Le directeur sportif du Napoli Giovanni Manna s'engage avec l'AS Roma. Un transfert en coulisse qui redéfinit la politique sportive giallorosse.
Giovanni Manna débarque à la Louve. Voilà le coup que prépare l'AS Roma en silence depuis quelques jours. Le directeur sportif napolitain, celui qui a construit l'équipe championne d'Italie en 2023, celui qui a appris à miser sur la jeunesse et la vente intelligente de talents, choisit Rome. C'est un tournant majeur dans le football italien, pas tant par le personnage en lui-même que par ce qu'il représente : la volonté affichée de la Roma de se donner les moyens de revenir parmi les prétendants sérieux à la Série A.
Le pedigree du champion en quête de rédemption
Qui est exactement Giovanni Manna ? Pas une rock star médiatique, non. C'est un dirigeant de l'ombre qui a appris son métier aux côtés de Cristiano Giuntoli, d'abord à Empoli, ensuite à Naples. Quand Aurelio De Laurentiis l'a nommé directeur sportif en 2022, peu criaient au génie. Et puis il y a eu cette saison 2022-23 où le Napoli a écrasé la Série A avec 90 points, le plus grand total depuis les années 1960. Manna était là, orchestrant les arrivées (Osimhen pour 80 millions, Anguissa, Zielinski), gérant les départs, construisant l'architecture d'une équipe dominatrice.
Depuis ? Les choses se sont compliquées. Le scénario classique : après l'euphorie, la gestion du succès devient plus difficile. Les ambitions européennes ont buté sur le PSG et le Real Madrid. Les prolongations se sont mal négociées. Victor Osimhen, la pépite du Napoli, s'en est allé en prêt à Galatasaray. Et puis il y a eu cette sensation de stagnation, malgré une armada de talents. Manna a échoué à transformer l'or en platine. À Rome, on considère que ce bilan reste positif.
La Roma parie sur la continuité plutôt que la révolution
Pourquoi la Roma choisit Manna maintenant ? Parce que Daniele De Rossi ne peut pas tout porter seul. Depuis son arrivée en tant qu'entraîneur, le héros giallorosso des années 2000 a transformé l'ADN tactique du club, mais il avait besoin d'un directeur sportif pour consolider sa vision. Les précédents, avec tout le respect dû, n'ont pas fait l'affaire. Manna offre quelque chose de différent : une expérience de transition vers un projet durable, une capacité à maximiser les ressources financières sans folie dépensière (le Napoli n'a pas versé 300 millions par saison, contrairement à ce que font certains rivaux).
Les chiffres du Napoli sous Manna racontent une histoire intéressante. Entre 2022 et 2024, le club a généré plus de 150 millions d'euros en ventes nettes tout en restant compétitif en Italie et en Europe. Cette capacité à vendre sans s'effondrer, à renouveler sans déménager, c'est précisément ce dont souffre Rome depuis des années. Les Giallorossi ont longtemps misé sur du spectaculaire (Dzeko, Pellegrini, Mourinho) sans construire une base économique solide. Manna arrive pour instaurer de la méthode là où régnait l'improvisation.
Naples orpheline, Rome mobilisée
Le départ de Manna crée un vide à Naples que De Laurentiis devra combler. Et vite. Le Napoli est en pleine reconstruction après sa saison catastrophique en Serie A (terrassé par des blessures, par les drames internes, par une gestion chaotique). Sans directeur sportif de qualité, le club court un vrai risque : celui de devenir un rouage mineur dans la machine italienne. C'est cocasse, presque ironique. Naples avait le meilleur ; Rome l'obtient.
Pour la Louve, c'est une victoire discrète mais significative. Manna n'arrive pas avec les fanfaronnades d'un José Mourinho déclarant qu'il « a gagné des championnats ». Il arrive avec un dossier épais rempli de chiffres, d'analyses vidéo, de structures de recrutement. De Rossi l'avait demandé ? Peut-être. L'État-major américain de la Roma (dirigeants issus du fonds Friedkin) l'a imposé ? Probablement. Toujours est-il que le club capital a compris un truc : il n'y a pas de raccourci magique. Il faut construire.
Manna commencera par examiner l'effectif existant. Certains joueurs sont dans la plénitude de leurs capacités, d'autres s'usent. Le mercato de l'été sera crucial. Il faudra certainement vendre pour acheter mieux. C'est sa philosophie. À Naples, quand Napoli a cédé Jorginho, il a investi dans les jeunes. Quand un cadre vieillissait, il anticipait plutôt que de traîner. À Rome, où les émotions remplacent souvent la rationalité, ce changement culturel sera probant.
Le foot italien sera à observer de près dans les mois qui viennent. Giovanni Manna, le tranquille, le bâtisseur, a maintenant un vrai chantier : rendre la Roma crédible à nouveau. Pas spectaculaire. Crédible.