Le Sénégal en tête d'un collectif de six nations adresse un coup de poing à l'UEFA et à son président. Au cœur du conflit : les modifications du format du Mondial.
La machine s'est enrayée entre l'UEFA et un groupe de fédérations africaines, caribéennes et asiatiques. Le Sénégal, le Cap-Vert, Curaçao, l'Ouzbékistan, le Congo et Haïti ont décidé de parler d'une seule voix pour adresser un camouflet au président de l'instance européenne Aleksander Čeferin. Pas de demi-mesure dans le ton : ces six nations ont exprimé leur « profonde déception » face aux déclarations récentes du dirigeant slovène.
Ce coup d'éclat collectif ne sort pas de nulle part. Depuis des mois, la refonte du format de la Coupe du monde 2026 cristallise les tensions au sein du football mondial. La FIFA a tranché pour une formule inédite : 48 équipes réparties en 12 groupes de quatre, avec une phase de poules élargie et plus de matchs au calendrier. Une architecture qui modifie en profondeur la mécanique du tournoi et qui ne plaît pas à tout le monde.
Quand l'UEFA joue perso sur le terrain international
Ce qui agace le collectif de six nations, c'est moins le format lui-même que la manière dont certains l'exploitent. Les déclarations de Čeferin ont soulevé des questions sur les intentions réelles de l'UEFA vis-à-vis de cette nouvelle architecture. Selon nos informations, le président européen aurait laissé entendre que le nouveau système pourrait avantager certaines confédérations au détriment d'autres. Un discours qui tombe mal pour les nations émergentes.
Le Sénégal, champion d'Afrique en titre, n'entend pas laisser passer. Dakar a pris la tête d'une fronde diplomatique qui dépasse largement la question du football. C'est une bataille pour le respect des droits de chaque fédération au sein du système mondial. Le communiqué conjoint n'a pas traîné à circuler dans les chaumières administratives de Zurich. Message reçu.
L'enjeu réel ? La représentation des continents aux phases décisives de 2026. Avec 48 équipes au lieu de 32, les places se font moins rares, mais le rapport de force n'a rien d'équitable. L'Europe, historiquement surreprésentée avec treize ou quatorze places garanties selon les projections, continue de dominer. L'Afrique, elle, se bat pour huit spots. Curaçao et Haïti, petites nations caribéennes, craignent de rester sur le carreau malgré l'élargissement.
L'Ouzbékistan et le Congo font bloc avec l'Afrique
Remarquons l'alliance insolite qui s'est nouée. L'Ouzbékistan, puissance montante d'Asie centrale, prête main-forte aux Africains. Le Congo, quant à lui, parle fort pour ses frères du continent. Haïti et Curaçao représentent la Caraïbe, souvent laissée pour compte dans les débats internationaux. Six fédérations, trois continents, un seul front : l'exaspération face à un système perçu comme opaque et non consultatif.
Le timing du communiqué conjoint n'est pas anodin. Alors que la FIFA finalise les derniers détails du calendrier 2026, ces nations envoient un signal clair : elles n'accepteront pas d'être les dindons de la farce. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, avait promis une Coupe du monde plus inclusive. Sur le papier, c'est vrai. Mais les fédérations impliquées doutent que cette promesse bénéficie équitablement à tous.
Le Sénégal, qui a goûté au prestige continental en 2022, sait qu'il a du poids. Dakar n'a pas hésité à mobiliser ses pairs pour faire valoir ses intérêts. C'est du football moderne : quand on ne peut pas gagner sur le terrain, on négocie à la table. Sauf que cette fois, l'enjeu dépasse la Coupe du monde. C'est une question de pouvoir, de légitimité des petites nations face aux géants administratifs.
Čeferin sous pression, mais l'UEFA reste de marbre
Le communiqué remet Aleksander Čeferin face à ses responsabilités. L'UEFA, en tant que confédération continentale majeure, a toujours defendu bec et ongles ses intérêts. Ses déclarations récentes, critiquées par ces six nations, relèvent selon eux d'une forme de patronage déguisé. Le message ? L'Europe, même élargie, ne doit pas écraser les autres.
Reste à savoir comment la FIFA gérera cette escalade. Infantino, pragmatiste, n'aime pas les crises diplomatiques. Il préférera probablement des coulisses discrètes aux débats publics. Mais le signal est envoyé, et il est trop fort pour être ignoré. Six fédérations qui parlent d'une seule voix, c'est du poids politique. Pas énorme, certes, mais suffisant pour créer des remous.
La Coupe du monde 2026, ce ne sera pas qu'une histoire de terrains et de trophées. Ce sera aussi celle des luttes d'influence entre continents, entre les gros et les petits, entre ceux qui décident et ceux qui obéissent. Le Sénégal et ses cinq alliés ont choisi leur camp : celui de la rébellion polite mais ferme. Qu'Aleksander Čeferin et la FIFA écoutent.