Quelques jours après l'élimination des Gunners en finale de Ligue des Champions, l'ancien défenseur français continue de titiller les supporters londoniens avec des vidéos ironiques.
Il y a des blessures qu'on n'oublie jamais. Celle d'Arsenal, dimanche soir au Parc des Princes face au Paris Saint-Germain, en fait partie. Et pendant que la capitale française savourait sa première couronne européenne depuis longtemps, Patrice Evra, assis confortablement face aux caméras, trouvait bon de rappeler aux Gunners qu'il avait d'autres cordes à son arc que les célébrations marseillaises. Son dernier feuilleton vidéo, posté en ligne moins de quarante-huit heures après l'effondrement londonien, a eu l'effet d'un grain de sel versé dans une plaie encore béante.
L'ancien latéral gauche de Manchester United et de la Juventus ne fait plus l'actualité sportive, du moins pas en tant que joueur. Mais il faut créditer Evra d'une certaine constance : celle de maintenir Arsenal et ses supporters dans un état de légère exaspération, comme on secouerait une guêpe enfermée dans un verre. Cette vidéo, où il se moque ouvertement de la débâcle parisienne du club londonien, s'inscrit dans une logique que les amateurs de football français reconnaissent bien. L'ancien international français a compris que dans l'univers des réseaux sociaux, la pertinence s'est diluée au profit de la provocation contrôlée.
Quand la rancœur prend des couleurs de divertissement
Depuis sa retraite en 2017, Patrice Evra a cultivé une présence médiatique bien particulière. Ancien rival redouté sur les pelouses anglaises, il s'est progressivement mué en commentateur acide, porteur d'une forme de nostalgie mélangée à de l'humour parfois caustique. Les supporters d'Arsenal, qui ne l'ont que trop connu sous les couleurs de Manchester United, n'ignorent pas que chaque intervention publique du Français risque de raviver des souvenirs peu glorieux pour le club de Londres. Ces derbies intenses entre les deux clubs du nord-ouest anglais, Arsenal n'en a remporté qu'une infime partie.
Le timing de cette dernière provocation mérite qu'on s'y attarde. Arsenal vient de perdre sa troisième finale d'une compétition majeure en huit ans, une statistique qui pèse sur les finances, sur le prestige et, surtout, sur le moral d'un public lassé. Le Paris Saint-Germain, déplantage à Parc des Princes oblige, a remporté sa première Ligue des Champions, marquant ainsi l'apothéose d'une stratégie financière commencée des années plus tôt. Face à ce contexte, Evra pose une question implicite : pourquoi ne pas en profiter pour enfoncer le clou avec l'insouciance joyeuse de celui qui n'a plus rien à perdre ?
Ce qui rend cette intervention particulièrement piquante, c'est qu'elle intervient dans une période où Arsenal traverse une crise identitaire. Le club londonien, autrefois forteresse du football offensif anglais, peine à matérialiser son potentiel. Les investissements massifs, les recrutements prestigieux, les promesses d'un entraîneur censé redresser la barre n'ont pas suffi. Trois mois après avoir dominé la Premier League en octobre, Arsenal se retrouve spectateur de la consécration parisienne, comme tant de fois auparavant.
La démonstration d'une légitimité gagnée sur le terrain
Il serait facile de réduire Evra à un simple fauteur de trouble, un agitateur réseautique qui ne cherche que l'engagement facile. Ce serait sous-estimer la source de son autorité morale dans ces attaques. L'homme a remporté treize titres majeurs au cours de sa carrière, dont deux Ligues des Champions. Il a porté les maillots des plus grands clubs d'Europe, joué aux côtés des plus grands noms de sa génération. Lorsqu'il parle d'Arsenal, ce n'est pas en tant que jaloux frustré, mais comme un homme qui connaît intimement ce que signifie gagner.
Cette distinction est importante, particulièrement en France où le respect de la hiérarchie sportive demeure profondément ancré. Evra ne lance pas de critiques qui partent d'une place d'ignorance ou d'envie. Il énonce des constats à partir d'une expérience qui lui confère une certaine légitimité. Un des trois seuls défenseurs français à avoir remporté plus d'une Ligue des Champions depuis l'an 2000, il regarde Arsenal depuis un sommet que le club londonien n'a toujours pas atteint.
La vidéo en question, dans sa forme même, révèle quelque chose des équilibres contemporains du football. Anciennement, les rivalités se réglaient au vestiaire, lors des échanges d'après-match ou, au pire, dans les colonnes des journaux. Désormais, elles se nouent sur TikTok, Instagram, YouTube. Les figures du football ont compris que la monétisation du divertissement passait par la capacité à générer de la réaction émotionnelle. Evra, avec son expérience de présentateur, a assimilé cette leçon mieux que la plupart.
Arsenal face au miroir sans concession
Ce qui blesse vraiment les supporters des Gunners dans ces attaques d'Evra, ce n'est pas tant la forme que le contenu implicite. Chaque moquerie porte en elle une vérité dure : celle d'un club qui accumule les promesses non tenues. Les investissements n'ont pas produit les résultats attendus. Les entraîneurs successifs n'ont pas réussi à transformer le potentiel en victoires. Et voilà maintenant que des hommes comme Patrice Evra, dotés d'une plus grande expérience du succès européen, viennent vous le rappeler publiquement, filmés dans des studios confortables.
Arsenal devra, dans les mois qui viennent, répondre sur le terrain à toutes ces provocations. C'est le seul langage qui compte vraiment. Mais dans l'intervalle, le club londonien devra tolérer que les fantômes de ses rivalités passées reviennent le visiter, sourire aux lèvres, vidéo à l'appui. Ce n'est peut-être qu'une question de temps avant que les Gunners ne trouvent les ressources pour transformer cette humiliation en motivation. Jusque-là, Patrice Evra aura au moins eu raison sur un point : faire parler d'Arsenal, même pour les mauvaises raisons, c'est encore faire du sport business.