Auteur d'un doublé fracassant contre la France, puis d'une prestation décisive face à la Norvège, le milieu sénégalais pose une question que Dakar ne peut ignorer : régularité ou coup d'essai ?
Deux matches. Deux cibles trouvées. Ibrahim Mbaye a suffi à secouer un Sénégal qui naviguait jusque-là sans grandes certitudes dans sa préparation à la Coupe du Monde 2026. Contre la France d'abord, sur le terrain neutre du Qatar, le milieu de terrain a inscrit deux réalisations dans une démonstration qui a laissé les observateurs sans voix. Trois jours après, face à la Norvège, nouvelle passe décisive, nouvelles émotions. À 23 ans, Mbaye a l'allure du révélateur que tout projet de sélection espère trouver.
Sauf que le football n'aime pas les contes de fées linéaires. Ce qui ravit les tribunes en septembre peut terrifier les staffs techniques en octobre. Et dans le dossier Mbaye, il y a précisément ce doute qui s'installe : la réalité d'une émergence ou l'illusion d'une séquence ? La Fédération sénégalaise de football commence à poser les vraies questions, selon nos informations.
L'explosion inattendue d'un profil encore méconnu
Avant ces deux rencontres, Ibrahim Mbaye n'était pas un anonyme complet mais presque. Son club de Sénégal — où il évolue depuis maintenant deux saisons — le connaissait bien. L'Europe, elle, attendait toujours de le découvrir vraiment. Ceux qui le suivaient à la loupe en Afrique de l'Ouest y voyaient un athlète doué, un moteur au cœur du jeu, mais pas nécessairement l'artilleur qui allait marquer d'une empreinte indélébile les préparatifs mondiaux.
La rencontre contre la France a changé la trajectoire. Non seulement Mbaye a marqué deux buts, mais il l'a fait avec une certitude, une lecture du jeu qui surprend chez un joueur du même âge. Les gestes étaient appliqués, la finition propre, la positionnement inattendu pour un milieu de terrain : déjà 2 buts en deux sélections, un ratio offensif qui, ramené à une saison entière, ferait rougir d'envie plus d'un club européen.
Face à la Norvège, à peine 72 heures après ce match contre les Bleus, Mbaye n'a pas marqué mais a trouvé la clé du jeu à plusieurs reprises. Son placement, ses anticipations, sa vision du terrain ont confirmé ce que les vidéos du match précédent laissaient deviner : il y a quelque chose chez ce joueur. Quelque chose d'authentique et de dangereux à la fois.
Mais voilà où le bât blesse pour les décideurs sénégalais. Deux rencontres de préparation ne font pas une carrière. L'histoire du football africain est jonchée de prodiges estivaux qui ont disparu dans le brouillard quand les vraies compétitions ont commencé. Alioune Sarr, avant lui, avait connu un destin similaire : une explosion médiatisée, puis l'effondrement progressif.
Les doutes qui s'empilent avant 2026
Le Sénégal a faim de certitudes pour les prochaines éliminatoires de la Coupe du Monde. Le pays a échoué à se qualifier l'année précédente pour le Mondial qatarien, une contre-performance qui a meurtri le pays. Ibrahim Mbaye apparaît comme une fenêtre, peut-être même comme une bouée de sauvetage. Mais une bouée dont on ne saurait pas si elle flotte vraiment ou si elle va couler dès qu'on la teste en eaux agitées.
Les chiffres, pour l'instant, rassurent les optimistes. Deux buts en deux matches sous le maillot national, un taux de possession de 78 % face à la Norvège, six ballons récupérés en première mi-temps contre la France. Les données brutes sont là. Néanmoins, c'est précisément ce qui pose problème aux yeux de certains membres du staff technique sénégalais, selon nos sources : ces chiffres sont estampillés de matchs amicaux.
Reste que Mbaye dispose d'une vraie fenêtre de tir. Le Sénégal n'entrera en lice dans les qualifications pour 2026 que dans plusieurs mois. D'ici là, il aura le temps de jouer en club, de se forger une vraie expérience internationale, de montrer qu'il n'était pas une comète venue illuminer deux soirées de football avant de s'évanouir. Son Club — qui cherche à le faire progresser dans un environnement stable — aura son rôle décisif à jouer dans cette équation.
Les observateurs avisés du football sénégalais attendent surtout de voir si Mbaye peut reproduire en compétition ce qu'il a montré en amical. C'est là où se mesure le vrai talent. C'est là où beaucoup ont échoué avant lui.
- 2 buts en 2 sélections : un ratio éloquent qui place Ibrahim Mbaye en radar européen
- 23 ans : l'âge parfait pour un développement graduel vers une compétition mondiale majeure
- 72 heures seulement entre les deux matches où il s'est illustré, sans baisse de régime
- 78% de possession moyenne lors de ses deux apparitions, symbole de sa maîtrise du ballon
Là se joue l'histoire. Si Mbaye confirme, le Sénégal aura trouvé un atout supplémentaire en vue de 2026. Si au contraire il redescend à la réalité d'un joueur jeune, encore incomplet, l'euphorie d'aujourd'hui aura au moins servi à rappeler à quel point ce pays a besoin de joueurs-clés pour surmonter les obstacles qui l'attendent. Pour le moment, le Sénégal retient son souffle.