Deux clubs portugais lorgnent Lucas Stassin. L'attaquant stéphanois devient une monnaie d'échange en Europe, mais Saint-Étienne doit trancher entre vendre ou bâtir.
Quand un jeune attaquant de 21 ans commence à recevoir des appels depuis Lisbonne, c'est que quelque chose s'est dénoué dans le football. Lucas Stassin n'est pas un phénomène médiatisé, pas un enfant prodige surexposé sur les réseaux sociaux. C'est un travailleur qui, pendant deux saisons à Saint-Étienne, a appris le métier en Ligue 1 sans faire la une des journaux. Sauf que voilà : deux clubs portugais y voient désormais une opportunité. Et pour l'ASSE, c'est à la fois une source de fierté et un vrai casse-tête.
Pourquoi le Portugal se réveille soudain sur Stassin?
Portugal, c'est particulier. Le championnat a longtemps été le terrain d'apprentissage des talents français qui n'avaient pas accès aux grands clubs. Benzema y a débuté, Mbappé n'y aurait jamais trainé ses pieds. Mais depuis une décennie, les clubs du Benfica et du FC Porto ont compris une logique simple : repérer les jeunes européens avant qu'ils ne soient blindés financièrement, les perfectionner durant deux-trois ans, puis les revendre avec une belle plus-value aux géants de Premier League ou de Liga.
Stassin rentre exactement dans ce schéma. Deux saisons à Saint-Étienne, c'est suffisant pour se frotter à la Ligue 1 sans être assommé de responsabilités. L'attaquant belge n'a pas explosé les compteurs statistiques, mais il a montré cette capacité à grandir match après match, à comprendre les espaces, à ne pas se décourager quand les occasions ne viennent pas. En Portugal, c'est précisément ce type de profil qu'on aime : plastique brut, prêt à être travaillé, avec des bases déjà solides. À 21 ans, il a encore cinq, six années devant lui avant de devoir devenir un top 5 européen. Du temps.
La presse belge a effectivement évoqué des contacts, mais l'intérêt portugais confirme que Stassin dépasse son seul marché national. L'ASSE, depuis son retour en Ligue 1, a rarement eu la chance de voir ses pépites courtisées de la sorte. Ça change les dynamiques en interne.
Saint-Étienne peut-il vraiment garder son jeune attaquant?
Voilà la question qui hante les nuits de la direction stéphanoise. Garder Stassin, c'est parier sur sa progression, sur le fait qu'il explosera davantage la saison prochaine. Le laisser partir, c'est intégrer des euros dans les caisses, ce que tout club en difficulté financière doit considérer sérieusement. L'ASSE n'est pas dans une situation de luxe. Après des années chaotiques, la stabilité passe aussi par des rentrées d'argent prudentes.
Mais vendre Stassin, ce serait aussi envoyer un signal inquiétant aux supporters. Après des générations de talents jetés dehors prématurément, comment garder la confiance en un projet si les jeunes pousses s'en vont dès qu'elles germent? L'ASSE doit rebâtir une identité. Et une identité, ça passe par de la continuité humaine, par des garçons qu'on voit grandir au Geoffroy-Guichard pendant plusieurs années.
Techniquement, le club contrôle les leviers : un contrat en bonne et due forme, une valeur marchande encore modérée (probablement entre 3 et 6 millions d'euros), et l'avantage de la possession. Mais psychologiquement? Stassin aura entendu parler de ces appels. Il saura qu'ailleurs l'attendent des championnats plus exposés, des contrats peut-être plus attractifs. Garder un joueur à contrecœur, c'est le perdre progressivement, semaine après semaine.
Quel avenir pour ce dossier dans les six mois à venir?
L'mercato d'hiver 2025 sera probablement trop tôt. Les clubs portugais vont observer. Si Stassin enchaîne une deuxième moitié de saison solide, les approches deviendraient plus concrètes. L'été 2025 sera le vrai moment de vérité. D'ici là, l'ASSE devra trancher : transformer Stassin en véritable épine dorsale du projet offensif, ou l'utiliser comme monnaie d'échange pour financer ailleurs.
Ce qui rend ce dossier fascinant, c'est qu'il n'y a pas de mauvaise réponse, juste des conséquences différentes. Vendre, c'est perdre mais gagner des points de pondération. Garder, c'est risquer que le garçon s'ennuie ou refuse de prolonger dans deux ans. C'est ça, le football moderne en Ligue 1 pour un club comme l'ASSE : naviguer entre ambition et réalisme, entre construction et survie.
Pour Stassin lui-même, ces appels du Portugal sont une confirmation positive. À 21 ans, savoir que d'autres regardent, c'est rassurant. C'est la preuve que le travail paye. Reste à voir s'il préférera continuer cette maturation à Saint-Étienne ou chercher un nouvel environnement pour franchir l'étape suivante.