Le CONI a rejeté publiquement la proposition de Paolo Zampolli, conseiller de Trump, qui voulait offrir à l'Italie une place au Mondial 2026 via la FIFA.
Il y avait quelque chose d'assez surréaliste dans la proposition. Paolo Zampolli, entrepreneur italo-américain, ami de longue date et conseiller officieux de Donald Trump, avait confié au Financial Times avoir approché la FIFA avec une idée aussi audacieuse que juridiquement douteuse : remplacer l'Iran, qualifié de droit pour la Coupe du Monde 2026, par l'Italie, absente du tournoi après son élimination en barrages. La réponse du Comité national olympique italien — le CONI — n'a pas tardé, et elle est sans équivoque. Giovanni Malagò, son président, a publiquement rejeté toute discussion autour d'un tel scénario, rappelant que l'Italie ne saurait cautionner un contournement des règles sportives, quelles que soient les relations diplomatiques en jeu.
Comment un proche de Trump a-t-il pu croire à la faisabilité d'un tel montage ?
Pour comprendre la genèse de cette affaire, il faut replacer Paolo Zampolli dans son contexte. Figure du réseau trumpien, habitué des cercles d'influence new-yorkais, l'homme a grandi en Italie avant de construire sa fortune aux États-Unis dans le mannequinat de luxe — c'est lui qui aurait facilité la rencontre entre Donald Trump et Melania Knauss dans les années 1990. Cette proximité avec le futur président lui confère aujourd'hui une aura d'intermédiaire entre le monde politique américain et diverses institutions internationales.
Que la Coupe du Monde 2026 se déroule aux États-Unis, au Canada et au Mexique change la donne symboliquement. Avec un président américain qui ne cache pas son appétit pour les grandes messes sportives — il a déjà posé ses empreintes sur l'organisation du tournoi en multipliant les interventions informelles — certains de ses proches semblent avoir interprété cet ancrage comme une latitude inédite pour remodeler le tableau des participants. L'idée de Zampolli reposait sur une logique géopolitique simpliste : l'Iran, pays sous sanctions américaines, représenterait une présence embarrassante sur le sol nord-américain, tandis que l'Italie, nation de football historique et alliée des États-Unis, apporterait une caution sportive et commerciale indéniable.
Sur le papier, le raisonnement a une certaine cohérence mercantile. L'Italie demeure l'une des marques footballistiques les plus bankables au monde, avec une diaspora nord-américaine considérable et un attrait médiatique qui dépasse largement ses résultats récents. Mais le football international ne fonctionne pas comme une salle des marchés, et la FIFA, malgré toutes les critiques que l'on peut lui adresser, ne saurait officiellement valider l'exclusion d'un pays qualifié sur la seule base de considérations politiques bilatérales.
Pourquoi le CONI a-t-il tenu à prendre publiquement ses distances ?
La réaction de Giovanni Malagò n'était pas obligatoire. Le CONI aurait pu se contenter d'un silence diplomatique, laisser la polémique s'éteindre d'elle-même. S'il a choisi la clarté, c'est précisément parce que le silence, dans ce cas précis, aurait pu être interprété comme une forme de complicité passive.
L'Italie n'a pas oublié le traumatisme de 2018. L'absence à la Coupe du Monde de Russie, après la défaite en barrage contre la Suède, avait provoqué une onde de choc dans tout le pays, entraîné la démission de Gian Piero Ventura et forcé une reconstruction profonde de la Nazionale. Roberto Mancini avait ensuite conduit l'équipe au titre à l'Euro 2021, avant que Luciano Spalletti ne reprenne le flambeau. Mais la qualification pour 2026 reste à obtenir dans les formes, et toute suggestion d'un accès par la fenêtre politique serait vécue comme une humiliation par les supporters autant que par les joueurs.
Au-delà de l'orgueil national, l'enjeu est institutionnel. Accepter même implicitement qu'un pays puisse se voir offrir une place de Coupe du Monde grâce à des connexions politiques avec le pays hôte reviendrait à dynamiter le principe même de la qualification sportive. La FIFA compte aujourd'hui 211 fédérations membres, chacune soumise aux mêmes règles de compétition. Ouvrir une brèche dans ce système, même au profit d'une nation aussi légitime historiquement que l'Italie, créerait un précédent dont les conséquences seraient difficiles à contenir.
Le CONI a donc parlé vite et fort, non par réflexe pavlovien, mais parce que laisser prospérer ce débat — même quelques jours de plus dans la presse internationale — exposait l'Italie à une réputation d'opportuniste prête à contourner les règles quand l'occasion se présente. Ce n'est pas l'image qu'une fédération soucieuse de retrouver le premier plan mondial souhaite projeter.
Quel signal cela envoie-t-il sur les tensions entre politique et sport au Mondial 2026 ?
Cette affaire, aussi baroque soit-elle dans sa forme, révèle une tension structurelle qui ne fera que s'intensifier à mesure que la compétition approchera. Organiser un Mondial aux États-Unis sous la présidence de Donald Trump, c'est accepter que la politique américaine interfère, de manière directe ou diffuse, avec la gouvernance d'un événement censé être régi par des règles sportives universelles.
Les signaux se sont multipliés ces derniers mois. La question des visas pour les joueurs et supporters de certains pays, les tensions diplomatiques avec des nations qualifiées, les appels du pied de l'administration américaine sur la composition de certaines délégations — tout cela forme un tableau préoccupant. La FIFA, sous la présidence de Gianni Infantino, entretient par ailleurs une relation particulièrement chaleureuse avec Donald Trump, les deux hommes ayant été photographiés ensemble à plusieurs reprises depuis le retour du républicain à la Maison-Blanche.
L'épisode Zampolli illustre comment cette proximité peut engendrer des initiatives incontrôlées, portées par des acteurs périphériques qui se croient autorisés à penser tout haut ce que d'autres murmurent en coulisses. La FIFA a pris soin de ne pas commenter officiellement la proposition, ce qui en dit peut-être autant que n'importe quel démenti.
Reste une question ouverte : si l'Iran devait, pour des raisons politiques ou sécuritaires, se retrouver effectivement dans l'impossibilité de participer au tournoi, quelle procédure la FIFA appliquerait-elle ? Les statuts prévoient des cas de force majeure, et le remplacement par une équipe repêchée suivrait alors des critères sportifs définis — classements FIFA, résultats en barrages, performance en éliminatoires. L'Italie serait probablement dans la liste des candidats potentiels. Mais ce serait un processus réglementaire, pas une faveur négociée entre amis sur le green d'un golf floridien. La nuance, précisément, que le CONI a tenu à rappeler avec une netteté bienvenue.