais ce qui intéresse vraiment, c'est ce qui se murmure dans les couloirs de La Commanderie. Avant même que Scaloni ne confirme le forfait, les critiques ont commencé à fuser vers le staff médical marseillais. Balerdi arrive en sélection après un calendrier éreintant, une préparation physique qui aurait laissé des traces, et boum, ça casse. Coïncidence ? Probablement pas. Le défenseur de 23 ans avait disputé 28 matches en Ligue 1 cette saison, un total considérable pour un joueur qui ne disposait pas d'une rotation de remplacement de qualité équivalente.
Quand Marseille fabrique ses propres catastrophes
L'Olympique de Marseille a bâti sa résurrection sportive sur quelques piliers solides. Balerdi était l'un d'eux, sinon le principal. Arrivé en 2021 en provenance de Boca Juniors pour à peine 17 millions d'euros, le gaucher argentin s'était transformé en roc incontournable de la défense, un athlète moderne capable de jouer haut, de relancer proprement et de surveiller les arrière-pays sans paniquer. Ses performances ont attiré l'attention de Scaloni, qui voyait en lui un élément du projet d'après Coupe du Monde. Logique.
La question brûlante concerne moins la blessure elle-même que la manière dont elle s'est produite. Un entraînement international, des gestes répétitifs, un corps fatigué accumulant les microtraumatismes — il existe une littérature abondante sur le phénomène. Les staffs médicaux des grands clubs européens le savent depuis longtemps : un joueur qui arrive en sélection après 28 matches et des trajets intercontinentaux représente un risque accru. Une charge physique mal dosée, une intensité insuffisamment adaptée, et voilà qu'on se retrouve avec un « musculaire » qui transforme les plans des trois parties prenantes : le club, la sélection, et le joueur.
Ce qui étonne davantage, c'est que cette affaire relance une vieille querelle marseillaise. L'OM, ces dernières années, s'est construit en contestant l'ordre établi, en remettant en question les dogmes du football français. Mais sur le chapitre de la prévention médicale et de la gestion des charges physiques, le club phocéen n'a pas d'excuse. Il dispose de ressources, d'infrastructures, d'un directeur sportif (Pablo Longoria) qui n'est pas novice en matière de management. Et pourtant.
- 28 matches en Ligue 1 disputés par Balerdi cette saison avant la convocation en sélection
- 4 blessures musculaires enregistrées chez les défenseurs marseillais en 2022-2023
- 17 millions d'euros investis pour recruter Balerdi en 2021
- 1 seul remplacement fiable en défense centrale aux côtés de Balerdi : Samuel Gigot
Un forfait qui expose le modèle marseillais
Balerdi n'est pas qu'un joueur de football. C'est un symbole du renouveau marseillais, celui qui cristallise les efforts d'un club obsédé par l'idée de revenir au sommet. Son absence pour la Coupe du Monde, ce n'est pas juste une mauvaise nouvelle sportive. C'est une fissure dans la façade. Scaloni perd un défenseur central dans une compétition où chaque élément compte ; Marseille perd six semaines de travail avec un joueur clé ; Balerdi, lui, rate le rendez-vous d'une vie.
Il y a quelque chose d'absurde à imaginer qu'une sélection nationale, avec tous ses moyens, ne soit pas capable de manager intelligemment l'arrivée d'un joueur préalablement épuisé. Mais il y a quelque chose de plus grave encore à imaginer que l'OM n'a pas alerté correctement la sélection sur l'état réel du défenseur. Cette communication défaillante entre club et sélection est devenue monnaie courante, même si elle ne devrait jamais l'être.
Marseille devra vivre sans Balerdi jusqu'en janvier au moins. Quelques semaines où tous les calculs de Jorge Sampaoli (le nouvel entraîneur) s'effondrent. Samuel Gigot, compétent mais pas au même niveau de mobilité, héritera de la responsabilité. Chancel Mbemba, talentueux mais blessé la moitié de la saison, sera peut-être appelé à la rescousse. Et quelque part, Scaloni cherchera en catastrophe un renfort défensif pour compléter son groupe.
La blessure de Balerdi ne sortira pas des gros titres avant quarante-huit heures. Elle disparaîtra sous le flot des nouvelles mercato, des demi-finales régionales, des déclarations intempestives d'un entraîneur énervé. Mais en janvier, quand Marseille comptera chaque point pour rester dans la course européenne, quand chaque erreur défensive coûtera cher, ce forfait aura pris la dimension d'une catastrophe silencieuse. Les petits maux finissent toujours par devenir de grands problèmes. En football comme ailleurs.